‹ La Fontaine moralisteChapitre 8 sur 38 · LE GENIE DE LE G RI V A ! IVI · texte numérisé non relu

LE GENIE DE LE G RI V A ! IVI

mière chose qu'ils firent, ce fut de bannir d'entre eux les conversations réglées et tout ce qui sent sa conférence académique. Quand ils se trouvaient ensemble et qu'ils avaient bien parlé de leurs divertissements, si le hasard les faisait tomber sur quelque point de sciences ou de belles-lettres, ils profitaient de l'occasion : c'était toutefois sans s'arrêter trop longtemps à une même matière, voltigeant de propos en autres, comme les abeilles qui rencontreraient en leur chemin diverses sortes de fleurs. L'envie, ni la malignité, ni la cabale, n'avaient de voix parmi eux. Ils adoraient les ouvrages des anciens, ne refusaient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont dues, parlaient des leurs avec modestie, et se donnaient des avis sincères... 5)

La Fontaine avait quarante-sept aas, lorsque parut, en 1668, le recueil qui contenait les six premiers livres de ses fables. Elles eurent, dès leur publication, un grand succès, et la seconde partie, comprenant cinq nouveaux livres, vit le jour en 1678 et 1679. Le XIP et dernier livre

60 LA FOXTAIXE MORALISTE.

fut publié eu 1694, un an avant la mort du poète./f

C'était un véritable événement littéraire que l'apparition de ces fables qui circulaient manuscrites et dont on s'entretenait, lorsqu'elles n'étaient pas encore livrées à l'impression. Mme de Sévigné, écrivant le 9 mars 1672 à Mme de Grignan, lui annonce l'envoi de la fable intitulée le Curé et le Mort, qui fait partie du VIP livre, publié en 1678. Elle tenait peut-être la copie de La Fontaine lui-même, à qui elle en avait donné le sujet. Dans la même lettre à sa fille, elle lui dit : « Je ne sais ce que c'est que ce Pot au lait. 5) Il s'agit de la Laitière et le Pot au lait, appartenant également au VII* livre, et ces mots de Mme de Sévigné prouvent que çette^fable, récemment composée alors, faisait lejujet des entretiens du nionde aristocratique et lettré.

On voit par de nombreuses allusions contenues dans les lettres de l'illustre marquise, combien lui sont familières les fables de La Fontaine,

Page 1