‹ La force des chosesChapitre 40 sur 65 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Quand je revins de Chine, je faisais confiance à l’histoire : au Maghreb aussi, les exploités finiraient par vaincre et peutêtre bientôt. Le 20 août, les Marocains avaient vengé à Oued- Zem leurs frères massacrés par les ultras, par la police, par le Glaoui. Le même jour, l’A.L.N. avait abattu dans le Constantinois soixante-dix Européens!. Le gouvernement avait envoyé des troupes en Afrique du Nord — 60.000 hommes en Algérie — mais non sans bagarre. Le 11 septembre, gare de Lyon, aux cris de « Le Maroc aux Marocains », les disponibles avaient stoppé le train. L’Express exhorta les jeunes à l’obéissance et fut submergé de lettres de protestation. Quand les Temps Modernes les dissuadèrent de se soumettre, nous nous trouvions d’accord avec une grande partie du pays. À Rouen, à Courbevoie, dans plusieurs autres casernes, les soldats, soutenus par des ouvriers communistes, refusèrent de partir et ne cédèrent qu’à la violence.

Pour fortifier cette résistance, pour mobiliser l’opinion contre la guerre, la presse de gauche essaya d’en faire connaître la vérité : elle montra que l’A.L.N. n’était pas une bande de brigands, mais une armée populaire, disciplinée et politisée. Elle dénonça les ratissages, les pilonnages, les incendies de villages, les tortures. En novembre, deux articles des Temps Modernes mirent en pièces le mythe de l'intégration. Des intellectuels créèrent un Centre d’Information ?; un Comité d’intel-

1. Dont 35 à El Halia. La répression fit 12 000 victimes, hommes, femmes,

enfants.

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