‹ La forêt de FontainebleauChapitre 3 sur 23 · XVI NOTICE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE

yuidc que sa belle cl riclie imagination. En somme , je jugeai le poème bien supérieur à celui du professeur de rhétorique Castel , que du reste M. Durand n'a jamais lu.

Un examen attentif n'a fait que conllrmer Toplniou que m'avait laissée la première lecture de l'ouvrage de M. Durand. Maigvé des longueurs et des négligences, cet ouvrage , fruit de la nature et de la solitude, me parut empreint d'un mérite réel si incontestable , et d'un mérite relatif si prodigieux , que la publication m'en sembla désirable dans l'intérêt de l'art comme dans l'intérêt de l'auteur. Je l'engageai à revoir son œuvre d'un œil sévère , à en serrer davantage le tissu, à le colorer ça et là plus chaudement , et je décidai sa modestie à affronter hardiment les regards du public.

Alors la Chronique de Seine-et-Marne publia le fragment du Bouquet du Roi, précédé de celte lettre que j'avais adressée au rédacteur en chef :

« C'est avec une joie bien vive que je viens, monsieur, vous » faire part d'une découverte , cjui intére.s.se non seulement la j) ville de Fontainebleau , mais tous les véritables amis de la » littérature et des arts. Je n^ic trouve heureux et lier d'avoir à )) révéler au public l'existence d'un homme fait pour honorer )) sa patrie. Fontainebleau, cjui l'ignore , possède un poète dans n ses murs , et ce poète est un de ses enfans. Je ne parle pas » ici d'un homme qui fait des vers , tant de gens s'en mêlent ! n je parle , entendez-le bien , d'un véritable poète , c'est-à-dire n d'un écrivain qui , doué d'une imagination rêveuse, sensible, )i féconde , verse sur des tableaux dessinés à grands traits , tout » le coloris et toutes les richesses du langage poétique ; homme » d'autant plus poète, qu'il l'est, pour ainsi dire, à son insçu , et

NOTICE. Tv.i

)•) pour obéir à l'InsliiiCt ])ulssaiit (jiii est ou lui. îl est l'd'uvre de » la seule nature. Il ne doit absolument rien à lediuation sco- » lasti({ue; il n'a point été au collège; il ne s'est pas formé au » sein des sociétés lettrées et des académies. Il n'a puisé ses inspi- » rations qu'au foyer de son ame. Il a reçu seulement île la lecture » de quelques grands poètes , rétlucelle électrique qui a développé )i sa belle organisation littéraire. Cet homme, qui n'a point été » au collège , sait le latin et l'italien , (ju'il a appris seul , dans ses )) courts loisirs. AujourdUmi , vous trouverez Virgile et le Tassr* , » niclés aux outils de sa profession. Cet homme est M. Durand, » menuisier a Fontainebleau, etc. »

Une souscription venait d'être ouverte par mes soins au Cercle liKc'raire de Fontainebleau, pour Vimpression du poème, et li Chi^onic/ue invita ses lecteurs à y prendre part. Le public répoiidit à cet appel avec l'empressement le plus flatteur pour M. l>urand, et le plus honorable pour le département de Seine- et- Marne. Huit (cnts exen)plaires du Bouquet du Roi, tirés à part, franchiront en partie les limites du département. AI. le lieutenantgénéral comte Durosnel , député de l'arrondissement de Fontainebleau , eut la bonté de mettre ce morceau sous les veu.x du Roi , et S. M. voulut bien se placer en tête des souscripteurs en s'inscrlvant pour cinc[uante exemplaires , dont le prix fut inunédiatcment compté à l'auteur. Dès-lors le succès de la souscriptiou fut déi:idé, et l'ouvrage fut mis sous presse.

Cependant M. Durand allait recueillant par avance les encouragemens elles suffrages les plus honorables. Lorsqu'Adam Billaut annonça l'intention de publier le recueil de ses poésies, presque tous les poètes de son temps s'enq^ressèrent de lui apjjorter le tribut de leur nuise fralernolle, et maître Adam n'eut garde d'oublier d'en enrichir soji volume. C'était l'usage alors, et les

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auteurs se rendaient volontiers cette innocente civilité mutuelle. Autre temps, autres mœurs. Mais je croirais faire tort au moderne Adani Billaut, si je ne consignais ici , en attendant Tarrét du public, quelques uns des te'moignages flatteurs que lui a valus le seul fi arment de son poème, public sous le titre du Bouquet du Roi. J'en clioisirai quatre parmi tous les autres.

Voici ce que m'e'crivait le 5 novembre dernier , mon honorable collègue, M. Mauge, procureur du roi a Pitbiviers, auteur d'un recueil à'E/c'gies, ricbes de la plus pure poe'sie, et empreintes de cette tristesse communicative qu'on ne trouve guère au même degré' qi;e dans les Nuits d'Young :

« Je trouve en arrivant les vers admirables de votre nouveau » maître Adam. Je m'euipresse de vous remercier mille et mîlle » fois de cette communication. Je m'inscris de grand cœur au « nombre des sousci-ipteurs, parce que rien ne me cause de »' plus douces émotions que les cliants barmonieuK de la poésie. » Quoi de })lus toucbant ctue de voir, sous la bure de î'bumble ar- » tisan, palpiter un coeur de poète et briller tous les trésors d'une » imagination prédestinée ! Oli î c'est bien là une preuve de plus » c(ue la poésie est fille du ciel , comme la religion et la liberté. » Le poète qu'anime le sentiment inné du beau et du bien , doit » nécessairement être un bonnête bomme, et votre compatriote » m'inspire à ce double titre le plus vif intérêt. Je vous félicite de » tout jmon cœur de votre heureuse découverte. Grâces vous 3> rendues .' je serais bien trompé si la publication du poème de » M. Durand trouvait des obstacles dans lindiflérence littéraire » qui caractéiise notre épocjue. Il me semble cj^ue s'il eu était )» ainsi, il faudrait porter la souscription à un prix plus élevé. 11 » y a encore assez d hommes enflammés du icu sacré, pour fjue » la poésie n'en soit pas réduite à enterrer ses vestales. »

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