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Au bout d’une semaine nous étions

vain de les suivre. Les policiers les avaient bousculés : « Ah! les pédales! On ne dit rien quand des flicards se font tuer, mais si c’est des ratons, on s’indigne.» Toute la nuit, avec les uns, les autres, je causai. A 5 heures du matin, au Falstaff où je me trouvais avec Olga et Bost une bagarre éclata entre des clients et les garçons; ceux-ci traînèrent dehors un homme inanimé dont la femme hurlait : «On vous la fera sauter, votre baraque : on est des pieds noirs. »

Sartre rentra le lendemain et je repris pied dans ce Paris d’automne et de sang. Lanzmann passa une journée à Nanterre : des hommes blessés, défigurés, mutilés; il avait fallu amputer ceux dont les poignets étaient brisés; des femmes pleuraient leurs maris disparus. A notre surprise plusieurs journaux dénoncèrent «les brutalités policières >; on aurait dit que certains membres du gouvernement étaient hostiles à Papon et encourageaient ces divulgations. Et puis, de nombreux lecteurs, indignés par ce qu’ils avaient vu, avaient écrit au Monde et même au Figaro : quand on leur mettait le nez dans le sang, les gens tout de même réagissaient. A la Chambre, au cours d’une séance que Pouillon nous raconta, Claudius Petit dit à Frey : « Nous savons maintenant ce que ça signifiait d’être allemands pendant le nazisme! »; ses paroles tombèrent dans un silence de mort. Il y avait plus de cinq ans que Marrou avait évoqué Buchenwald et la Gestapo; pendant des années, les Français avaient accepté les mêmes complicités que les Allemands sous le régime nazi; le malaise tardif que certains en éprouvaient ne me réconciliait pas avec eux.

Le 1° novembre, la Fédération de France interdit aux Algériens des démonstrations qui auraient donné prétexte à de nouveaux massacres. Dans cet Etat policier qu'était à présent la France, la gauche n’avait presque aucune possibilité d'action. Schwartz et Sartre convièrent les intellectuels à une manifestation silencieuse place Maubert. Par un beau matin frais et ensoleillé nous nous sommes retrouvés au square Cluny. Rose et André Masson étaient là, rongés d’inquiétude parce que, dans toutes les prisons de France, les détenus algériens et leurs «frères» français commençaient une grève de la faim. Je reconnus beaucoup d’autres visages tandis que nous marchions vers la statue d’Etienne Dolet près de laquelle étaient rassemblées environ douze cents personnes.

Un cordon de police nous a arrêtés près de la bouche du métro. Schwartz a négocié et le commissaire, qui avait évidemment reçu la consigne d'éviter les histoires, accepta de nous laisser stationner dix minutes en silence. Il y eut une brève prise de parole : Sartre expliqua le sens de la manifestation. Des photographes photographièrent; Schwartz et Sartre murmurèrent quelques mots dans un micro. Au bout de cinq minutes, le commissaire ordonna : « Dégagez.» On protesta. Chauvin, un P.S.U bagarreur, cria : « Tirez, mais tirez donc! » Le flic (en civil) haussa les épaules comme si jamais, de mémoire de flic, un flic n'avait tiré. Quelqu'un suggéra : « Asseyons-nous » et le commissaire leva au ciel des yeux excédés. Le boulevard bloqué, la presse alertée, nous n’aurions rien gagné de plus en nous infligeant des heures de violon et nous nous dispersâmes. Avec Pouillon, Pontalis, Bost, Lanzmann, Evelyne, je me dirigeai vers la rue Lagrange. « Merci d’être venue», me dit une dame au passage, ce qui me laissa rêveuse. Soudain, j’entendis un bruit d’explosion derrière moi, quelqu'un cria : « Ah! les salauds! » et j’aperçus place Maubert, au-dessus de la foule, des retombées noirâtres. Nous refluâmes vers la place. Mais le plastic, à l’air libre, ce n’est qu’un pétard; des fenêtres avaient volé en éclats et deux personnes avaient été écorchées par les débris (parmi lesquelles le fils de mon cousin Jacques qui passait là). Je rencontrai Olga qui, arrivée en retard, n’avait pas pu atteindre la place Maubert; dans son coin, et aussi place Médicis, des gens s'étaient assis sur le trottoir et on en avait embarqué quelquesuns. Avec Sartre et un groupe que je retrouvai au Balzar, nous allâmes déjeuner dans un restaurant du boulevard Saint- Michel. La radio faisait de la publicité à notre manifestation : au cours du repas, elle la raconta trois fois.

L’après-midi, environ mille deux cents P.S.U. s'étaient donné astucieusement rendez-vous dans la queue d’un cinéma, place Clichy; ils purent se rassembler sans être inquiétés. Portant des banderoles et scandant des slogans, ils descendirent jusqu’au Rex et Depreux déposa des gerbes à l'endroit où deux Musulmans avaient été abattus.

A midi cependant, tout en affirmant que « tout est calme en Algérie », la radio annonçait quarante morts. Le soir, à Europe n° 1, le délégué du gouvernement raconta que la population algérienne n’avait pas bougé, que des provoca-

teurs avaient tiré sur le service d’ordre, qu’ils avaient fait trois victimes : et qu’il y avait soixante-seize morts du côté des Musulmans! Des journalistes ajoutèrent qu’ils avaient entendu des fusillades et qu’on ne leur avait pas permis de s’approcher : une boucherie de plus. À Oran, rien ne s'était passé. Et, dans certains quartiers musulmans, cet anniversaire était une vraie fête : la radio retransmettait des cris joyeux, des chants.

Personne ne doutait que l’indépendance ne fût proche. Des négociations étaient en cours, toute la presse en parlait. De Gaulle se trouvait acculé à la paix par le F.L.N., par l'opinion et parce que cette guerre gênait sa politique de grandeur. Quand il annonça à Bastia «le dernier quart d’heure », il nous parut que, pour la première fois, ces paroles correspondaient à une réalité. Mais avant que Ben Khedda ne s’installât à Alger, les fascistes nous feraient passer de mauvais moments. Il fallait s’organiser.

En URSS. avec le rapport du 22° Congrès, la déstalinisation venait de franchir une seconde étape !. Dans le P.C. français, quelques intellectuels, Vigier entre autres, souhaitaient un rapprochement avec la gauche non communiste; il proposa à Sartre de signer et de faire signer un tract dirigé contre le régime et contre le racisme : ce serait le point de départ d’une manifestation et la base d’une organisation antifasciste. Mais tout de suite des difficultés naquirent. Sartre et nos amis voulaient affirmer par des actes leur solidarité avec la révolution algérienne; pour démolir l’O.AS., il fallait, pensaient-ils s’attaquer au gouvernement qui en était objectivement le complice. Les communistes, soucieux de « retenir ce qui unit et rejeter ce qui divise », souhaitaient limiter le mouvement à la lutte contre l’O.AS. Sartre estima qu’il fallait essayer de surmonter ces dissensions : sans les communistes, on ne pouvait rien faire. On ne pourrait rien faire avec eux, prédisaient Lanzmann, Péju, Pouillon. Finalement, faute de mieux, ils décidèrent de tenter le coup et appuyèrent Sartre

1. Khrouchtchev s'était opposé à l’Albanie et à la Chine, il avait de nouveau attaqué Staline dont la dépouille avait été enlevée du Mausolée, ainsi que les couronnes et les guirlandes qui l’ornaient (parmi lesquelles celle qu'avait déposé huit jours plus tôt Chou en Laï). On l’avait enterré parmi les tombes adossées au mur du Kremlin et Khrouchtchev avait suggéré qu’un monument fût élevé «aux victimes de l'arbitraire ».

qui contribua, avec Schwartz et Vigier à la création d’une «Ligue pour le rassemblement antifasciste ».

Les attentats avaient repris, beaucoup plus sérieux qu'avant les vacances. Sartre voulut louer une chambre dans un hôtel, mais le directeur refusa : il avait fait repeindre à neuf sa façade. Il fallut ruser. Claude Faux — qui, depuis plusieurs années avait remplacé Cau auprès de Sartre — loua en son nom, boulevard Saint-Germain, un appartement meublé où nous nous installâmes; l’immeuble était encore en construction, il n’y avait pas de lumière dans l’escalier encombré de gravats où, de 8 heures du matin à 6 heures, des ouvriers cognaient sur des clous; par les fenêtres qui donnaient sur l'étroite rue Saint-Guillaume le soleil n’entrait pas : à toute heure nous étions obligés d’allumer l'électricité. J’avais connu des logis plus miteux, mais aucun d’aussi déprimant.

J’écrivis une préface au livre de Gisèle Halimi sur Djamila Boupacha; le général Aïlleret et le ministre Mesmer avaient été acculés à entraver ouvertement l’action de la Justice; nous voulions montrer quels pièges il avait fallu déjouer pour en arriver là. D’autre part, Gisèle Halimi eut l’idée, qu’approuvèrent des spécialistes tels que Hauriou et Duverger, de poursuivre Ailleret et Mesmer devant les tribunaux; nous ne réussirions évidemment pas à les faire inculper mais il nous semblait utile, à l’époque, de mettre en lumière leurs responsabilités : nous ne prévoyions pas avec quel tranquille éclat les tribunaux militaires allaient bientôt se charger de nous suppléer, ni la série de révélations qui devaient confirmer leurs verdicts, au milieu de l’indifférence générale. Le Comité comprenait un certain nombre de gaullistes de gauche qui prétendaient lutter contre la torture en se cantonnant sur le plan moral. Ils renâclèrent, une partie du bureau démissionna et on en élut un autre.

Une manifestation-surprise, contre le fascisme et le racisme, fut projetée pour le 18 novembre; ce furent essentiellement les jeunesses communistes qui l’organisèrent. Elle ne pouvait réussir que si on parvenait à déjouer la surveillance des flics : le lieu de rencontre fut tenu si secret que, lorsque notre Ligue se rassembla devant le Paramount, personne ne savait où aller. Des dizaines de cars de police stationnaient place Saint-Germain-des-Prés, la rive gauche était en état de siège. Vigier nous donna le mot : Strasbourg-Saint-Denis. « Allez-y

en métro », nous conseilla-t-il; je descendis les marches avec Sartre, Lanzmann, Adamov et Masson qui disait avec confusion : «C’est mal; ce n’est pas démocratique, mais je n’ai jamais su prendre le métro. » (A New York, il portait, cousue à l’intérieur de son veston, une étiquette avec son adresse qu’il montrait aux chauffeurs de taxi.) Avec sa casquette, son blouson de cuir noir, ses yeux clairs, il avait l’air de surgir, neuf et étonné, du fond d’un vieil âge anarchiste. Il y avait beaucoup de jeunes gens dans le métro. À quelques pas devant nous, dans le couloir de sortie, trois garçons de quinze ans discutaient : «Je me sens très nerveux; je me domine, mais je suis nerveux», disait l’un d’eux. La foule des samedis soir remplissait les trottoirs, il me sembla qu’elle allait noyer les groupes en attente disséminés ici et là. «Tu verras, me dit Lanzmann, dans une minute, tout d’un coup, ça va prendre. » Et à l’instant surgit un cortège portant une pancarte : Paix en Algérie, auquel déjà des centaines de gens s’agglutinaient; d’autres arrivaient de partout; nous avons couru et nous nous sommes rangés derrière l'inscription, à l'avant du défilé. J’ai pris le bras de Sartre et celui d’un inconnu, constatant avec surprise que, devant nous, à perte de vue, le boulevard s’étendait, désert. (Il était à sens unique; derrière nous le cortège bloquait le trafic; dans toutes les rues transversales, des autos, opportunément tombées en panne au milieu de la chaussée, créaient des embouteillages qui empéchaient les cars de police de passer.) Nous avons envahi aussi les trottoirs; on aurait pu croire que Paris nous appartenait. Aux fenêtres — sauf à celles de l’Humanité, joveusement bruyantes — des visages inexpressifs; tout le long du parcours, beaucoup de reporters et de photographes. Tout en marchant, on scandait : Paix en Algérie — Solidarité avec les Algériens — Libérez Ben Bella — O.A.S. assassins; plus rarement : Unité d'action — Salan au poteau. En passant devant le musée Grévin, des gens ont crié : Charlot au musée, et passant devant un para : Les paras à l'usine; j'ai entendu aussi deux ou trois fois : Charlot au poteau. Mais le slogan Paix en Algérie dominait tous les autres. Il y avait une grande gaieté dans cette foule en marche, étonnée de sa liberté. Et comme je me sentais bien! La solitude est une mort et, en retrouvant la chaleur des contacts humains, je ressuscitais. Nous arrivâmes à Richelieu-Drouot; au moment de nous

engager sur le boulevard Haussmann, il y eut un remous et une débandade : les flics s’étaient mis à cogner; une quantité de gens se sont engouffrés dans une rue, à droite; Lanzmann, Sartre et moi nous les avons suivis, nous avons tourné à gauche, nous sommes entrés dans un bistrot qui a vivement fermé ses portes derrière nous. « Vous avez peur! a dit Lanzmann. — Ah! je n’ai pas envie qu’on me casse tout, a dit le patron. Le tabac du coin, l’autre jour, il a voulu faire le malin, il est resté ouvert, les flics se sont amenés : deux millions de dégâts. » Il ajouta, en s’adressant à Sartre avec un demi-sourire : « Vous m’écrirez un roman là-dessus et vous m’y mettrez, mais ça ne m’avancera à rien. J'ai trois enfants, je ne fais pas de politique, la politique, c’est des intérêts supérieurs.» Sa main modela dans l’air des monceaux d’or: «D’énormes intérêts : ça nous dépasse.» Au bout d’un moment, nous avons regagné le carrefour; il y avait de grosses taches de sang au coin de la rue et des cars de police sur le boulevard; les manifestants achevaient de s’en aller. Nous sommes rentrés en taxi et tout de suite le téléphone a sonné; Gisèle Halimi et Faux qui se trouvaient au même endroit que nous avaient été matraqués; ils avaient vu un manifestant, le visage arraché, un autre inanimé, le crâne fracturé; les flics étaient armés de matraques spéciales, énormes; ils avaient cogné par plaisir car à la première sommation la foule se serait dispersée, satisfaite d’avoir tenu si longtemps le pavé. Cependant, à quelques rangs derrière nous, Evelyne, Péju, les Adamov, Olga, Bost n’avaient rien su de cet accrochage; par le boulevard des Italiens et la rue Tronchet ils avaient gagné la gare Saint-Lazare, sans rencontrer la police; les manifestants — qui étaient alors huit mille environ — s'étaient séparés sur un mot d'ordre des organisateurs. Quand je descendis acheter le dîner, j’entendis des rumeurs, les voitures étaient bloquées sur le boulevard Saint-Germain : on manifestait encore du côté de l’Odéon et nous avons su plus tard qu’il y avait eu des bagarres au Quartier latin. C’avait été une belle journée qui encourageait à l'espoir. Brève flambée. Un drame lointain acheva d’assombrir pour moi ce sombre automne. Au début d’octobre, Fanon avait eu une rechute et ses amis l’avaient envoyé se faire soigner aux U.S.A. : malgré sa répugnance, il avait accepté. Il s’était arrêté à Rome et Sartre avait passé quelques heures, dans sa chambre

d'hôtel, en compagnie de Boulahrouf, le représentant du G.P.R.A. en Italie. Fanon gisait à plat sur son lit, si épuisé que pendant toute l’entrevue il n’ouvrit pas la bouche; le visage crispé, il bougeait sans cesse, réduit à une passivité contre laquelle tout son corps se révoltait.

À mon retour à Paris, Lanzmann me montra des lettres et des dépêches de la femme de Fanon. Celui-ci avait cru qu’en tant que membre du G.P.R.A. il serait chaleureusement reçu à Washington : on l’avait abandonné dix jours, seul, sans soins, dans une chambre d’hôtel. Elle était venue le rejoindre, avec leur fils de six ans. Enfin transporté à l’hôpital, Fanon venait d’être opéré; on avait changé tout son sang, on espérait que le choc réveillerait sa moelle; mais il n’y avait aucun espoir de guérison : au mieux, il survivrait un an. Elle écrivit de nouveau, elle téléphona : à 6.000 kilomètres de distance, nous suivimes au jour le jour cette agonie. Le livre de Fanon parut, il y eut des articles qui le couvrirent d’éloges; sa femme lui lut ceux de l’Express et de l’Observateur : «Ce n’est pas ça qui me rendra ma moelle », dit-il. Une nuit, à 2 heures, elle téléphona à Lanzmann : « Franz est mort »; il avait succombé à une double pneumonie. À travers la sobriété de ses lettres on la sentait désespérée et Lanzmann, bien que la connaissant très peu, prit l’avion pour Washington. Il revint au bout de quelques jours, ahuri et secoué. Minute par minute Fanon avait vécu sa mort et l’avait sauvagement refusée; son agressivité ombrageuse s'était libérée dans ses délires de moribond; il détestait les Américains, ces racistes, et se méfiait de tout le personnel de l’hôpital; en s’éveillant, le dernier matin, il avait dit à sa femme, trahissant ses obsessions : « Cette nuit, ils m’ont mis dans la machine à laver... » Son fils était entré dans sa chambre un jour où on lui faisait une transfusion; des tuyaux le rattachaient à des ballons en plastique remplis les uns de globules rouges, d’autres de globules blancs et de plaquettes; l’enfant sortit en hurlant : « Les brigands! ils ont coupé mon père en morceaux. >» Dans les rues de Washington, il agitait d’un air provocant le drapeau vert et blanc. Les Algériens envoyèrent un avion spécial pour ramener le corps de Fanon à Tunis. On l’enterra en Algérie, dans un cimetière de l’A.L.N. : pour la première fois et en pleine guerre les Algériens firent à l’un des leurs des funérailles nationales. Pendant une ou deux semaines, dans les rues de Paris, je

rencontrai partout la photo de Fanon : dans les kiosques sur la couverture de Jeune Afrique, à la devanture de la librairie Maspero, plus jeune, plus calme que je ne l’avais vu, et très beau. Sa mort pesait lourd parce qu’il l’avait chargée de toute l'intensité de sa vie.

Sartre, comme il en avait été question en septembre, fut invité par l’Institut Gramsci; il resta quelques jours à Rome et tint un meeting sur l’Algérie, en présence de Boulahrouf. Les Italiens, n'ayant plus de colonies, sont tous anticolonialistes et l’applaudirent avec feu. Il y eut tout de même quelques fascistes — des héros, me dit Sartre — pour lancer des tracts, — Sartre c’est le néant, pas l'être — et pour siffler. Chacun se retourna, prêt à se ruer sur eux et le président dit d’une voix calme : «Laissez les voisins s’en occuper.» Guttuso fonça tout de même; mais déjà les malheureux dégringolaient les escaliers, la tête la première : on en transporta une moitié à l’hôpital, l’autre au violon. La presse française raconta que Sartre avait été bombardé d’œufs pourris, et elle publia une photo où on le voyait à côté de Boulahrouf. A son retour, il reçut d'Oran des lettres de menace.

Le 19 décembre, il y eut encore une manifestation anti- O.AS., interdite au dernier moment. Nous allâmes quand même à notre rendez-vous, devant la statue de Musset; c'était les mêmes têtes qu’au Balzar le 1” novembre, que le 18 novembre devant le Paramount, nous nous connaïssions tous, on se serait cru à un cocktail littéraire. Cette fois, le départ du cortège avait été fixé sur le boulevard Henri-IV; je pris le métro avec Sartre, Lanzmann, Godemant dont l’appartement avait sauté quelques jours plus tôt : sa femme s’y trouvait et elle restait encore traumatisée. Le boulevard était noir de monde mais barré, du côté de la Bastille, par un cordon de police. Je n’ai pas compris exactement ce qui s’est passé — ça fait très «bataille de Waterloo », une manifestation, on n’en saisit que des fragments — nous avons débouché rue Saint- Antoine, de l’autre côté du barrage; Bourdet, qui semblait tout joyeux, sous un étonnant chapeau pointu, a pris le bras de Sartre avant de disparaître dans le vaste cortège qui défilait en bon ordre, tenant chaussée et trottoirs; en tête, à quelques rangs devant nous, marchaient des conseillers généraux et municipaux portant des pancartes; des cars de police, des gendarmes rangés le long des trottoirs nous regardèrent passer

sans broncher. Soudain, au métro Saint-Paul, nous fûmes pris dans un énorme remous; la foule, devant moi reculait : parderrière elle continuait à avancer en criant: «Ne reculez pas! » J’étouffais, j’oscillais, et mon soulier droit a quitté mon pied que des dizaines de pieds écrasaient; redoutant de tomber et d’être piétinée, accrochée au bras de Sartre que je ne voulais pas lâcher, ce qui gênait mes mouvements, je me suis sentie pâlir; Lanzmann, plus grand que nous, respirait mieux : il nous a aidés à gagner une rue transversale, où d’ailleurs on ne pouvait guère bouger non plus car une quantité de gens s’y étaient réfugiés. Je me suis assise avec Sartre dans un petit café de la place des Vosges, Bianca m’a apporté une chaussette de laine, heureusement, car j’ai clopiné une heure avant que nous ne irouvions un taxi dont le chauffeur nous a dit avec humeur : « Ils bloquent toutes les rues. » Les coups de téléphone, ce soirlà, étaient moins gais que le mois passé. Des amis avaienttourné en rond place de la Bastille, et on les avait suffoqués avec du gaz lacrymogène; on s'était bagarré à Réaumur-Sébastopol : le fils de Pouillon, un non-violent, avait avec des camarades, renversé un car de police et tapé sur un policier à coups de bâton. Bianca avait pris le métro à Saint-Paul; sur le quai, à la station suivante, un jeune homme se débattait contre un C.RS. qui le poussait dans un wagon: «J'ai perdu mes lunettes! laissez-moi retrouver mes lunettes. » Le C.R.S. s'était mis à le frapper; une quinzaine de types étaient descendus du métro en criant : « Assassin »; le policier s'était renversé sur un banc, ses gros souliers en avant, et d’autres C.RSS. étaient arrivés à son secours. Plusieurs voyageurs voulaient descendre et prendre part à la bagarre, mais le conducteur avait fermé les portières. Comme Bianca essayait de les ouvrir, un homme, avec des skis sur l’épaule l’avait retenue : « À quoi ça aurait-il servi? > lui avait-il dit d’une voix d’un autre monde. Le lendemain, nous avons su que, brusquement, la police avait foncé sur la tête du cortège et frappé les notables qui portaient les pancartes. Il y avait eu des blessés graves, des femmes piétinées, alors que ce défilé pacifique manifestait contre les ennemis du régime. «La prochaine fois, il faudra nous armer », concluait Bourdet dans son article.

Le régime faisait le jeu de l’O.AS. et sauf une petite minorité le pays acceptait le régime. On négociait, mais les massacres et les tortures continuaient : « Mon premier mou-

vement n’est plus de protester comme naguère ni même de crier, écrivait Mauriac, car cela se passe sous la présidence du général de Gaulle, »

Notre seul recours, c'était le travail. Sartre avait repris l'étude sur Flaubert ébauchée quelques années plus tôt et il écrivait avec une application acharnée. Il participa, à la Mutualité, avec Vigier, Garaudy, Hippolyte, à un débat sur la dialectique de la Nature qui sembla passionner les six mille auditeurs. Mais, en vingt minutes, il ne pouvait donner de sa pensée qu’un résumé sommaire et j’aurais préféré qu’il s’abstint. Moi, j'en arrivais aux années 57-60 et l’histoire de cette époque, abominable, ne s’accordait que trop avec cet abominable hiver. Je n’étais pas d'humeur à réveillonner. Je suis restée tapie dans mon lugubre logis. La nuit du 31 décembre, de Gaulle a parlé et j'ai coupé la radio au bout de deux minutes, excédée par ce narcissisme névrotique, par ce vide grandiloquent. Vers minuit, j’ai entendu un concert de klaxons : des autos filaient à grand bruit, par centaines, sur le boulevard Saint-Germain; j'ai cru qu’il se passait quelque chose; mais non, c’était la joie, sans rime ni raison, que ce fût la Saint-Sylvestre et d’avoir une auto. J’ai pris du belladénal pour ne plus entendre cette allégresse ennemie, l’allégresse des Français, assassins et bourreaux. Que j'aimais ces nuits, boulevard Montparnasse, dans l'éclat des lumières, des rires et des cris, que j'aimais les foules et leurs fêtes, quand j'avais vingt ans, quand j'avais trente ans.

Au début de janvier, nous avons dîné avec les Giacometti que nous avons été chercher chez eux. Il était assis, ses lunettes sur le nez, devant un chevalet, travaillant à un très beau portrait d’Annette, en gris et noir; contre les murs, il y avait d’autres portraits, en gris et noir; je m’étonnai d’une tache rouge sur la palette; Giacometti rit et me montra le plancher : quatre signes rouges indiquaient l’emplacement de la chaise où le modèle devait s’asseoir. Comme d’habitude, les statues, enveloppées de linges mouillés m'intriguaient. Autrefois, Giacometti sculptait la figure humaine dans sa généralité; depuis dix ans il cherchait à l’individualiser et il n’était jamais satisfait. Il découvrit un des bustes et j’eus sous les yeux, aussi dense, aussi nécessaire que ses anciennes œuvres, la tête d’Annette. La réussite en était si évidente et donc en apparence si simple qu’on se demandait: «Pourquoi lui a-t-il fallu

dix ans? » Il a admis qu’il n’était pas mécontent. Pendant un instant, cela m’a paru de nouveau important, avec du plâtre ou avec des mots, de créer quelque chose.

Je lus les Lettres à Madame Z. de l’écrivain polonais Brandys; et, en manuscrits, Derrière la baignoire de Colette Audry et Le Vieillissement de Gorz. Des œuvres très différentes, mais toutes les trois libres et directes; elles me jetaient au cœur d’une expérience étrangère, qui me reposait de moi, tout en me parlant de ce qui m'intéresse.

Une nuit, à 2 heures du matin, j'ai été réveillée par un bruit violent et mou; sur le balcon j'ai retrouvé Sartre : « Eh bien! ils nous ont repérés », me dit-il. Une fumée montait de la rue Saint-Guillaume, des planches avaient été projetées sur la chaussée, on entendait dans le silence la musique légère d’un xylophone : des éclats de verre qui dégringolaient. Personne ne bougeait. Au bout de dix minutes, la maison d’en face s’est éclairée; des hommes, des femmes sont apparus en robe de chambre, munis de balais, chacun seul, et ils ont nettoyé leurs balcons jonchés de débris; pas un échange de mots; juxtaposés, superposés, ils faisaient les mêmes gestes et s’ignoraient. Des concierges sont sortis, en pyjama sous des manteaux. Enfin sont arrivées des voitures de police et de pompiers. J’ai enfilé des vêtements, je suis descendue : la chemiserie du coin était en miettes. Un agent m’a interpellée et suivie jusqu’à la porte de l’appartement : voyant que je l’ouvrais, il ne m’a pas demandé mes papiers, mais j'avais eu chaud. Avait-on visé la chemiserie? Curieuse coïncidence; non, il s’agissait de nous; mais alors l’O.ASS. était drôlement bien renseignée. À 10 heures le lendemain matin Claude Faux vint nous voir, consterné : sans aucun doute le plastic nous était destiné. Lanzmann a téléphoné : même son de cloche. Nous pensions que nous allions être obligés de déménager; nous grelottions parce que le chauffage était coupé; nous étions moroses. Ça nous a soulagés d'apprendre que l’attentat avait été dirigé contre Romoli, un pied noir qui avait refusé de collecter des fonds pour l’O.A.S. Dans sa vitrine, une énorme pancarte annonçait: magasin plastiqué, la vente continue. À tous les étages de la maison d’en face il y avait des vitriers, et on voyait les locataires errer dans leurs appartements, toujours aussi isolés au sein de leur aventure collective.

Trois jours passèrent; vers 11 heures du soir, Faux a téléphoné : Libération venait de l’avertir que le 42 rue Bonaparte avait sauté. Nous avons trouvé la coïncidence piquante; mais quand Faux a sonné, une heure plus tard, il ne riait pas: « Cette fois, ils voulaient votre peau. » Il avait dit à l’agent qui gardait la maison : « Je suis le secrétaire, j'ai les clés. — Pas besoin de clés! >» Le plastic avait été déposé au-dessus de chez Sartre; les deux appartements du cinquième avaient été soufflés, ainsi que les chambres du sixième: celui de Sartre avait peu souffert, mais la porte avait été arrachée et l’armoire normande qui se trouvait sur le palier, volatilisée; à partir du troisième, l’escalier pendait dans le vide, le mur s'était effondré. Evelyne a téléphoné que, passant sur la place en auto, elle avait entendu l’explosion; elle s'était mêlée aux gens rassemblés devant la porte de l’immeuble, à peine curieux : « S’il avait le sens de la publicité, il descendrait donner des autographes », avait dit un jeune homme. L’attentat était une réponse au meeting que Sartre avait tenu à Rome. J’allai le lendemain avec Bost me rendre compte des dégâts; un locataire de l’immeuble, un quinquagénaire cossu, a crié dans mon dos, comme je traversais la cour remplie de décombres : « Voilà ce que ça rapporte de faire de la politique qui emmerde le monde! »

Nous sommes montés par l’escalier de service, croisant des locataires, leurs valises à la main; l’armoire disparue, l'escalier à ciel ouvert, j'avais beau le savoir, je n’en croyais pas mes yeux; dans l’appartement, des papiers jonchaient le sol, les portes étaient arrachées, les murs, les plafonds, le parquet recouverts d’une espèce de suie: Sartre ne pourrait jamais s’y réinstaller, c’était encore un morceau de mon passé qui se débinait. Sartre a reçu beaucoup de lettres et de dépêches de sympathie, et des coups de téléphone transmis par Faux. Sous ses fenêtres, des amis ont manifesté: O.A.S. assassins. Au restaurant, un client s’est approché, main tendue : « Bravo, Monsieur Sartre! »

A peu de jours de là, un matin, Sartre était descendu acheter les journaux quand on a frappé: « Préfecture de police, me dit un gros homme en me montrant son insigne. Je cherche une personnalité. un écrivain. — Qui? — Je vous le dirai peut-être plus tard... il habite la maison, mais comme il n’y a pas de concierge. Vous habitez seule? — Oui. »

Il ne se décidait pas à bouger. J’ai entendu des pas sur le palier. « De quel écrivain s’agit-il? — M. Jean-Paul Sartre. — Eh bien! le voilà! » dis-je comme Sartre apparaissait. « On a réclamé une protection pour M. Jean-Paul Sartre », a expliqué le policier. Il s’agissait d’une initiative de M. Papon; il assurait d’une manière curieuse la protection de certaines « personnalités »; toute la journée il y aurait un agent devant l’immeuble; et Sartre le préviendrait le soir quand il rentrerait définitivement : l’agent s’en irait. « Mais ça ne servira qu’à me signaler, dit Sartre. — En effet, dit l’envoyé de la Préfecture; les plastiqueurs travaillent de nuit. D'ailleurs, ajouta-t-il avec bonhomie, ils ne s’amènent pas avec une valise : un petit paquet en poche, ni vu ni connu. » Il conclut en prenant congé : « Si vous déménagez, prévenez le gardien »; et d’un ton de connivence : « Mais vous n’avez pas besoin de lui dire où vous allez. » Désormais il y eut donc devant notre porte deux agents; ils bavardaient avec ceux qui à vingt mètres de là veillaient sur Frédéric Dupont.

Rien d’étonnant à ce que la police connût notre adresse : les peintres, les architectes, les ouvriers qui travaillaient dans l'escalier et aussi l’agent immobilier savaient qui nous étions; mis au courant, les propriétaires voulurent nous expulser. D'accord : la police nous manifestait vraiment trop de sollicitude. Le matin qui suivit la nuit aux dix-huit attentats, deux flics en civil nous ont encore rendu visite : ils appelaient Sartre : « Maître » et ils lui donnèrent le numéro de téléphone du commissariat à qui il devait demander secours en cas de danger. Ils commentèrent l’arrestation des deux cyrards surpris en train de poser du plastic : « Des garçons de bonne famille! On ne comprend plus! »

Ils se dépensaient beaucoup, les garçons de bonne famille; en Algérie, c'était la terreur : vols d’armes, rackets, branquages de banques, mitraillades, assassinats, plastic, bombes. À Bône, un immeuble musulman sauta. À Paris, on entendait presque quotidiennement des bruits d’explosion. Une bombe, quai d'Orsay, fit un mort et cinquante-cinq blessés. Cependant le tribunal militaire de Reuilly acquittait trois officiers qui reconnaissaient avoir torturé à mort une Musulmane : cette franchise causa dans la presse un certain malaise.

Nous avons déjeuné chez les Masson avec Diégo et l’abbé Corre qui venaient de sortir de prison. Ils ne se réadaptaient

pas sans peine à la solitude bourgeoise : ils perdaient d’un coup six cents amis. « C’est compliqué de voir les gens, disait Diégo. Il faut écrire, téléphoner, prendre rendez-vous. Là-bas, il n’y avait qu’à pousser une porte! »

Le jour même où nous avons quitté le boulevard Saint-Germain, Romoli fut plastiqué pour la seconde fois : les locataires de la maison d’en face eurent de nouveau leurs vitres brisées et certains frôlèrent la crise de nerfs. L’agent immobilier nous avait trouvé un appartement quai Blériot, dans une immense caserne (où se cachaient, on l’a su plus tard, deux tueurs de lO.AS.); c'était cher, vaste, avec de grandes baies qui donnaient sur la Seine. Quand je me réveillais, un soleil vif et pâle inondaiït le parquet; par la fenêtre entrait une odeur de campagne, et pendant que je travaillais, j'avais quelque chose à regarder : les ramures noires des platanes laissaient transparaître, sur l’autre rive, des façades géométriques, comme sur un tableau de Buffet; la nuit, l’eau scintillait, très noire, allongeant, étalant, brisant, recomposant des lumières clapotantes. La neige vint, immaculée sur les péniches immobiles, sur les berges abandonnées; à midi le soleil la faisait resplendir et les gris du fleuve brillaient sous la caresse des mouettes. De la cuisine où nous prenions ordinairement nos repas, on découvrait un grand «espace vert», qui servait aussi de parking. On y voyait vivre l’homme et la femme de « l’organisation », tels que la France, après l’Amérique, les façonne : il partait à son travail, elle allait aux provisions, le matin, elle sortait son chien (que son mari promenait le soir), l’aprèsmidi ses enfants. Le dimanche, il astiquait la voiture, la famille s’en allait à la messe, ou en pique-nique.

La plupart des journalistes, hommes politiques, écrivains, universitaires de gauche avaient été victimes d’attentats. Le lendemain du jour où parut le livre sur Djamila Boupacha — que j'avais fini par signer avec Gisèle Halimi pour en partager la responsabilité — je passai chez moi chercher mon courrier; mes concierges n'avaient pas fermé l’œil : ils avaient reçu un coup de téléphone : « Attention! attention! Simone de Beauvoir saute cette nuit! » Ancien FE.T.P., il était de gauche et sa femme aussi, je savais qu’ils feraient tout pour me protéger, mais j'aurais voulu qu’ils puissent dormir les nuits suivantes. La police refusa de les aider; les organisations de vigilance privées se bornaient à faire de loin en loin des rondes. Pendant

cinq jours toutes mes démarches furent vaines; enfin le F.U.A. envoya quelques étudiants passer les nuits chez moi; il y avait parmi eux Benoît Rey, à qui le concierge prêta une fois une clé anglaise; comme il faisait les cent pas devant l'immeuble, des agents l’emmenèrent au violon, pour port d’armes prohibé; son éditeur Lindon le fit relâcher au bout de cinq heures; une inculpation fut retenue contre lui :.

Mes jeunes gardiens, penchés aux fenêtres, guettant à la porte, virent souvent la nuit des voitures suspectes; c’est sûrement grâce à eux que la maison fut épargnée. Une nuit, Evelyne dormait, dans son appartement de la rue Jacob, quand elle entendit un boum. « Décidément, je rêve tout le temps de plastic», se dit-elle. On cria dans la rue: O.A.S. assassins. En pyjama sous son manteau, elle courut se mêler à une poignée de gens — dont plusieurs antiquaires de la rue Jacob — qui manifestaient devant le Seuil endommagé. Le commissaire du quartier s’approcha : « Taisez-vous, il y a des gens qui dorment, il y a des malades, vous allez les réveiller.» À quelques jours de là, Pozner fut grièvement blessé; fractures du crâne, perte de mémoire, on l’opéra plusieurs fois et il mit des mois à se rétablir.

Sartre et Lanzmann consacraient beaucoup de temps à la préparation des assises de la Ligue. Avec Schwartz et beaucoup d’autres, ils se proposaient de combattre l’indifférence du pays et son glissement vers la droite par une action de masse et radicale. Les communistes n'étaient pas d’accord. Ils s’entétaient à diriger la lutte exclusivement contre l’O.AS. Ils craignaient que la Ligue n’entrât en contact avec les comités de quartier et ne prît une importance politique : ils voulaient en limiter le recrutement aux seuls intellectuels. Sartre refusait de se laisser enfermer dans un ghetto. Il ne trouvait pas chez les communistes «ouverts» l’appui qu’il avait escompté : « Vous allez nous brouiller avec le parti», disaient-ils; du coup, c'était un élément de freinage. Il envisagea de donner sa démission.

Le 8 février, il déjeuna avec Schwartz et Panigel en discutant de ces problèmes; je les rejoignis au café. Une manifestation anti-O.A.$. devait avoir lieu l’après-midi pour protester contre l'attentat qui avait coûté un œil à la petite Delphine Renard.

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