‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 110 sur 115 · L'ÉTAT DE CRISE · texte numérisé non relu

L'ÉTAT DE CRISE

La démocratie, le mécanisme parlementaire, n'est pas le régime des périodes de crise.

Georges Guy-Grand.

Nous serions intéressé d'apprendre que l'histoire de France n'est pas elle-même une « suite de crises », mais je ne sais quelle stagnation. Xous nous la représentions comme un long progrès, suivi de décadence ; nous

croyions qu'elle était le produit de l'art capétien, chefd'œuvre toujours exposé, perpétuellement menacé, constamment défendu et accru jusqu'en 1789.

A la réflexion, il paraît d'ailleurs que l'état de crise est l'état habituel des sociétés. Et c'est à prévenir ces mêmes crises qu'est destiné I'Etat, système d'institutions, de police, de justice, de finance, d'armée, de marine et de diplomatie. La crise, c'est, à le bien prendre, l'accident de tous les jours, la trame de la vie, le fil dont sont tissus tous les instants. L'incertitude et le péril accompagnent le pas de l'homme. Et puisque le travail est sa loi, on peut dire que l'état de crise est son destin.

L'illusion de M. Guv-Grand vient sans doute de ce

que certaines crises comportent des solutions connues et immédiatement appliquées : elles sont alors vite terminées. Mais en tout état de cause, s'il veut bien admettre que, sur une planète plus divisée et travaillée que jamais, de graves crises menacent, à demeure, tous les Etats, nous lui demanderons s'il peut s'arrêter à l'idée d'instituer une certaine organisation politique pour le temps normal et une autre pour les périodes de crise, et, dans l'affirmative, qui décidera du passage de Tune à l'autre ? Rome républicaine dut instituer la dictature ; encore la dictature était-elle décrétée par l'aristocratique Sénat, c'est-à-dire par un Etat toujours tenu sur le pied de guerre.

M. Guy-Grand admet que la démocratie suffit bien à la France. D'après ses définitions mêmes, la démocratie, c'est l'absence d'organe de prévoyance, c'est l'absence d'Etat , c'est la forme politique qui convient aux époques où toutes affaires cessent. Il nie donc la constante nécessité de l'Etat et nous propose un idéal politique d'immobilité qui ressemble terriblement à la mort.

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