Ihid
Quoi que tu dises ou que tu fasses, homme de la glèbe, tu dois vivre sous ma férule et malheur à toi si tu te plains ou si tu te révoltes. Souffrir est ton fait, jouir est le mien. Aussi le pavsan, meurtri, abattu, « anostliésic » même par le pénible travail quotidien, regarde toute chose avec « l'indifférence » d'une statue'.
S'il se hasarde quelquejour de quitter la terre «ingrate » pour venir chercher fortune dans les grandes villes, s'il quitte la glèbe pour la domesticité, il ne se présente qu'avec un air modeste, gauche, balourd et stupide. Il a tant l'habitude d'obéir qu'il baisse timidement les paupières devant le nouveau maître qui l'interroge'-.
J'aurais voulu que La Fontaine nous parlât longuement de la foule, mais il s'est contenté de nous la dépeindre dans ses grandes lignes. 11 la sait capricieuse, ondoyante, cruelle et méchante. Elle persécute Démocrite parce que celui-ci la dédaigne et ne se préoccupe point d'elle. La modestie n'est pas la vertu qui plaît à la foule. 11 lui faut des « meneurs » qui })arlent haut et clair ; il lui faut des chefs enthousiastes qui l'illusionnent, qui réchauffent, qui la [tassionnent. Le peuple est l'animai « aux têtes » frivoles-'. 11 a autant de têtes que de désirs. Aujourd'hui il approuve, demain il condamne. Hier, il glorifiait; aujourd'hui, il crucifie.
Si La Fontaine semble offrir ses fables aux enfants, il nous montre éloquemment, par ailleurs, qu'il ne les aime pas. Cet âge est sans pitié : il n'a aucune délicatesse de sentiment; il ne procède que par ingratitude. Le seul