‹ La forêt de la Côte d'Ivoire et son exploitationChapitre 26 sur 35 · ACAJOU · texte numérisé non relu

ACAJOU

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A partir de 1918, les statistiques sont établies au volume, alors qu'auparavant elles l'étaient au tonnage. Mais il est facile de rétablir la comparaison par rapport aux années précédentes, en prenant pour base une densité moyenne de 0.700 pour des billes ayant déjà plusieurs mois de séchage. Nous obtenons par conséquent, pour les années 1918, 1919, 1920 et 1921 (l" semestre) respectivement 25.452, 24.472. 37.619 et 17.247 tonnes.

Avant la guerre, l'Allemagne était pour les bois un des bons clients de la Côte d'Ivoire. Elle se partageait avec l'Angleterre près des deux tiers des Acajous de la Colonie et achetait à peu près entièrement la production de Tiama et à'Iroko. Disparu depuis 1914, le pavillon allemand recommence à flotter sur la Côte d'Afrique et depuis quelques mois on voit de nouveau, de temps à autre, des Woërman en rade de Bassam. La baisse de leur devise nationale (1) empêche momentanément les Allemands de procéder à des

achats importants; mais il y a de gros besoins d'Acajou dans leur pays; que le mark remonte ou même se stabilise et l'on verra les demandes d'achat affluer.

La production de 1918, 191 9 et 1920 est allée, pour les deux cinquièmes environ, en Angleterre. Les Etats-Unis ont acheté également des quantités importantes qui doivent approcher du cinquième des exportations totales; la France a absorbé un bon tiers des A cajous et la majeure partie des autres bois exportés; le complément s'est réparti entre la Hollande, la Belgique, l'Italie, etc. (1).

La majeure partie de ces bois est achetée sur place par des représentants des gros marchands de bois du Havre, New-York ou Liverpool. Certains exploitants préfèrent cependant (et le fait se pratique surtout dans les moments de crise) confier leur production à de; maisons de commerce ou à des Banques qui leur consentent immédiatement des avances sur les lots et expédient ceux-ci sur les principaux ports européens où ils sont vendus, soit aux enchères publiques, soit à la commission. Quelques puissantes Sociétés se sont, d'autre part, organisées pour vendre ellesmêmes leur production en Europe et suppriment ainsi tout intermédiaire.

Qualité des Acajous de la Cote d'Ivoire. — Leur emplol — Tiama et Iroko.

Sans être aussi beaux que ceux importés des Antilles, Cuba ou Tabasco, ou même du Brésil, les Acajous de la Côte d'Ivoire sont de très beaux bois d'ébémstene ou de menuiserie de luxe. D'une belle couleur rose-saumon à l'état frais, ils se brunissent peu à peu à lair et deviennent roussâtres; ils prennent très bien les teintures et le chromate de potasse et donnent ces jolis tons chauds qui les font tant apprécier. Leur grain est fin et régulier, très homogène;

{ I ) Novembre-décembre 1 92 1

(I) 22.368 m' Acajou sur l'Angleterre en 1920; 9.834 m' sur les Etats-Unis; 17.267 m^ sur la France; 703 m"' sur la Hollande. (Statistiques officielles de la Colonie.)

FRAMIRÉ

Nom scientifique. — Tcrminalia ivorensis (Combrétacées).

Aspect et texture du bois. — Cœur et aubier non différenciés. Bois de couleu.' jaune clair, à grain fin, bien veiné. Pores assez creux.

Densité moyenne. — A l'état frais, 0.650; à l'état sec, 0.550.

Dureté. — Relativement tendre.

Facilités de travail. — Sciage : facile; rabotage : facile; fente à l'oulil : peu facile; assemblage: tenons et mortaises, faciles à faire et résistants; clous, vis: tiennent bien.

Tenue du bois débité. — Bonne.

Usages principaux présumés. — Tous travaux de menuiserie et de construction.

Remarques. — Arbre à rameaux horizontaux, presque verlicillés, atteignant de 1 mètre à 1"'20 de diamètre à la base cl 25 à 28 mètres de hauteur de fût. Assez commun, surtout dans la région du chemin de fer entre Azaguié et Agboville.

SS

un peu à contre fil, suivant la façon dont ils sont débités, ils présentent de jolis effets satinés (1). Mais ce qui donne beaucoup de valeur aux Acajous de la Colonie, c'est la dimension des billes qui font de 0",60 à 1",30, quelquefois plus, d'équamssage, avec une moyenne de 0"',80 (la longueur est facultative; les fûts ont de I 5 à 25 mètres et peuvent donner 3, 4,

Les industriels (on voie cela en France notamment) n'aiment pas beaucoup, d'une façon générale, employer des boi; nouveaux. Or, les Acajous de la Côte d'Ivoire sont des bois encore nouveaux, puisqu'il y a vingt ans seulement on n'en parlait nulle part. Les imposer, malgré toutes leurs qualités, n'a pas été chose si facile qu'on pense et nombre de marchands de bois

Scierie de la Compagnie forestière.

Cliché Métayer. — Grand-Bas'am

5 billes de 4 mètres à 6 mètres). Ce sont des bois sans nœuds et absolument sains, produisant un minimum de déchet au sciage, tranchage ou déroulage.

Bien qu'ils fournissent près de la moitié de la consommation mondiale, les Acajous de la Côte d'Ivoire sont pourtant encore mal connus.

(I) Près du littoral, ils sont toutefois moins beaux comme grain et comme couleur et rappelleraient, s'ils étaient tachetés de brun, les Acajous qu on coupe en d'autres régions de la Côte d'Afrit^iie. L'exploitation en est d'ailleurs presque nulle.

ont dû. pour y arriver, user de supercherie. Us les ont présentés comme Acajou du Honduras, qualité dont ils se rapprochent beaucoup et qu'ils peuvent remplacer dans toutes les applications. Le procédé, déloyal en soi, a réussi et réussit encore à l'occasion. La provenance américaine est en effet pou»- beaucoup d employeurs une garantie de bonne marchandise. Quoiqu'il en soit, nos Acajous de la Côte d'Ivoire, dits « Grand Bassam ". conquièrent peu à peu les marchés et sont de plus en plus

appréciés. On n'a plus besoin d'affirmer qu'ils viennent de l'autre côté de l'Océan pour les faire accepter.

Mais à leur tour, d'autres Colonies de la Côte d'Afrique envoient des Acajous en Europe et, comme ces bois sont de qualité inférieure à ceux de la Côte d'Ivoire, certains marchands, pour les écouler plus facilement et plus avantageusement, les baptisent, non pas Acajous du Honduras, dont ils diffèrent trop, mais Acajous de Grand-Bassam, dont ils diffèrent autant, mais qui sont moins connus. 11 en résulte pour ces derniers un discrédit sérieux. 11 serait bon de veiller à ce que ces manoeuvres ne se reproduisent pas trop souvent et de les dénoncer ouvertement lorsqu'on les découvre. 11 y a bien un moyen, pour les employeurs, de s'assurer de la provenance des bois qui leur sont vendus comme « Grand-Bassam », c'est d'exiger des vendeurs un certificat d'origine, ou une spécification timbrée au départ par la Douane (1), documents que les marchands de bois peuvent obtenir très facilement des exploitants et dont ils peuvent faire établir et légaliser des extraits pour la vente au détail des lots reçus. Mais les employeurs songeront-ils jamais à contrôler de cette façon la provenance des Acajous qu'ils achètent?

Vendus moins cher que les provenances américaines, nos Acajous de la Côte d'Ivoire devraient être recherchés particulièrement pour le meuble en bois plein, pour la belle menuiserie d'intérieur (boiseries de salles de café, comptoirs, wagons, etc.), pour la fabrication d'hélices d avions et de coques d'hydravion, pour la construction des bateaux de plaisance. Des billes assez longues seraient sans doute nécessaires pour ce dernier emploi, mais c'est là uniquement une question de préparation des bois.

(I) Nous apprenons au moment de mettre sous presse qu'un arrêté du Gouverneur de la Colonie, en date du 12 décembre 1921, vient de réglementer la délivrance de ces certificats. La question est donc tranchée. Nous sommes heureux de constater que les observations que nous avions consignées à ce sujet, dan? un rapport antérieur, ont été prises en considération.

les exploitants pouvant livrer des billes de 8 et 10 mètres si on les leur demande. h.'Acajou- Tiama pourrait également être utilisé pour cette industrie spéciale.

Acajous de choix frisés, mouchetés ou a figurés »

Qu'on nous permette de dire ici un mot des Acajous de choix, frisés, mouchetés ou plus ou moins moirés ou « figurés » , fournis également par la forêt de la Côte d'Ivoire et destinés à l'ébénisterie de luxe. Ces bois n'ont pas de cours établis, ni à la Colonie, ni en Europe; ils sont vendus plus ou moins cher, suivant la beauté du bois et suivant qu'ils sont plus ou moins disputés des amateurs. Les bois frisés ou mouchetés, les plus communs, valent toujours deux ou trois fois le prix des Acajous ordinaires; les beaux moirés ou (( figurés » , peuvent valoir jusqu'à vingt fois ces mêmes prix. On cite couramment à la Colonie le cas de trois belles billes « figurées » provenant d'un même arbre et dont les enchères à Liverpool atteignirent, avant la guerre, le chiffre de 105.000 francs. Vendues en 1920, ces trois mêmes billes auraient peut-être été adjugées 500.000 francs ! C'est là, évidemment, un cas exceptionnel, mais il est assez fréquent de voir vendre des Acajous de ce genre trois mille francs et plus, la tonne, quand les Acajous communs sont cotés 500 ou 600 en France et en Angleterre.

Les effets frisés ou moirés produits sont dus à des ondulations plus ou moins fines, plus ou moins régulières, des fibres du bois, ondulations qui sont cause des contre-fils souvent curieux constatés au débitage. A quoi sont dues ces ondulations? Le phénomène, s'il est constaté, reste à expliquer. Les arbres de cete sorte semblent être, scientifiquement, les mêmes que les autres, leur tronc est d'aspect absolument identique; ils paraissent aussi vigoureux que les autres et cependant les ondulations qui produisent les aspects moirés ou m figurés » étant presque toujours plus accentuées, près de l'aubier qu'au cœur même

de l'arbre, pourraient bien être la conséquence d'une maladie quelconque dont souffrirait davantage l'arbre au fur et à mesure qu'il vieillit. Ce n'est là, en tout cas, qu'une hypothèse.

On trouve ces arbres un peu partout là où il y a de l'Acajou commun, plus fréquemment toutefois en certains endroits qu'en d'autres; ils restent néanmoins des exceptions, et les coupeurs ne doivent pas se baser sur leur découverte pour établir le budget de leur exploitation.

Acajou-Tiama et Ito\o.

Des autres essences exploitées par les coupeurs, nous ne parlerons ici que des deux prin-

Scieries Africaines a Moossou. — Fond de la scierie. Scie P. L.

cipales, V Acajou-Tiama et VIroko, nous réservant d'examiner, au Titre III, les caractéristiques des autres essences coupées occasionnellement et l'emploi dont elles sont susceptibles dans l'industrie. Seuls, avec l'Acajou ordinaire, le Tiama et l'IroJ^o sont un peu connus sur les marchés européens; seuls, ils ont donné lieu déjà à un mouvement d'exportation intéressant.

L.' Acajou-Tiama est, scientifiquement, un Acajou. C'est un très bel arbre, qui dépasse peut-être, comme dimension, les autres Acajous. Son bois est également de couleur rose saumon, mais plus ou moins foncée et parsemée de petits points noirs ou hachures qu'on dirait faites avec une aiguille. Ce sont ces minuscules

taches noires qui font que le Tiama est moins apprécié que l'Acajou. En France et en Angleterre il est même très peu prisé. Par contre, ainsi que nous l'avons déjà signalé, les Allemands le recherchent volontiers et presque au même prix que l'Acajou commun. Ils apprécient particulièrement les Tiama foncés dénommés dans le commerce Tiama Sapelly.

Le Tiama pourrait être employé, au même titre que l'Acajou, pour la belle menuiserie d'intérieur, les wagons, les bateaux de plaisance, etc. Il est toutefois légèrement plus lourd que l'Acajou. 11 y a également des Acajou-Tiama frisés ou moirés.

L'/ro^o est un bois complètement différent. On le dénomme c teck africain », parce qu'il se rapproche, comme couleur, densité et qualité, du véritable teck. C est un très beau bois, jaune cognac au sciage, mais qui prend assez rapidement des tons vieil or et châtain par endroits, d'un très bel effet, et qui donnent aux meubles ou articles fabriqués avec ce bois un aspect d'ancien. Les Allemands l'emploient surtout dans la construction des bateaux. Nous sommes certains qu'on pourrait l'utiliser avec succès dans l'ébénisterie.

Utilité pour les exploitants de ne présenter que des bois de toute première qualité.

Les exploitants ou, à leur place, les marchands intermédiaires, ont intérêt à n'exporter de la Colonie que des bois de tout premier choix. Ils les écoulent d'abord plus facilement; ensuite, ils contribuent, en agissant ainsi, à constituer une bonne renommée aux bois de la Colonie, à élargir leurs débouchés, à augmenter progressivement les cours auxquels ces bois sont réalisés par rapport aux bois similaires d'autres provenances.

Il est bien certain, en effet, que certains stocks, vieux de deux ou trois ans, piqués ou échauffés, fendus, achetés dans la fièvre de la spéculation en 1920, ont dû produire, sur les

marchés où ils ont échoué, une impression plutôt défavorable. C'est ce qu'il faudrait éviter de renouveler par la suite, l'Administration locale dut-elle intervenir pour empêcher l'importation de bois aussi mauvais, bons tout au plus à faire du feu.

Les exploitants ne sauraient apporter trop de soins à la préparation et à la conservation de leur production, veiller à l'équarissage proprement fait; à défaut, écorçage immédiat des grumes, précaution indispensable pour éviter aux bois de se piquer, la sève montant presque sans arrêt au cours de l'année et aucune saison n étant

Scieries Africaines à Moossou. — Ateliers d'affiilage.

particulièrement favorable pour l'ahatage. Certains exploitants enlèvent, quelques semaines à l'avance, aux arbres qu'ils ont désignés pour l'abatage, une ceinture d'écorce pour arrêter ou tout au moins réduire, dans une certaine proportion, la circulation des sucs végétaux. C'est une pratique qui serait à généraliser pour la plupart des essences.

L'arbre, une fois abattu, ou les billes, après tronçonnage, devraient séjourner le moins possible sur le sol; si on ne peut les évacuer tout de suite, il est nécessaire de les isoler sur des bouts de bois placés en travers, qui permettent l'aération. Les billes, grumes ou équarns, doivent toujours être protégées le plus possible contre les ardeurs du soleil et contre les intempéries. Il est facile de les recouvrir de feuilles de pal-

miers ou de branchages ou de leur construire des abris rustiques.

Il arrive, lorsque les billes attendent pour être évacuées sur le point d'embarquement ou, étant rendues en ce point, séjournent trop longtemps avant d'être expédiées, qu'elles éclatent ou se fendent en étoiles aux extrémités; c'est toujours la conséquence d'un manque de soins. Pour éviter les altérations de cette nature, les exploitants, lorsqu'ils le peuvent, mettent séjourner leurs bois en eau douce où ils se conservent parfaitement pendant plusieurs mois. Cette opération a même pour résultat de préparer le séchage plus rapide des bois, l'eau dissolvant les gommes ou résines qui sont dans la matière ligneuse (1). 11 est regrettable qu'on ne puisse généraliser cette manière de faire, surtout près des points d'embarquement; malheureusement l'eau de mer et, avec elle, les tarets, pénètrent dans les lagunes; la conservation des bois qui seraient immergés à proximité des points où ces lagunes communiquent avec l'Océan paraît donc très douteuse.

Les scieries locales. — Leur organisation. — Ecoulement de leur production.

Il existe à la Colonie trois scieries (2) assez bien outillées dont le débit total devrait atteindre 1 5 à 20.000 mères cubes de bois en grumes par an, soit, en bois débités, 12.000 à 15 mille mètres cubes. Deux sont installées à Moossou, en arrière de Grand-Bassam; la troisième fonctionne à Abidjan, au fond d'une des criques lagunaires qui entourent la ville. Leurs emplacements à toutes trois sont particulièrement bien choisis et leurs propriétaires se sont fait réserver des superficies de terrain assez vastes dans leurs environs immédiats, pour permettre le développement des usines et le stockage des bois.

(1) On ne peut toutefois l'appliquer aux bois très tendres qui pourriraient rapidement dans l'eau.

(2) Installées en 1917 et 1918.

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Nom scientifique. — Hacmaloslaphis Bartcri (Anacardiacées).

Aspect et TÏXTURE du bois. — Cœur et aubier différenciés. Bois de coeur gris brun jaunâtre à larges veines, fibres sinueuses et compactes donnant %u bois un aspect moiré. Aubier très épais, plus clair.

Densité moyenne. — A l'état frais, I.IOO; Dureté. Très dur.

■état sec, 0.960.

Facilités de travail. — 5ciage: lent: rabotage: assez facile; jentc à l oulil : difficile; assemblage: tenons et mortaises résistants; clous, vis: tiennent bien: cSJotI d'arrachement d'un tirejonds de voie ferrée du P. O. : 7.000 kilos.

Tenue du bois débité. — Bonne; ne présente après six mois de sciage que des gerces insignifiantes.

Usages principaux présumés. — Construction. Traverses de chemin de fer. Quelques billes, très ramagées, pourraient sans doute être utilisées dans 1 ébénisterie et pour la fabrication de bois de fusils.

Remarques. — Petit arbre ne dépassant pas 0"'60 do diamètre et 10 à 15 mètres de hauteur de fût. Assez abondant dans toute la forêt.

Les deux premières appartiennent à la Compagnie forestière de l'Afrique française et à la Société Vizioz et Cie (Scieries Africaines). Elles s'approvisionnent en bois d'oeuvre sur les chantiers de la région du Comoë et des petites

Scierie d'Huberl a Abidjan.

lagunes qui sont à droite et à gauche. Par le flottage, elles reçoivent ces bois presque sans aucun frais. Celle d'Abidjan, qui appartient aux Etablissements Emile d'Hubert, est reliée par la voie ferrée aux chantiers de la Société, qui sont tous à proximité d'Abidjan, sur le côté Ouest du chemin de fer montant vers le Nord. Elle a l'avantage, sur ses concurrentes, de pouvoir recevoir, sans séchage préalable, les bois lourds dont elle a l'écoulement; le Dabéma, par exemple, qui flotte difficilement à l'état vert.

Ces scieries, dont le débit est loin de correspondre aux besoins en bois de toutes sortes de l'Afrique occidentale, trouvent, sur place, à la Colonie même ou dans les Colonies voisines, des débouchés qui absorbent toute leur production. C'est fort heureux pour elles car, on peut le signaler sans esprit de critique, elles sont bien sommairement organisées et il est à peu près certain qu'elles devraient, ou changer de méthodes, ou fermer leurs portes, si elles en étaient réduites à l'éventualité d 'exporter les quelques milliers de mètres cubes de bois qu'elles débitent chaque année.

Mais du fait que les besoins en bois sciés de l'Afrique occidentale française dépassent de beaucoup les quantités pouvant être livrées par les scieries da la Côte d'Ivoire, ces dernières, vendent à l'usine ou quai Bassam, à des prix très avantageux, supérieurs, dans la majorité des cas, à ceux qu'elles obtiendraient en France, des bois qu'elles livrent au fur et à mesure qu'ils sont débitée, sans séchage ou après séchage très insuffisant. Aucune qui dispose de hangars à toits étanches, indispensables à la Colonie pour obtenir une bonne conservation des sciages; aucune qui, débitant de 3 à 5.000 mètres cubes (1) de grumes par an ait, à un moment quelconque, 500 mètres cubes seulement de bois sciés disponibles, en bon état de conservation. Tout est vendu d'avance; on travaille sur commande. Le bois est scié vert et il est livré ou amené vert à Bassam pour être embarqué. S'il peut être chargé assez rapidement sur un bateau de passage, enlevé dès débarquement à Konakrv ou Dakar et mis à l'abri, il arrive à

Scierie d'Hubert a Abidjan.

destination sans avoir trop subi de dommages: au destinataire de le faire sécher avant de I em-

(I) Les scieries de la Compagnie forestière et celle des Etablissements d'Hubert sont outillées pour débiter 500 m' environ de bois en grumes par mois: celle de la Société N'izioz. 1.000 à 1.200 m': en fait, elles débitent beaucoup moins et ne font guère plus d'un millier de mètres cubes par mois à elles trois.

ployer. Mais si, par aventure (et cela arrive trop tréquemment), il doit séjourner sur les quais ou sur la plage avant embarquement ou après débarquement, sans être abrité, le soleil, le vent, la pluie lui font subir, en très peu de temps, un formidable déchet; les pièces se gauchissent, se tordent, les bouts éclatent, etc., les stocks deviennent pour 20, 30 % et plus, inutilisables. On conçoit que certains, parmi les destinataires du Sénégal, de la Guinée ou du Soudan aient pu faire, avec les bois reçus dans ces conditions, des expériences peu encourageantes et soient revenus aux vulgaires sapins ou pitchpins qui leur coûtent aussi cher, mais qui, au moins, ne leur donnent pas de semblables mécomptes (1).

Et pourtant les bois sciés à la Colonie se conservent, nous ne disons pas parfaitement, ce qui serait exagéré, car il y a sans doute plus de déchet qu'en Europe, mais dans de très bonnes conditions pour peu qu'ils soient mis à couvert (2). Nous avons vu les stocks emmagasinés

(1) Un rapport en date du 9 décembre 1921. adressé par M. le Gouverneur général au Ministère des Colonies, sur l'emploi des ix)is de la Côte d Ivoire en Afrique occidentale française. — ■ rapport dont une copie est parvenue à l'Agence économique le 26 janvier dernier, c'est-à-dire au moment où nous allions mettre sous presse, — confirme entièrement notre point de vue.

(2) Les bois sèchent plus rapidement à la Colonie qu en France; on peut les employer après dix-huit mois de stockage, alors qu en France, il faut attendre de deux à trois ans.

Il y aurait néanmoins avantage pour les scieries à disposer d'installations pour le séchage mécanique ou le dessévage des bois. Ce serait surtout utile pour les bois tendres qui ont une tendance à s'échauffer rapidement, même après débitage. C'est le cas pour VAvodiré et le Bahia. Ce l'est encore plus jx)ur le Fromager et le Parasolier dont on pourrait tirer un parti très intéressant pour la caisse à bananes, pour la Guinée et les Canaries, et surtout la caisse à œufs, pour le Maroc. Ce dernier pays se procure à très haut prix, en Portugal et en France, la planche nécessaire aux emballages d'oeufs et encore cette planche, qui est de pin ou de sapin, n'a-t-elle pas la souplesse que présente celle du Fromager.

Les procédés de séchage ou de dessévage sont nombreux. Nous n'entrerons pas dans leur détail, d'autant plus qu'il serait délicat d'en conseiller aucun avant de l'avoir expérimenté sur place, les conditions climatériques locales constituant un facteur dont il y a lieu de tenir le plus grand compte. C'est une question à étudier et à mettre au point.

à Moossou par la Mission des Bois coloniaux, stocks achetés aux scieries en vertu de contrats (1) passés pendant la guerre, et conservés pendant plus de deux ans, sous des hangars à toits de planches disjointes sur lesquelles il n'avait pas été placé de couvre- joints. L'eau de pluie ruisselait dans les interstices et les gouttières traversaient les piles de madriers et planches qui étaient en dessous. Lorsqu'on défît les piles il n'y eut cependant guère plus d'un cinquième des bois qui furent mis au rebut; tout le reste était en fort bon état, quoique légèrement noirci par l'humidité et le voisinage de la mer. Un lot, cédé à un commerçant de Bassam, fut revendu en France à raison de 1 .600 francs le mètre cube ! (C'était en 1920.) Tout le stock eut pu être vendu très facilement en France, et surtout à Dakar, s'il n'y avait pas eu à Grand- Bassam impossibilité presque absolue, à ce moment-là, d'expédier des bois sciés. Les capitaines de bateaux se refusaient à les prendre, trouvant, plus qu'il ne leur en fallait, de fret plus avantageux. Il est bon d'ajouter que c'est précisément en raison des difficultés de le faire transporter, que la Mission des Bois coloniaux avait décidé de réaliser ce qui restait de son stock sur place, plutôt que de l'expédier en France comme il avait été prévu.

Chacune des trois scieries dispose de scies alternatives verticales et horizontales et de grosses scies à ruban pour débiter les grumes, de scies à ruban plus petites et de scies circulaires pour refendre ensuite les plateaux obtenus. Elles débitent des traverses de chemin de fer pour le

(!) Ces contrats portaient sur plusieurs centaines de mille tonnes que le Ministère des Reconstructions Industrielles comptait importer en France pour les Régions dévastées. Ils avaient été conclus en 1917 et 1918 à des prix qui permettaient (60 à 70 francs le mètre cube) la concurrence avec les bois du Nord. Quelques milliers de mètres cubes furent livrés en 1918 et au commencement de 1919, mais la hausse des bois se produisant, et avec elle celle de la maind oeuvre, de loutillage, ©'.c, les fournisseurs durent, sous peine de perdre beaucoup d'argent, demander la résiliation de leurs contrats. Elle leur fut accordée sans trop de difficultés.

Sénégal et des bois de construction, charpente et menuiserie pour les différentes Colonies.

Quelles sont maintenant les essences qui les alimentent? Aoodiré, Bahia, Dabéma, constituent les trois principales, puis Bodioa, Sougué, Bossé, Niangon, Fraisé, Rikjo, toutes de bois excellent, qu'elles trouvent en quantités plus ou moins grandes sur des chantiers faciles à desservir et qui reviennent tout au plus à l'usine (bois en grumes) de 30 à 50 francs le mètre cube (suivant densité).

Vendant couramment de 1 80 à 280 francs le mètre cube, suivant les essences et le sciage de-

L'Afnque occidentale française (ports de Dakar, Saint-Louis, Konakry et Porto-Novo) importe encore annuellement, de France et de l'étranger, malgré l'arrêt momentané des travaux et des constructions, 6 à 8.000 mètres cubes de sapin, pitchpin et bois divers, bois qui sont vendus beaucoup plus cher qu'en Europe et que peuvent concurrencer, que doivent même évincer complètement les bois sciés à la Côte d'Ivoire (1). Et puis, il y a le Maroc (2) et l'Algérie qui importent des quantités bien plus importantes encore et où les bois de la Côte d'Ivoire peuvent pénétrer peu à peu. Pour ces

É^^BJI^M

Jeune chinijjdnzê.

Cliché Bur^er

mandé, les scieries, en tenant compte des déchets au sciage et des capitaux que nécessite leur installation, ne sont donc pas une mauvaise affaire pour leurs propriétaires. Malheureusement, et c est sans doute la raison de leur non-extension, elles exigent pour travailler dans de bonnes conditions, un personnel spécialisé assez difficile à recruter. Les réparations ne sont pas non plus toujours faciles à faire sur place; les pièces de rechange arrivent avec du retard. Bref, les scieries, à la Colonie, ne marchent pas toujours très régulièrement. 11 y a néanmoins heu de présumer qu'elles s'organiseront peu à peu, aussi bien à ce point de vue qu'à celui du séchage des bois, et pourront se développer sans avoir à redouter la mévente de leur production.

(1) Nous regrettons de ne fwuvoir citer les chiffres exacts des importations de bois de la Côte d'Ivoire, au Sénégal, en Guinée et au Dahomey; les statistiques officielles n en font pas mention, ne relevant pas le trafic qui se fait entre les différentes Gîlonies du groupe de l'Afrique occidentale. On peut estimer que ces importations, qui vont s'amplifiant, ont dû atteindre 2 à 3.000 mètres cubes pour les années 1920 et 1921.

dOO à 600 mètres cubes de plateaux ont également été importés en France en 1921.

(2) Des renseignements publiés assez récemment par l'Office du Maroc, il ressort que le Protectorat, zone française, importait, avant guerre, une moyenne de 45.000 tonnes de bois divers, dont près de 40.000 tonnes de pins et sapins sciés, et le reste en bois durs. L'importation s'est ralentie pendant la guerre: mais, dès 1919, elle reprenait avec 18.000 tonnes et approchait, en 1920, des chiffres d'avant guerre (40.000 t.).

Les pins et sapins sciés tiennent encore, en 1920. la première place, avec 27.600 tonnes. La proportion des autres bois a néanmoins augmenté sensiblement par rappor; aux années I9I2-I9I3. Elle a été. pour la dernière année connue, de 12.600 tonnes, dont 8.800 tonnes de traverses de chemin de fer, 3.000 tonnes de chêne brut ou équarri. 800 tonnes de bois divers, sciés pour le charronnage. la menuiserie et l'ébénisterie.

La zone espagnole a importé, de son côté, en 1920. 18.000 tonnes de bois divers, dont 7.000 de bois autres que des pins pi sapins.

Les prix sur place étaient à peu près les suivants, au début de l'année 1921 : sapin blanc. 600 francs le mètre cube: sapin rouge. 730 francs: en bois sciés, en grumes ou équarris, pin des Landes. 470 francs: pitchpin, 800 francs: chêne. 950 francs: noyer. L200 francs: platane. 700 francs: Oi^ou.Tie, l.500'fr.: peuplier. 550 francs. Ces prix ont certainement baissé pas mal depuis. Néanmoins, ils doivent encore être assez élevés pour permettre aux bois de la Côte d'ivoire de concurrencer avec succès, à Casablanca et dans les autres ports du Maroc. les bois importés de Norvège ou de France, qui ont à supporter des frais élevés de transport.

derniers pays, comme pour le Sénégal et les autres Colonies de l'Afrique occidentale française, le facteur transport maritime joue en faveur des bois de la Colonie et telles catégories de bois, la traverse de chemin de fer par exemple, qui ne seraient pas a payantes » (1) s'il fallait les exporter en Europe, le deviennent aès l'instant qu'on les expédie dans un pays plus rapproché de leur lieu d'origine.

(1) Nous examinerons cette question plus loin.

Mais il y a mieux à faire pour les bois d;- la Côte d'Ivoire que de conquérir le marché Ic.-.al et même les marchés de l'Afrique du Noid. Ils n'auraient qu'un mérite relatif à obtenir ce résultat. C'est le marché français, lui-même, qu'ils doivent libérer, tout au moins dans une certaine mesure, des importations de bois étrangers. Nous allons examiner, dans ce qui va suivre, si la chose est faisable et dans quelles conditions il paraît possible de la réaliser.

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TITRE III

Avenir réservé aux bois communs

Leur exploitation intensive et leur importation en France

SOMMAIRE

Ecoulement en Europe a'es bois de la Colonie autres que les bois d'ébénisterie de grand choix. — Valeur des bois coloniaux en général

— Essences à exploiter à la Côte d'Ivoire et à importer en France.

— Présentation des bois ; sciage et stockage. ~- Prix de revient et prix de vente possible des bois importés de la Colonie. — Ecoulement et propagande ; intervention de l'Etat. — Comment organiser l'exploitation des bois communs.

BODIOA

Nom scientifique. — Pynacrlia occidentalis (Méliacées).

Aspect et texture du bois. — Cœur et aubier différenciés. Bois de cœur jaune rosé, sans veines, à grain fin et serré. Aubier plus clair et d'une épaisseur de 0H)3 environ.

Densité moyenne. — A l'état frais, 1.050; à l'état sec, 0.900.

Dureté. — Très dur.

Facilités de travail. — Sciage: assez difficile; rabotage: assez difficile; jente à l'outil: difficile; assemblage: assez facile, tendance à I éclatement; clous, vis: tiennent bien; cjjort d' aTrachcmenl d'un tirc^onds de l'oïc jerrée du P. O. ; 7.000 kilos.

Tenue du bois débité. — S'échauffe facilement à la colonie. A surveiller.

Usages principaux présumés. — Grosse menuiserie et charpentes lourdes. Traverses de chemin de fer.

Remarques. — Arbre de fortes dimensions, pouvant atteindre I mètre de diamètre ei 23 à 26 mètres de hauteur de fût. Assez commun partout.

TITRE III

Avenir réservé aux bois communs. — Leur exploitation intensive

et leur importation en France

Ecoulement en Europe des bois

DE LA Colonie autres que les bois

d'ébénisterie et de grand choix

Nous avons vu, dans les chapitres précédents, que, malgré toutes ses richesses forestières, la Côte d'Ivoire n'exportait guère, en fait, que de l'Acajou et quelques centaines de tonnes de Tiama et d'/ro^o, malgré les besoins énormes en bois de toutes sortes résultant de la guerre et des ruines qu'elle a accumulées chez nous et nos alliés. L'exploitation des essences autres que celles précitées, dont bon nombre doivent être cependant d'un écoulement facile et peuvent remplacer nos meilleurs bois français, n'a encore pris, à la Côte d'Ivoire, qu'un développement embryonnaire, la production ne correspondant même pas aux besoins locaux de l'Afrique occidentale française.

Pourtant notre pays, à lui seul, importe de l'étranger des quantités considérables de bois. Avant la guerre, c'était 3 millions à 3 millions 500.000 mètres cubes qu'il nous fallait importer chaque année (1). Avec l'exploitation inten-

(I) Sur une consommation totale de II à 12 millions de mètres cubes, dont 6.000.000 de mètres cubes de bois de sciage et d'industrie. (Années 1912-1913.)

L'Algérie et la Tunisie importaient avant la guerre de 200 à 250.000 tonnes de bois. Ces chiffres sont tombés à 52.000 tonnes en 1919 et 105.000 tonnes en 1920.

sive dont nos forêts ont été l'objet pendant la guerre, avec les besoins considérables qui surgissaient après la retraite des Allemands dans les régions envahies, on présumait que l'importation des bois étrangers allait croître immédiatement dans des proportions considérables, atteindrait facilement et dépasserait peut-être 8.000.000 de tonnes (1). Or, s'il est incontestable que nos forêts sont très appauvries et que nos besoins devraient, d'autre part, être plus grands qu'avant la guerre, les importations de bois sont pourtant loin d'avoir pris l'accroissement prévu (2). Il faut dire, toutefois, qu'au lendemain de l'armistice, on s'est trouvé en présence de stocks considérables, entassés p>our les besoins de l'armée, et qu'on a pu employer à des constructions provisoires diverses. Il faut dire également que les travaux de reconstruction des régions libérées n'ont été menés que bien lentement en 1919 et 1920. Il y en a pour dix ans à les achever. D'autre part, la construction, dans tout le reste de la France, d'immeubles à usage d'habitations, suspendue depuis 1914, n'a pas encore repris à cause de la cherté de tous les matériaux, du coût de la main-d'oeu\"Te. II faudra bien y venir, l'insuffisance marquée de

(1) Bertin. Rei'ue Colonies et Marine, janvier 1920. Divers autres auteurs.

(2) 841.000 tonnes seulement de bois d'ceuvre. bruts ou débités en 1919; 1.319.000 en 1920.

logements se faisant sentir à Paris et dans toutes les villes de quelque importance. La consommation de bois d'œuvre ne peut donc aller qu'en augmentant, pendant une quinzaine d'années. Elle diminuera sans doute par la suite, mais il est à prévoir qu'elle restera en tout cas supérieure à ce qu'elle était avant la guerre.

Or, au prix où sont actuellement les bois de toutes sortes, on peut estimer que chaque million de mètres cubes importé correspond à une dépense de 300 à 400 millions de francs qu'il nous faut solder par des envois d'or ou de devises étrangères, dont l'achat contribue à déprécier notre monnaie, à appauvrir la France. C est plus d'un milliard que nous allons avoir à payer annuellement, de ce fait, aux autres pays d'Europe et d'Amérique.

11 n'est pas dans notre pensée de prétendre que nous pourrions nous passer de ces importations et trouver, du moins prochainement, dans nos Colonies de la Côte d'ivoire, du Gabon et de la Guyane notamment, toutes les quantités de bois dont nous avons besoin. Aussi riches, au point de vue sylvestre, que puissent être ces Colonies, ce n'est pas du jour au lendemain que l'on peut y organiser une production annuelle de plusieurs millions de tonnes de bois et surtout, les bois pouvant y être obtenus étant très différents de ceux que nous utilisons actuellement, qu'on peut les imposer au public en remplacement de ceux qu'il a pris l'habitude d'employer. Mais n'importerions-nous de nos Colonies, pour commencer, que 300.000 ou 200.000, voire même 100.000 mètres cubes par an, que ce serait toujours autant à ne pas payer à l'étranger; enfin, ce serait 1 amorce d une importation coloniale plus importante. A tous points de vue, ce serait donc extrêmement intéressant.

L'Angleterre, l'Italie, la Belgique, ne sont pas, en ce qui concerne leur production forestière, plus favorisées que la France. Elles aussi doivent importer des bois de l'étranger; elles n'ont pas, comme nous, la ressource de se tourner vers leurs Colonies pour y chercher ce qui

leur manque (1). Mais n'envisageons pas les débouchés que nos bois coloniaux pourraient trouver dans ces pays : ceux que leur offre la Métropole leur suffit et leur suffira pour longtemps.

La question est d'importance. Dès 1916, 1917, en pleine période d'hostilités, le Gouvernement Français, envisageant les difficultés qu'il y aurait pour notre pays, après la guerre, à se procurer les stocks considérables de bois qui lui seraient nécessaires, décidait de faire inventorier les ressources de nos forêts coloniales. La mission Bertin partait étudier les peuplements sylvestres de la Côte d'Ivoire, du Gabon, puis du Cameroun, déjà enlevé aux Allemands.

(On connaît les résultats de cette mission et les volumineux ouvrages qui ont été publiés à son retour, ouvrages auxquels nous ne saurions trop prier nos lecteurs de se référer.)

Avant la mission Bertin, celle qui avait été confiée au professeur Aug. Chevalier avait permis de déterminer les espèces sylvestres africaines et leur classement scientifique, travail intéressant autant qu'indispensable pour l'établissement d'un 11 état civil d des bois et que devait compléter, au point de vue pratique, la mission Bertin.

(( Puis, en 1918 (2), sous l'impulsion éclairée de M. l'inspecteur général des Travaux publics Boutceville, devenu, malgré ses nombreux autres devoirs, le plus précieux défenseur et l'apôtre le plus convaincu du bois colonial, le Ministère des Colonies se met résolument à l'œuvre, organise une active propagande et prépare un important effort d'ensemble. La conception générale est la suivante : constituer un vaste consortium où entreraient les administra-

(1) La Nigeria pourrait en fournir pas mal cependant. Quant au Congo Belge, qui possède une zone de torêt très étendue, il ne peut guère en exporter en raison des difficultés et du coût de; transports jusqu'à la côte.

(2) Rapport Weber à la Section des Bois et Produits végétaux coloniaux du Conseil supérieur des Colonies, juillet 1921.

tions publiques et privées, grandes consommatrices de bois; susciter, grâce aux besoins de cet organisme, la formaiion de puissantes entreprises forestières coloniales; aider celles-ci par des avances directes et des commandes dans lesquelles l'Etat jouerait le rôle d'intermédiaire financier.

Chambre sans modification, est ajourné par la Commission sénatoriale. Celle-ci estime qu il n'y a pas lieu, quelque intéressant que soit le résultat cherché, de créer un nouveau compte spécial. Elle fait observer que le Ministère des Régions libérées possède d'amples crédits de matériaux et elle indique que ce doit être à ce

Grue de k lagune du wharf. Cliché Métayer. — Grand - Baîsam

<< Un projet de loi est déposé en vue d'autoriser le Ministère à constituer, par achats directs aux exploitants, sur la Côte, des stocks de bois bruts ou débités, à en assurer, aux frais du budget, le transport en France, enfin à consentir, aux entreprises forestières et industrielles concourant aux fournitures, des avances remboursables par les livraisons et pouvant s'élever aux quatre cinquièmes du capital immobilisé dans l'outillage et les installations.

(( Mais ce projet, qui assurait l'avenir des bois coloniaux, après avoir été voté à la

Département de faire les commandes de bois coloniaux i^iles à l'œuvre de reconstitution.

(( L'Inspection générale des bois se saisit de la question. Elle passe divers marchés avec la préoccupation exclusive d'obtenir des prix très bas. 11 n'est plus question d'avance, mais 1 Etat consent toujours à prendre les bois sur plage et à en assurer le transport et l'écoulement. On commet l'erreur grave, avant qu'aucune scierie n'ait encore été montée pour assurer ces fournitures, de commander 60.000 mètres cubes de bois débités, à livrer en Afrique, aux prix déri-

soiies de 60 à 70 francs le mètre cube selon qualités. On néglige de prendre corrélativement des assurances pour le transport. »

On sait ce qu'il advint de ces marchés. La hausse des prix les rend inexécutables; ils sont résiliés. Les quelques milliers de tonnes obtenus sont revendus sur place ou, s'ils sont importés en France, se détériorent sur les quais du Havre en attendant une destination.

« De nouveau (1), on retombe dans les mcertitudes et les recherches théoriques.

(( Pourtant, fonctionne au Ministère des Colonies, sous la présidence du sénateur Barbier, une

Wharf-Lagune. — Enlèvement d une bille.

(Cliché Métayer. — Grand-Bassam

Commission d'essais des Bois coloniaux; elle accomplit le plus utile travail en procédant à l'étude progressive et méthodique des bois coloniaux en vue de leur assimilation aux espèces usitées en France. Mais le président meurt et la Commission ne se réunit plus. Elle ne peut même plus donner la publicité utile aux très intéressantes conclusions auxquelles elle est déjà parvenue.

(( Au budget de 1921, dernier vestige des grandes conceptions d'antan, lin crédit de 10 millions est cependant maintenu en faveur des bois coloniaux. »

(1) Rapport Weber déjà cité.

Ce crédit de 1 0 millions ne restera pas inemployé. Le Gouvernement a compris la nécessité de sortir, sans plus tarder, de la période de tâtonnements et d'entrer résolument dans la voie des réalisations. La section du Conseil supérieur des Colonies qui, en juillet 1921, avait à étudier la question de l'utilisation des bois coloniaux, a trouvé en Albert Sarraut,. Ministre des Colonies, une oreille attentive, le concours le plus utile qu'elle pouvait escompter. Grâce à son intervention auprès de son collègue des Régions libérées, M. Loucheur, le crédit inscrit au budget de 1921 a été utilisé peu après pour l'achat de bois en grumes à un consortium d'exploitants gabonnais. Les prix d'achat ont été calculés de façon que le prix de revient des sciages correspondra à peu près aux prix courants des bois similaires employés jusqu'à ce jour : chêne, hêtre, sapin, etc. Le Comptoir central d'achat, qui est institué auprès du ministère des Régions libérées, dispose des installations et du matériel nécessaires pour débiter cette première fourniture. Les bois sciés seront cédés, après séchage (il faut du moins supposer qu'ils ne le seront pas avant) aux industriels autorisés officiellement à les employer pour la reconstruction des immeubles et usines détruits par les bombardements.

C'est là un premier et intéressant résultat en faveur de la diffusion des bois coloniaux. Mais il ne faut pas s'endormir sur ce premier et minime succès; il importe, après le Gabon, de penser à la Côte d'Ivoire et d'organiser, avec ou sans le concours de l'Etat, l'importation des bois communs de cette Colonie. Cette importation est possible, les essences exploitables commercialement à la Côte d'Ivoire, pour être un peu moins variées que celles du Gabon, sont aussi belles et aussi bonnes. Les conditions de leur évacuation et de leur embarquement ne sont pas non plus tout à fait aussi favorables qu'en Afrique équatoriale française; mais la main-d'œuvre est plus facilement obtenue à la Côte d'Ivoire qu'au Gabon et les frais de transport des bois, de la Colonie en France, sont plus

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