EMMA ROUAULT, FEMME BOVARY
NOTES EN MARGE D'UN FAUX CHEF-D'ŒUVRE x
« Mi secca. »
Au moment de refermer le livre, non pour la première fois, il me paraît qu'une énigme subsiste : c'est la faveur de ce livre fignolé mais mal écrit, qui, pas une seule fois, ne prend le lecteur aux entrailles, manque partout de chaleur et raconte avec application une plate histoire à peine relevée par un dénouement dramatique, d'une atrocité voulue et travaillée.
M. Flaubert, explique Sénard dans sa plaidoirie, a voulu peindre la femme qui, au lieu de chercher à s'arranger dans la condition qui lui est donnée, avec sa situation, avec sa naissance, au lieu de chercher à se faire à la vie qui lui appartient, reste préoccupée de mille aspirations étrangères puisées dans une éducation trop élevée pour elle ; qui, au lieu de s' accommoder des devoirs de sa position, d'être la femme tranquille du médecin de campagne avec lequel elle passe ses
i. Voir, à la fin du tome II, l'Appendice IV.
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jours t au lieu de chercher le bonheur dans sa maison, dans son union, le cherche dans d interminables rêvasseries... Ceti . ducation trop élevée » qui détermine le cours
des malheurs d'Emma une fois déclassée, c'est l'éducation de la sentimentalité, le culte du romanesque, c'est cette perversion romantique du catholicisme qui date, ou mieux dont la faveur date à peu près du Génie du Christianisme et qui, dans la première moitié du xixc siècle, dut exercer dans les couvents les ravages qui dans le même temps, avec les méthodes et l'esprit de l'abbé Dupanloup par exemple, dévastaient les antiques bases de l'éducation des garçons. Ici Flaubert rejoint Renan, et l'on peut admettre qu'il apporte à l'histoire des mœurs du siècle écoulé sa contribution ; un mince filet d'eau sans doute et qui se perd un peu dans le grand fleuve des Souvenirs d'enfance et de jeunesse, des Amants de Venise et des analyses critiques de Sainte-Beuve ; tout de même le témoignage de Flaubert vaut comme document. Que dit-il ?
Loin de s'ennuyer au couvent, les premiers temps, elle se plut dans la société des bonnes sœurs, qui, pour l'amuser, la conduisaient dans la chapelle, où l'on pénétrait du réfectoire par un long corridor... Vivant donc sans jamais sortir de la tiède atmosphère des classes et parmi ces femmes au teint blanc portant des chapelets à croix de cuivre, elle s'assoupit doucement à la langueur mystique qui s'exhale des parfums de l'autel, de la fraîcheur des bénitiers et du rayonnement des cierges. Au lieu de suivre la messe, elle regardait dans son livre les vignettes pieuses, bordées d'azur, et elle aimait la brebis malade, le Sacré Cœur percé de flèches aiguës, ou le pauvre Jésus, qui tombe en marchant sur sa croix. Elle essaya, par mortification, de rester tout un jour sans manger. Elle cherchait dans sa tête quelque vœu à accomplir... Les comparaisons de fiancé, d'époux, d'amant céleste et de mariage éternel, qui reviennent dans les sermons, lui soulevaient au fond de l'âme des douceurs inattendues. Le soir,