‹ La force des chosesChapitre 4 sur 65 · En 1952 dans Les Communistes et la paix · texte numérisé non relu

En 1952 dans Les Communistes et la paix

voulait pas abandonner — il n’a jamais abandonné — les conceptions de la négativité, de l’intériorité, de l'existence, de la liberté, élaborées dans l’Etre et le Néant. Contre un certain marxisme, celui que professait le P.C., il tenait à sauver la dimension humaine de l’homme. Il espérait que les communistes donneraient une existence aux valeurs de l’humanisme; il essaierait, grâce aux outils qu’il leur emprunterait, d’arracher l’humanisme aux bourgeois. Saisissant le marxisme du point de vue de la culture bourgeoise, il situerait, inversement, celleci dans une perspective marxiste. « [ssus des classes moyennes, nous tentions de faire le trait d'union entre la petite bourgeoisie intellectuelle et les intellectuels communistes !. >» Sur le plan politique, il pensait que les sympathisants avaient à jouer à l'extérieur du P.C. le rôle qu’à l’intérieur des autres partis assume l’opposition : soutenir tout en critiquant.

Ces rêves aimables étaient nés de la résistance; si elle nous avait révélé l’histoire, elle avait masqué la lutte des classes. En même temps que le nazisme, il semblait que la réaction eût été politiquement liquidée; de la bourgeoisie, seule participait à la vie publique la fraction ralliée à la résistance et elle acceptait la charte du C.N.R. De leur côté, les communistes soutenaient le gouvernement d’ « unanimité nationale ». Thorez revenant d’'U.R.S.S. donna pour consigne à la classe ouvrière de relever l’industrie, de travailler, de patienter, de renoncer provisoirement à toutes revendications. Personne ne parlait de revenir en arrière : et dans leur marche en avant, réformistes et révolutionnaires empruntaient les mêmes chemins. Dans ce climat, toutes les oppositions s’estompaient. Que Camus fût hostile aux communistes, c'était un trait subjectif de médiocre importance puisque, luttant pour faire appliquer la charte du C.N.R., son journal défendait les mêmes positions qu'eux : Sartre, sympathisant avec le P.C., approuvait cependant la ligne de Combat au point qu’il en écrivit une fois l’éditorial. Gaullistes, communistes, catholiques, marxistes, fraternisaient. Dans tous les journaux s’exprimait une pensée commune. Sartre donnait une interview à Carrefour. Mauriac écrivait dans Les Lettres françaises; nous chantions tous en chœur la chanson des lendemains.

Bientôt Les Lettres françaises donnèrent dans le sectarisme.

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