LE ROI
Grâce, je vous livre la Forêt tout entière, Laissez-moi la ville.
PIERRE
Je suis celui des ruelles serviles Et je règle avec toi des comptes séculaires Tu n'auras ni palais, ni tours, ni murailles Crève canaille !
// le frappe et le roi se renverse éperdu
Et meurt en hurlant : « Les temps sont venus ! »
Alors les Trois du tertre descendus
Dispersent V armée en déroute Et elle fuit pleureuse par toutes les routes Pareille à des chiens f ouailles — Et les Trois restent seuls sous le soleil de gloire^
JACQUES SIMPLE
Arrêtons-nous : nous tenons la victoire, Et les ancêtres vaincus jadis sont vengés... Epargnons tous ces esclaves.
PIERRE
Je respire aujourd'hui pour la première fois ;
Quoi plus de maîtres, plus d'entraves ?... Ah ! que le vent est frais qui souffle sur les bois 1
MADELEINE
Tout ce sang, l'on dirait des roses fleuries Dont le parfum me rend des forces...
Les plaies de mes pieds sont guéries !
JACQUES SIMPLE
Regardez ! les arbres s'agitent, leur écorce Eclate... et je vois des yeux
Luire dans l'aubier...
Oh ! mais voyez, frères, voyez Queis fantômes merveilleux Glissent parmi les rameaux.
PIERRE
La Forêt s'incline et bruit, j'entends des mots Proférés par les feuilles...
Qy soudain la Forêt sonore se recueille £t les arbres pareils à des vieillards chenus Ouvrent leurs bras en détresse.
JACQUES SIMPLE
Ces mots, ne les avais-je pas entendus Jadis aux jours de la Promesse ?
MADELEINE
Là-bas, à l'orient, regardez : la lisière S'ouvre sur un val bleu qui mène en Arcadie ;
Venez vite vers la lumière...
Nos épreuves sont finies.
Allez m'attcndre au seuil de la Terre promise : La Forêt murmure à travers la brise
Pleine d'échos qui dans mon âme se prolongent. Je veux rester ici tout seul des Trois Afin de savoir son secret.
Pierre et Madeleine s'éloignent à regret Et se retournent maintes fois ; Mais Jacques s'est assis sur un monceau de rois Et la Forêt pour lui chuchote comme en songe.