‹ La Fontaine moralisteChapitre 13 sur 38 · LE GÉXIE DE LÉ CRI VAIN · texte numérisé non relu

LE GÉXIE DE LÉ CRI VAIN

n'avoir pas cédé à l'attrait d'un esprit sans rival, ni goûté ces œuvres à la fois légères et profondes qui semblent défier le temps.

Tel est l'empire exercé par La Fontaine, que son nom seul en a imposé à la Terreur et a protégé son arrière-petite-fille (1) contre les bourreaux devant lesquels personne ne trouvait grâce, et qui firent tomber les têtes de Lavoisier et d'André Chénier.

Aucun de nos grands écrivains n'est aussi populaire, et cette popularité s'explique par les dons que nul n'a jamais réunis au même degré. Son génie est l'expression la plus vivante et la plus complète de notre génie national. 11 a la gaieté française, la vivacité d'impressions, la légèreté d'allures si conformes à notre tempé-

(1) La comtesse de Marson, femme d'un garde du corps, dont le lils fut pensionné par Louis XVIIL Elle avait été protégée par Mesdames, filles de Louis XV, ainsi que sa sœur, mariée à M. Despotz, magistrat, et morte en 1820 sans postérité. Toutes deux avaient un frère , Hugues-Charles de la Fontaine, né en 1757 à Pamiers , mort sans alliance, en 1824, à Château-Thierry, dans la pauvreté. En lui s'est éteinte la descendance masculine du poète.

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rament, à noire penchant pour le plaisir et la raillerie.

Parmi nos renommées littéraires, il en est de plus imposantes; il n'en est pas de plus aimables et de plus universellement acceptées. La Fontaine est le poète de la foule, il n'est un étranger pour aucune des classes qui composent la société. Beaucoup de ses vers sont devenus proverbes. « Celui qui n'a que deux ouvrages dans sa maison a les fables de La Fontaine (1). " On peut les citer devant l'ignorant et l'illettré, sans qu'elles leur soient inconnues. Ils ont retenu plus d'un trait de ce livre qui a passé, pour ainsi dire, dans tous les esprits. L'enfant du peuple sait le nom de La Fontaine et apprend quelques-unes de ses fables.

Aucun de nos poètes n'a eu tant de lecteurs; c'est celui dont les œuvres ont atteint le plus grand nombre d'éditions. On ne s'est pas

(1) XiSARD, Histoire de la littérature française, t. III, p. 132.

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contenté de réimprimer sans cesse les fables, on les a illustrées; elles ont inspiré le crayon des artistes. L'image s'est faite la compagne du livre; elle vient doubler les jouissances de notre esprit par le plaisir de nos yeux.

Celui qui fit parler les bêtes, et s'en servit pour donner tant de leçons de morale et de philosophie, porte un sceptre qui n'humilie personne et que nul ne songe à lui disputer. Il / se laisse d'autant mieux approcher des esprits V ^^jy^ simples qu'il a jûm^LBsJiumbles etJes p^tites^ ) gens. 11 a fui la cour, n'a pas ménagé les courtisans et s'est montré moins ébloui de l'éclat du rang que frappé des travers et des défauts des grands.

La Fontaine jouit du rare privilège de plaire aux esprits les plus différents, aux caractères les plus opposés, d'inspirer de l'attrait à tous les âges, de régner sur tous les temps et dans tous les pays. Les générations, en se succédant, ne font qu'ajouter à sa gloire et consacrer son génie.

80 LA FOXTAIME MORALISTE.

La critique ne se laisse presque jamais réduire au silence, et elle a désarmé devant le fabuliste incomparable, devant le poète sans amertume et sans orgueil qui ne connut pas l'inimitié de son vivant, et dont le triomphe échappe à l'envie. La postérité a ratifié le mot de Molière, si juste et si vrai dans sa familiarité : « Nos beaux esprits ont beau se trémousser, ils n'effaceront pas le bonhomme. «

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