‹ La forêt de la Côte d'Ivoire et son exploitationChapitre 28 sur 35 · x150x50 = 28.125.000 stères · texte numérisé non relu

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ou mètres cubes pouvant, répartis sur 80 années (temps maximum qui paraît nécessaire pour le repeuplement, en arbres adultes, des parties

(I) Pour tenir compte des savanes côtières. des espaces cultivés ou couverts de forêt secondaire.

de forêt exploitées) donner lieu à des coupes annuelles de 350.000 mètres cubes. Largement de quoi alimenter une ou plusieurs industries importantes.

Au-dessous des dessins en couleur représentant les différentes essences dont nous préconisons l'exploitation et l'importation, nous avons indiqué les caractéristiques principales des bois et les résultats des esais auxquels ils ont donné lieu de différents côtés, notamment par les missions Bertin et Salesses, ce dernier opérant pour le compte des grandes Compagnies de Chemms de fer français. Nous allons ajouter, à ces indications d'ordre général, quelques précisions concernant les différentes essences que nous recommandons particulièrement :

I " Bois d' ébénisierie (Exploitation accessoire)

Makoré, Badi, Bossé, A sas, Oboto, Olon (1).

Makoré et Bossé sont déjà coupés en petites quantités par les exploitants. Le Badi également, mais on le rencontre moins fréquemment. Le Majoré fournit un beau bois rouge semblant convenu- particulièrement pour le meuble en bois plein; il en est de nombreuses billes qui sont moirées. On lui reproche de se fendre au séchage, c'est un inconvénient dont il est possible de limiter les effets en mettant le bois sécher à l'ombre et à l'abri des vents trop secs.

II serait peut-être encore mieux de débiter immédiatement les billes en plateaux et de les mettre à sécher sous hangar fermé.

Le fiosse' (2) est moins fin, quoiqu'il en est de jolies billes très ramagées qui feraient également du beau meuble ou de la belle menuiserie

( I ) Nous nous sommes déjà occupés du Tiama et de l'Iroko, îitre 11, pages 58. 61, 62. 63.

(2) Le i>eintre Dupuis a reproduit très fidèlement les échantillons de bois qui ont été mis à sa disposition. Certains de ces échantillons que nous nous sommes procurés au Jardin colonial à Nogent laissaient toutefois à désirer; les planches en couleur ne donnent donc pas toutes une idée très exacte des bois qu'elles représentent : c'est le cas notamment pour le Bossé et le Framiré dont les dessins représentent des bois unis et de fil, alors que ces essences

d'intérieur. Blanc crème au débitage, le Bossé rosit rapidement au séchage. Il prend très bien le chromate de potasse. Le Sipo, faux-acajou, dont nous avons parlé au Titre 1 " , semble être un Bossé de belle qualité.

Le Badi est un excellent bois sous tous les rapports. On ne peut lui reprocher que d'être un peu lourd et dur à travailler. La plupart des billes présentent des effets moirés. C'est un bois qui convient également pour le meuble massif.

A sas, Oboto et Olon sont beaucoup moins connus et ne donnent encore lieu à aucune exploitation. Ce sont trois jolis bois qui trouveraient certainement leur emploi dans les industries d'ameublement.

Ces trois essences, sauf à de rares endroits de la forêt, sont trop peu abondantes pour que les exploitants actuels essaient d'en tirer parti commercialement. Nous ne les mentionnons pas qu'à titre documentaire, cependant, car il est possible que, par la suite, on en découvre des peuplements plus importants qui justifieront leur exploitation.

L'Ofeo/o est peut-être d'emploi moins facile, mais VA sas et l'O/on sont deux beaux bois satinés qui trouveraient amateurs s'ils étaient obtenus couramment. L'O/on est toutefois un peu lourd; cela ne lui enlève rien de sa qualité, au contraire.

Les SIX essences ci-dessus ne sont donc pas susceptibles de donner lieu à un mouvement d'exportation important. 11 est difficile, à chaque exploitant, d'en réunir un tonnage appréciable et la vente en France par trop petits lots ne peut, d'autre part, donner de bons résultats. Les coupeurs d'acajou qui, pourtant, ne devraient pas les négliger, auraient intérêt à grouper leur

sont généralement assez ramagées; le Rikio, dont le bois est plus ou moins marbré; enfin le Fou, bois d'un beau rouge uni et très homogène, alors que le dessin représente un échantillon pris sans doute dans une branche et qui donne deux tons différents.

Les densités que nous avons mdiquées sur les fiches d'essai, sont des densités moperines. Elles sont, en effet, très variables pour une même essence, suivant la région ou la nature du sol. Dans les terrains humides ou marécageux, la densité des bois est généralement plus légère que dans les terrains sains ou rocailleux.

production et à la faire vendre, sinon en bloc, du moins par lots assez importants. Ils obtiendraient, en agissant amsi, des prix certamement supérieurs à ceux qui leur sont offerts actuellement quand ils essaient de vendre chacun de leur côté. Une Société qui entreprendrait en grand l'exploitation des bois de menuiserie et charpente et leur importation en France, pourrait acheter aux autres exploitants ces bois divers d'ébénisterie et les écouler avec sa propre production.

2" Bois de menuiserie et de charpente de densité inférieure à 1 .000, exploitables en grosses quantités. Exploitation principale : Avodiré et Bahia, Dabéma et Ril^io.

Deux bois assez tendres et deux bois durs. Ces quatre essences sont, comme nous l'avons exposé, les plus abondantes de la région côtière. Le Bahia, notamment, peut s'obtenir en grosses quantités et à très bon compte; c'est un bois gris-jaune, de bonne qualité, qui peut remplacer pin et sapin de choix pour le meuble à bon marché et tous travaux de menuserie et de charpente légère (I).

]J Atiodiré est peut-être supérieur, comme qualité, au Bahia. 11 convient pour tous travaux de menuiserie, de moulure et de charpente légère.

Le Dabéma et le Rikio sont plus lourds et plus durs. Ils peuvent remplacer chêne et hêtre, platane, etc.. Le Dabéma surtout, est un très beau bois satiné, qui se travaille bien et se rapproche, comme ensemble, des beaux chênes de France; les pores sont un peu plus creux, mais le ton est plus doré, plus foncé. Il est plus beau à notre avis. On pourrait l'employer pour du meuble, mais c'est pour la lame de parquet qu'il semble le plus indiqué. Il est à essayer également pour la fabrication de futailles; il ne paraît pas toutefois suffisamment maillé pour cet usage et il est de fente difficile.

(I) On a signalé que certaines billes de Bahia étaient inégalement dures, après séchage. C'est un fait à vérifier. Pour les emplois en charpente, l'inconvénient ne serait pas bien grand.

Le Riliio semble être d'une qualité plus commune. C'est plutôt un bois de construction qui peut remplacer chêne et hêtre. Sa maille est assez grande, sa fente facile; il pourrait donc être débité en merrains et il est à étudier à ce point de vue.

D'assez nombreux Rii^ios sont creux à l'intérieur. Des déchets importants au débitage seraient donc à redouter si l'on ne prenait des précautions pour réduire au minimum le nombre de billes creuses pouvant être exportées de la Colonie; mais il suffit de tronçonner les arbres suspects en billes assez courtes (4 mètres, par exemple) pour éliminer, à peu près complètement, les parties qui sont défectueuses.

Dabéma et Ril^io sont, à l'état vert, d'une densité voisine ou légèrement supérieure à 1 .000. Pour les faire flotter, il faut donc au préalable les faire sécher légèrement, résultat qui sera obtenu d'autant plus rapidement que les billes seront équarries dès abattage. C'est là, du reste, une opération que nous conseillons pour tous les bois dont on voudra faire l'exportation en billes, exception faite de ceux qui peuvent être destinés spécialement au contreplacage et qui doivent être déroulés. Non seulement, en effet, l'équarrissage permet d'obtenir une réduction plus rapide de la densité, il évite aux bois de s'échauffer ou de se piquer du fait de l'humidité, il fait découvrir la plupart des défauts et permet une élimination immédiate de tout ce qui peut laisser à désirer; il réduit très sensiblement les frais de transport par bateaux, les billes s'arrimant mieux et, de plus, étant moins lourdes que des grumes pour une valeur de bois égale.

3' Autres bois de menuiserie et charpente de densité inférieure à 1 .000, exploitables également, mais en quantités moins importantes : Niangon, Senan, Framiré.

Ces trois essences sont excellentes à tous points de vue et peuvent remplacer couramment chêne, hêtre, platane et même pitchpin, quoique très différentes, comme contexture, de celles-ci.

Le Niangon est un faux-acajou, il est d'une

très bonne tenue au débitage. Il est à étudier, ainsi que le Senan, au point de vue utilisation -en tonnellerie. Ce dernier, couleur mise à part, est un bois absolument analogue au Rikjo. Certains ébénistes qui en ont exammé, à la Foue de Bruxelles, des échantillons très marbrés, ont laissé entendre qu'ils l'achèteraient volontieq-s pour faire du meuble plein, copie d'ancien. C'est à voir. 11 est certainement utilisable, en tout cas, en menuiserie et en charpente.

Le Framiré est également un très bon bois qui rappelle, comme grain et dessin, le frêne de France. 11 est léger et souple. Il est malheureusement peu commun dans la région côtière (1).

Ces trois essences ne devront, du reste, être exploitées que s'il est possible de réunir un tonnage intéressant de chacune d'elles. Elles sont loin d'être uniformément réparties. 11 n'y a d'ailleurs, pas intérêt, nous l'avons dé]à fait remarquer, à importer en France une trop grande variété de bois car plus la liste en sera longue, plus leur placement sera difficile (2).

4" Bois semblant convenir plus particulièrement pour l'outillage : Fou.

La plupart des essences dures de la Colonie, pourraient être employées avec succès pour l'ou-

(1) A cette liste déjà longue nous aurions pu ajouter: le Fraké, l'Aiélé et VAbalé.

Le Fraké rappelle le chêne de Hongrie. C'est un bois de bonne qualité et de conservation facile. Il trouverait certainement écoulement à un prix rémunérateur; cette essence est toutefois assez rare dans 1 ensemble de la forêt; elle est, par suite, difficilement exploitable.

]JAiélé, ou Okoumé de la Côte d'Ivoire, est par contre assez commun dans la forêt. C est un bois très léger qui ressemble beaucoup comme grain à 1 Acajou. mais il est à peine rosé. C'est en quelque sorte un Acajou blanc. Il pourrait sans doute être utilisé en menuiserie et pour les industries de contre-placage. C'est toutefois un bois chanvreux et de conservation délicate à la Colonie; nous n'osons pas le recommander; il ne vaut pas du reste, comme qualité, VOkoumé du Gabon.

UAbaté, qui est un assez joli bois, se conserve aussi très difficilement. Il se pique dès abatage, se gauchit, éclate, il pourrait cependant être étudié pour le merrain, car il est maillé et de fente facile. On ne peut en tout cas envisager son exploitation que si 1 on possède à la Colonie une installation de dessévage. le bois étant débité et traité dès abatage.

(2) C'est la raison pour laquelle nous avons cru

tillage et remplacer les chênes verts, buis, cormier, gaïak, pour la fabrication de rabots, varlopes, bouvets, etc., amsi que pour la meule en bois, la roulette de meuble, la navette de métier à tisser, etc. Mais il en est une qui, par son grain fin, sa dureté, son poli, sa belle couleur rouge unie, semble prédestinée pour ces divers emplois. C'est le Fou, arbre dont il existe des peuplements importants assez près de la région côtière et qui pourrait être obtenu à un prix assez bas pour être écoulé facilement en Europe. Les buis et cormiers se paient encore actuellement près de 1 .000 francs le mètre

Bille pesée à la bascule de la douane. (Cliché Métayer. — Grand-Bassam»

cube, le gaïack, 1 .600 à 1 .800. Le Fou pourrait être vendu à des 'prix bien inférieurs (1). Le Fou peut être employé également pour

nécessaire d'éliminer, en outre des bois blancs de trop faible valeur, des essences d'apparence assez belles, comme VAko, le Faro, VAninguéri, VAnioukéti, le Sibo, qui, certainement, trouveraient leur utilisation en menuiserie ou charpente, mais qui sont, ou trop rares dans la forêt pour donner lieu à une exploitation tant soit peu importante, ou d'une conservation trop délicate. L'avenir confirmera si nous avons raison.

Et pourtant, plus on exploitera d'essences, plus on diminuera le prix de revient des bois, plus on rendra efficace, au point de vue repeuplement en essences de choix, le rôle des arbres porte-graines pouvant être réservés par l'Administration.

(1) Une maison de Montbéliard qui fait actuellement des essais de navette avec cette essence, nous a déclaré que, si lesdits essais étaient satisfaisants, elle pourrait à elle seule employer un millier de mètres cubes par an.

des pilotis (il est imputrescible) et pour la traverse de chemin de fer.

5" Bois densité supérieure à 1 .000 convenarjt pour la charpente lourde, le pilotis et la traverse de chemin de jer : Sougué, Tali, Adjouaba, Bodioa, Adzobé, Kroma.

Ce sont là, avec le Dahéma et le Fou, les essences classées par la mission Salesses comme bois à traverses de chemin de fer. Pour cet emploi spécial, il n'y a pas d'inconvénient à ce que la liste des essences soit allongée, même si une différence de prix devait être faite entre elles. L'important est que toutes soient acceptées par avance par les Compagnies. Nous aurions pu ajouter, aux six essences indiquées cidessus, le Coula, VAdjansi et le Palétuvier. Cette dernière, notamment, donne un bois de toute première qualité pour la traverse ou le pilotis; mais guère plus que les deux autres, elle ne peut être exploitée avantageusement à la Côte d'ivoire, les peuplements étant trop peu importants, les arbres de trop faibles dimensions.

Le Sougué n'est pas seulement un bois à traverse, mais un bois de charpente ou de grosse menuiserie de premier ordre. Son importation en France, pour ces emplois, est à envisager.

Le Tali est un des plus beaux bois de la Colonie; sa dureté et sa densité limitent toutefois les emplois dont il est susceptible; nous le recommandons spécialement, en tout cas, pour la marche d'escalier et la lame de parquet. En l'assemblant avec le Fou ou V Adzobé, qui sont aussi durs et d'aussi bonne tenue, on pourrait obtenir des parquets en mosaïques d'un très bel effet et d'une résistance à toute épreuve (I).

L.'Adjouaba est plutôt un bois de charpente. Nous en avons vu, cependant, d'assez jolis échantillons qui ne feraient pas mauvaise figure

pour la confection de meubles modernes, mais c'est l'exception; la majorité des billes sont d'un gris terne. Le bois est souple et résistant; le grain est fin; il se polit facilement. Le grand défaut de VAdjouaba réside dans le petit diamètre des arbres qui ne dépasse guère O^SO. C'est l'essence qu'utilisent généralement les exploitants pour la confection des traîneaux destinés au schlittage des bois.

Le Bodioa ne convient guère qu'à la traverse de chemin de fer. Encore est-ce un bois qui s'échauffe assez rapidement s'il n'est débité vert et mis à sécher immédiatement.

]' Adzobé et le Kroma sont deux bois très durs qui conviennent surtout pour la traverse et le pilotis. De même que le Fou et le Tali, ils sont inattaquables par les termites, ce qui est appréciable pour les divers emplois dont ces bois sont susceptibles à la Colonie. Ces quatre essences, considérées comme imprutrescibles, peuvent également être employées pour la traverse et le pilotis, sans être préalablement injectées de créosote ou autre solution antiseptique. Leurs facultés d'imprégnation sont du reste presque nulles : 0 kilos au mètre cube pour le Tali et le Fou, 22 kilos pour VAzobé, 50 pour le Kroma (I ).

Les autres essences classées par la mission Salesses doivent être injectées pour être assurées d'une bonne conservation. Leurs facultés d'absorption de liquide antiseptique se rapprochent de celles du chêne (2). Dabéma, 115 kilos; au mètre cube Sougué, 70 kilos; Adjouaba, 115 kilos; Bodoia, 130 kilos (1).

(I) Le Tali est imprégné d'un alcaloïde qui est un poison violent employé par les indigènes comme poison d'épreuve. I! n'est pas à présumer cependant que ce poison puisse constituer un danger quelconque

pour les f>ersonnes appelées à manipuler ce bois ou à vivre dans son voisinage. (Note publiée dans la Sotice sur les bois de la Côfe d'Ivoire, par le Gouvernement de la Colonie.)

(1) Expériences faites au sulfate de cuivre en dissolution à 22 '\i. Les bois sont plongés successivement pendant une heure dans le bain antiseptique bouillant et, sans transition, pendant cinq heures, dans le même bain antiseptique froid.

(2) 80 kilos au mètre cube. Celle du hêtre est de 500 kilos.

(3) \'oir sur les fiches d'essai de ces différents bois, leur résistance à l'arrachement des tire-fonds.

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