‹ La force de vaincre [microforme]Chapitre 3 sur 9 · TRE ES · texte numérisé non relu

TRE ES

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ptit | lice.

au moindre accident, la famille de l'enfant serait prévenue aus. sitôt...

— Je vous ai dérangée Pour rien... toutes mes excuses | — Vous venie: remplir votre devoir, Monsieur le maire,

.… LI LI D L L L L oc Dix minutes plus tard, Lamelin rencontrait de nouveau Anthime.

Pourquoi cette diable d'idée d'accident où de maladie conta+ gieuse vous est-elle venue à l'esprit ?

— J'ai cru bien faire en Vous avertissant, on n'est jamais trop prudent lorsqu'on 9CCupe un poste élevé. Peut-être l'institutrice a-t-elle reçu des Parents, des amis... et alors, le docteur a pu....,

— Certainement ! mais cela ne vous regarde pas, Monsieur Périgot.….

— À vous le bonsoir, Monsieur le maire |

vos Jean quittait la gare au retour de sa longue journée passée à Paris, lorsqu'il s'entendit interpeller

Il continua sa marche. Des pas se réglaient sur les siens,

L'écart brusque d'un nuüge, poussé par le vent, découvrit, dans le ciel, un coin le bleu, Puis une trouée de lumière, et un rayon de lune tomba sur deux formes... tailles d'hommes... visages d'enfants...

Avec ces gaillards, Dorloy seul, en cas de lutte, pouvait avoir le dessous! 11 n'y songea point : nul n'avait moins que lui la tête remplie d'histoires de brigands !

Les « mauvais Sarçons » ne manquaient pas dans le

Mis leurs déprédations relevaient plutôt du garde cham que de la justice,

A être ainsi accosté,

pays, pêtra

Jean éprouya seulement une sensation

désagréable, mais nulle alarme sérieuse ne lui fit perdre son sang-froid.

— Vous êtes d'âge à travailler, dit-il sans esquisser le geste, requis de façon si péremptoire.

Cette fois encore, les deux réponses se croisèrent avec la même nuance que l'interpellation.

— Faudrait pouvoir ! Il y en a d’autres qui ne travaillent point !.....

Dorloy tourna les yeux à droite et à gauche ct regarda plus attentivement les deux visages...

— Ben ! vous ne nous avez jamais tant vus !

Un rire gouailleur éclata du côté gauche, ponctuant la phrase.

— Si! je vous ai déjà vus, de loin.

— Nous y passons, chez vous, en bricolant de toutes les manières, pas souvent ! Mais des fois...

Quel sens exact fallait-il donner au mot « bricoler » ?

Jean voulut l'interpréter dans le meilleur sens... et, sans appuyer, demanda :

— Quel métier apprenez-vous ?

— Pas l'âge !..….

— 1l y en a pour tous les âges, proportionné à toutes les forces...

— Possible ! mais point dans les campagnes... faut qu'on vous y aide... et dans les villes, les patrons ne peuvent pas. Quand on n’a pas de parents ni personne ! Alors... voilà...

On cherche à gagner de quoi manger!

Cette autre voix, celle de droite, n'avait pas le rauquement bestial de l’autre.

— La voix du bon larron |!

Cette pensée, traversant l'esprit de Jean, en fit germer une

Le jeune homme s'arrêta net.

— Vous n'avez jamais votre nourriture assurée ? interrogea-t-il.

— Non ! et ça dure longtemps : une journée sans pain |

— Et cela mène loin, reprit la voix de gauche se nuançant de menace.

—- Où habitez-vous ?

— De-ci, de-là !

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— 11 y a longtemps que vous avez perdu vos parents ?

— On ne sait pas... On ne se souvient plus!

— Et comment viviez-vous ?

— De tapes, de pain dur et d'eau claire. Nous étions restés dans la masure, à l'entrée de la ville, puis un jour... à la porte! Des netits mioches, hauts Comme Ççal nous couchions dans dre ur gas!

— Vous avez éte à j'école p

— Fstlit ! quand on nous y forçait. Lui ! il a appris... Et le geste sdrriratif, -squissé du côté droit, désignait le « bon larron ». Moi. je sais rien.

— Et depuis, qu'êtes-vous devenus ?

— Depuis! je l'ai assez dit, bourgeois]

Joan s'était retourné et saisit le méchant regard qui passait dans les yeux de l'adolescent,

La phrase du début revint, plus accentuée, plus exigeante :

— Des sous !

— Je n'en ai guère, répondit Dorloy, dont la bourse était, suivant l'expression des anciens, « remplie de toiles d'araignées », mais je ne vous laisserai pas mourir de faim,

— On vous casera sous un hangar clos, il y a de la paille... Vous n'êtes pas gâtés, n'est-ce pas ?

— Vous l'aurez plus tard!

— Et où cela ?

L'interrogation spontanée éclatait sur les lèvres du bon larron.

— Chez vous ?...…

— Îl ne faut pas nous en conter!

— Je ne vous en conte Pas ; il y a un commencement à tout ! D'abord une botte de Paille. Je dormais bien ainsi aux manœuvres, lorsque j'étais soldat |... Après la paille, la paillasse, puis le matelas, et enfin le lit

— On verra |...

— N'avez-vous pas assez de l'existence que vous menez? Je vous apprendrai un métier, et vous aurez un logement à vous |

— Des rentiers, quoi |

— Plus tard ! Pour le moment, le travail !

— Défendu par les lois, sommes trop jeunes, bourgeois !

— Le travail sera proportionné à vos forres..….

— Et la liberté, bourgeois ? La liberté G: .âcher quand on en aura assez ?

Dorloy comprit qu'il devait rendre la main. Pour le moment, pas de discussion.

— Celui qui n'est pas enfermé est toujours libre de s’en aller, dit-il. Mais la clé des champs n'est pas la liberté quand on a la faim à ses trousses...

— Nous savons ! murmura la voix de droite.

Jean s'arrêta, comme il l'avait dit.

— On vous hébergera dans cette maison, prononça:t-il.

Les deux adolescents jetèrent un coup d'œil sur l'habitation et ses dépendances.

— Demain vous trouverez autre chose, si vous voulez travailler.

— Surtout, pas de lambris dorés, bourgeois ! gouailla la voix de gauche.

— Allons, entrez! Je vais donner mes instructions, et vers 6 heures du matin, je viendrai vous chercher.

Lorsque Jean rentra aux Herbines, tout le monde était plongé dans le sommeil.

Après s'être préparé un repas frugal que Polyphie n'avait pas songé à disposer sur la table de la salle à manger, il alla se jeter à demi dévètu sur son lit, ramenant sur lui les épaisses couvertures de campagne pour se réchauffer.

Pendant une heure au moins, il lui sembla que ses forces étaient anéanties, après le coup droit qu'il avait reçu et le voyage rapide qui équivalait pour lui, l'éternel rural, à la secousse d'un déracinement.

Enfin Dorloy s’endormit. Le sommeil redonna l'élasticité à l'être physique et moral. Quand il se réveilla, il avait retrouvé toute son énergie. Il la doublerait pour arriver à combler la

tion

tra-

brèche pratiquée dans les médiocres ressources par l'enfant prodigue, il entreprendrait tout de suite le corps à Corps avec la terre, sous sa forme la plus ingrate : Je défrichement.

Promptement vêtu, Jean se hâta d'aller rejoindre ses protégés, tout en songeant :

— Je ne suis qu'un menu rouage dans la grande machine. mais Dieu a voulu édifier le christianisme sur les étais les plus fragiles pour en faire ressortir la miraculeuse solidité. Le problème social se résoudra par l'ense à de petits moyens bien agencés les uns avec les autres, et nou par l'ouragan du grand soir,

Il avait trouvé ses deux protégés debout, secouant Ja paille qui s'attachail à leurs cheveux ct à leurs vêtements, ct commença à leur poser une question bien simple, à laquelle il n'avait point pensé la veille :

— “omment vous apjelez-vous :

— Lui, Blaise ; ct moi, Loup. Hein! cela me va, ce nom-là!

Dorloy n'en avait Pas demandé davantage et les avait emmenés tous deux. Le long de Ja route, ils mordillaient les Morceaux de pain de la veille, un peu dur, que l'aubergiste Compatissante avait glissés dans leurs poches,

A présent, armés l'un d'une bêche, l'autre d'un râteau, ils suivaient Dorloy pour « raffiner le travail » en égalisant les mottes de terre,

Jea. ençait donc à poser la première équation du problème de l’aide mutuelle et Proportionnelle, dont l'idée

; lui étai, venue alors qu'il cheminait la nuit entre les deux : vägabonds.

À des êtres ignorant et méprisant le travail, il voulait en

- enseigner les avantages par la grande leçon de choses : l'ac-

. tion immédiate,

: L'oisiveté, le manque de direction avaient dégradé ces ado- : lescents, il les relèverait à leurs Propres yeux et à ceux des ‘ autres.

Il leur Procurerait, avec l'abri et Ja nourriture, le salaire

» proportionné aux services qu'ils pouvaient rendre, et lui-même,

ainsi aidé sans avoir à faire face à une dépense au-dessus de îses moyens, retournerait la glèbe longtemps reposée pour y : jeter la féconde semence.

: De ces crrants il ferait des ouvriers de la terre abandonnée,

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fo LA ZORCE DE VAINCRE

et peu À peu il leur ferait partager les avantages de la progressive conquête, il les y intéresserait, il les fixerait, il leur donnerait ce morceau du sol national qui attacherait à la patrie leurs âmes déracinées.

Mais l'obstacle se dressait au début même de l'entreprise. Jean n'était pas le r: aître, il devait rendre compte à son beaupère de ses moindres actes. À quelles objections n'allait-il pas se heurter ? N'importe, il commencerait l'œuvre, parce que l'œuvre était belie. Il se révélerait tout en bonté à ces ignorants.

De leur part, une double manifestation se produisit. Blaise se monra timide, Loup éclata en gros mots. Dorloy dut sévir, il ne tolérerait pas les écarts de langage, mais il atténua la répression dans l'espoir de mieux connaître cette nature pervertie dès l'enfance peut-être par la brutalité des hommes.

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