‹ La force de vaincre [microforme]Chapitre 4 sur 9 · VII · texte numérisé non relu

VII

Au milieu de la journée, Jean avait sommencé à pressentir chez Blaise une tendance au relèvement. Loup sc redressait pour la révolte ou se courbait sous la rafale des passions.

Un peu avant le moment où ils allaient quitter le travail, l'automobile du D' Lestral ronfla sur la route et s'arrêta près de la haie en bordure des jachères.

Sautant à terre pour donner une poignée de main à Jean, par-dessus les arbustes, Olivier fixa les deux travailleurs.

— Hé! mes gaillards, c'est bien vous que j'ai surpris le mois dernicr, cherchant à percer mes pneus, sur le chemin des Luzernes, auprès de Champlusé?

Loup se rebiffa :

— Nous n'avons pas pu! Rien à dire...

— Et même à vous remercier. Seulement, si vous aviez réusei, je serais arrivé trop tard pour sauver mon malade.

Un mauvais rire écarta les lèvres de Loup. Il grommela, sans être entendu, d'ailleurs :

— Eh bien, si le pneu avait crevé et que le malade eût réchappé, ce ne serait pas nous, peut-être, qui l’aurions guéri ?

— On vous matera, jeunes apaches | |

Blaise ne bronchait pas et traînait le râteau, mais son visage ! se contractait. :

pra- | leur à la

prise.

beauil pas

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: tous les hommes sont frères, mais ne vaut-il pas mie

: du beau mot « armée » devant un tel g

LA FORCE DE VAINCRE fr

— lis n'ont pas à être matés, intervint Dorloy.

Bien mieux que cet homme, qui lui était Pourtant supérieur sur tant de points, il possédait l'intelligence de cette catégorie d'êtres humains, définie souvent, très mal définie, d'ailleurs, Par celle expression : « les malheureux »,

— Ce sont, reprit Jean, des laborieux auxquels deux choses indispensables manquaient : le travail et Ja direction,

— Quinze minutes de repos, ajouta-t-il en se tournant vers scs aides. Allez sous le Pommier, le grand, là-bas, ouvrez la musette, vous y trouverez du Pain et du cidre.

Is s'en allèrent, dégingandés, se heurtanx.

— Voyez, ils se choquent l'un contre l'autre, pour le Plaisir

de se brutaliser! Vous voulez convertir ce gibier de correctionnelle ?

Jean abaissait sur ses poignets les manches retroussées de sa chemise,

— J'essaye, dit-il, simple et laconique.

— Qu'essayez-vous ? De ramener ces garçons à la vertu ? C'est digne de votre tempérament d'apôtre, mais l'apôtre choisit de singuliers disciples |

— L'apôtre, s’il choisissait ses disciples parmi ne verrait pas augmenter le nombre des fidèles.

— Mon ami Jean, vous êtes Je meilleur garçon que je connaisse. Mais avez-vous besoin d'ajouter ce mérite à ceux que vous possédez déjà ?

— Pourquoi parler de mérite ? Nous devons nous aider les uns les autres...

— Expliquez-vous.

— Je ne puis suffire à la tâche et je ne puis, comme d'autres fermiers, payer la main-d'œuvre qui vient de loin... Certes,

lc; convertis,

ux enlever (je ne veux pas user énitif) et les replacer dans les rangs des :ons citoyens français (les vrais citoye,:. conscients |) que d'appeler des étrangers dans le cœur même du pays pour Prendre la place de nos nationaux ? Je les payerai suivant mes moyens ct leurs nécessités. Ils 8agneront bien plus

deux compatriotes à la troupe du crime

* qu'ils n'cussent gagné en apprentissage. Ils échappent ainsi à : la loi peu tutélaire qui leur interdit de travailler dans les villes. * L'agriculture les recueille sur la grande route de l'oisiveté..…,

SRE AE TENTE

Le bon air sain des champs compensera pour eux la fatigue du travail manuel,

— Allons, vous faites de l'antisepsie morale ! Ce n'est pas moi qui vous le reprocherai, mon cher confrère | Et que dit Boisseul de tout cela ?

— Je lui ferai accepter peu à peu la situation,

— Vous semblez douter...

— Je doute de moi, je ne doute pas de la protection de Dieu.

— Le séminariste perce le masque du laboureur |

— Le séminariste et le laboureur ne font qu'un seul chrétien !

— Je ne suis pas venu pour entendre un sermon, dit Olivier très bref.

— Docteur, avez-vous ouvert l'Evangile depuis que vous êtes arrivé à l’âge d'homme ?

— Inquisiteur !

— Alors ?..…. Non !..... Je vous en prie, donnez-vous à vousmème la raison de votre libéralisme ; vous avez l'âme évangélique, vous êtes charitable, mais vous laissez mettre par les préjugés des barrières autour de votre charité.

Lestral eut un geste d'impatience. Jean disait vrai. 11 possédait d'admirables qualités auxquelles manquait le beau rayon de lumière qui donne le relief divin aux choses humaines. Le curé disait de lui: « Cet homme reviendra à Dieu en y ramenant les autres! »

— Je laisse mon auto sous votre garde, dit tout à coup le docteur. Je ne craindrai pas le sabotage. Je vais aller voir votre beau-père..…., une visite d'amitié !

C'étaient toujours des visites « d'amitié » qu'Olivier Lestral faisait à Boisseul.

Dorloy ne s’y trompait pas. La mentalité et l'éducation de ces deux hommes étaient si différentes |...

IL était reconnaissant de cette formule discrète qui lui ôtait la préoccupation d’une dette future. Et sous ce prétexte le docteur atténuait sans compter ses soins les souffrances du vieux terrien. Il n'avait pas de meilleure manière de témoigner à Jean la sympathie qu'il ressentait pour lui. :

Dans le vestibule, Lestral trouva Pierre et Marthe qui jouaient au volant.

— Allez courir dehors, par ce beau temps | commanda-t-il,

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Un chapeau de paille pour éviter le coup de soleil, et vivement!

Pierre grimpa l'escalier, Marthe allait le rejoindre pour explorer avec lui le coin du grenier où Polyphie entassait l'hiver les vêtements d'été et l'été les vêtements d'hiver. Le retint la petite fille :

— Tu n'as pas la mine d'une Campagnarde, Cit-il, Tu as les Paupières et les gencives blanchâtres. Je ne veux pas de cela,

— Celte enfant manque de soins féminins, murmura-t-il entre ses dents, tandis que, saisissant un des chapeaux de Paille, bosselés, invraisemblables, apportés par Pierre, et choi. sissant celui qui possédait encore la totalité de son fond il en Couvrait les cheveux blonds mal peignés,

— Que je te revoie avec un teint de soleil couchant ! et filez tous les deux! prononça-t-il,

Pendant un instant il les regarda s'éloigner.

— Pauvre petite! songeait-il. Quel abandon! Jean est le meilleur des frères, mais il ne peut suffire à tout...

Et soudain, comme s'il y eût une connexité, le souvenir de Mile Miley et de la charge lourde et imprévue qui venait de tomber sur elle lui vint à la mémoire,

— Jean et l'institutrice, pensa-t-il, voilà bien les deux êtres qui pourraient se réunir Pour marcher côte à côte dans la vie,

docteur

€t qui seront peut-être, chacun séparément, l'éternel portefaix ! des fardeaux des autres !

Lentement, il suivit le couloir pour gagner la porte de Bois-

? seul ; sa pensée changea d'objet,

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