COMMENT ON DOIT LIRE LES FABLES DE LA FONTAINE
Lorsque, parvenus à la maturité de l'âge, nous revenons aux fables de La Fontaine, lues ou récitées dans notre enfance, nous nous apercevons que nous les avions apprises, mais que nous ne les connaissions pas. Elles ne pouvaient être alors qu'un amusement, et nous n'en saisissions que les côtés plaisants. Plus tard, nous en apprécions les beautés littéraires et la profondeur morale, car nous les relisons avec l'expérience de la vie. C'est la vie réelle qu'elles retracent, et nous retrouvons en elles son image. Nous avons une double jouissance : La Fontaine ne charme pas seulement notre esprit, il satisfait notre raison. Son jugement
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vient confirmer le nôtre; il enlève à notre connaissance du monde et des hommes ce qu'elle pourrait avoir de triste et d'amer.
Nous ne pouvons que ratifier alors l'opinion exprimée par Sainte-Beuve :
« Le La Fontaine qu'on donne à lire aux enfants ne se goûte jamais si bien qu'après la quarantaine ; c'est ce vin vieux dont parle Voltaire et auquel il a comparé la poésie d'Horace; il gagne à vieillir, et de même que chacun, en prenant de l'âge, sent mieux La Fontaine, de même aussi la littérature française, à mesure qu'elle avance et qu'elle se prolonge, semble lui accorder une plus belle place et le reconnaître plus grand (1). ))
De tous nos écrivains, il n'en est pas qu'on puisse relire avec plus de profit et d'agrément; nul ne possède au même degré le secret de ne pas vieillir. Ses fables nous sont familières; nous avons cent fois repassé par ces
(1) Causeries du lundi, t. VII : La Fontaine.