MADAME BOVARY I2J
Avouons-le, la pitié, l'amitié nous ont fait prendre la plume. Amitié et pitié pour cette malheureuse Emma, méconnue par Flaubert devant qu'il la martyrise. Quand je songe au ramas de crétins dont elle subit les persécutions, ses dégoûts me sont sympathiques, et je ne lui en veux pas de n'avoir point souffert que ses qualités nobles, délicates, passionnées fussent atrophiées. Alors ses travers de petite fille romanesque s'évanouissent ; il reste la dureté du sort et sa touchante victime. Dans ce roman, où je ne reconnais pas l'image de la vie, je vois Emma en proie à des monstres ' ; est-ce de sa faute si le belluaire ne s'est point présenté ?
Mais qui défendra l'auteur de Madame Bovary ? Actuellement, pour cet office, il reste, dit-on, deux hommes d'esprit, ou trois, menant le peuple innombrable des illettrés. Les derniers n'ont pas tort. Avant peu, les autres diront comme nous, mi secca, ce livre me fait bâiller.
i. Monstres non par eux-mêmes, mais par leur collection.