L"I\'GRATITUDE
lui et Fa réchauffé à la flamme bienfaisante de son foyer. Aussi a-t-il eu la tête tranchée par son bienfaiteur, et c'est justice.
Il est bon d'être charitable, iMais envers qui? C'est là le point.
Quant aux ingrats, il n'en est point Qui ne meure enfin misérable (1).
La fourmi n'a pas été ingrate envers la colombe. Celle-ci, la voyant menacée de périr dans la rivière, lui avait jeté un brin d'herbe, devenu pour elle l'instrument de son salut. Au moment où la colombe, à son tour, va recevoir une flèche mortelle, la fourmi pique le tireur au talon et donne ainsi à sa protectrice le temps de s'enfuir à tire-d'aile (2).
Le rat a été reconnaissant, lui aussi, envers le lion qui avait épargné sa vie; il l'a délivré, en rongeant les mailles du filet d'où ses rugissements n'auraient pu le faire sortir (3).
(1) Le Villageois et le Serpent, liv. VI, 12.
(2) La Colombe et la Fourmi, liv. II, 12.
(3) Le Lion et le Rat, liv. II, 11.
iîU) LA KOXTAIXE MORALISTE.
J'ai déjà cité la fable intitulée la Couleuvre et VHomme^ véritable acte d'accusation dressé par les animaux contre l'ingratitude humaine. L'homme est jugé plus ingrat que la couleuvre à laquelle il va donner la mort; celle-ci se donne la satisfaction, comme suprême vengeance, de lui dire qu'il vaut moins qu'elle, et le lui fait dire successivement par la vache, par le bœuf et par l'arbre. L'homme se venge à son tour en tuant celle qui a osé lui faire entendre d'aussi dures vérités. Il a la raison du plus fort; mais les animaux qui l'ont déclaré coupable sont suspects de partialité; ils ont à souffrir de lui, puisqu'ils sont dans sa dépendance, et pour rendre des arrêts, il ne faudrait pas être juge et partie.
Volontiers nous faisons le procès de Tingratude. Ne mériterions-nous pas quelquefois le reproche que nous adressons à autrui? Nous sommes ingrats envers ceux qui nous ont donné l'existence, dont les sollicitudes ont veillé sur notre berceau, guidé nos premiers pas et averti notre jeunesse entraînée vers les écueils. Nous