Dans Y Action française du 26 juillet
US DE ( Kl i IOJ i.
chef des conservateurs espagnols a essentiellement voulu rappeler à la vie, locale, municipale, professionnelle, politique, tous les éléments de son pays, qu'un
tème corrupteur et despotique, appelé là-bas cach quisme, avait brimés et étiol
Sur cette terre d'Espagne, ingrate et désolée, l'homme a toujours triomphé de la pauvreté des éléments par la volonté de son génie inventif. Le symbole à cet égard serait la création de Madrid, uuvre artificielle, née d'une pensée politique, pour laquelle la nature n'avait vraiment fourni aucune indication, mais que l'homme lui imposa. En Espagne, on doit attendre de l'autorité beaucoup plus que partout ailleurs. Or, tout ce qui peut être tenté d'en haut pour provoquer les mouvements de la vie dans un corps social languissant, M. Maura l'a essayé et il en a du moins tracé le programme, qui lui survivra.
Tels sont ces deux hommes que nous n'avons pas rapprochés ici pour un vain divertissement de rhétorique.
Il y a un an, de graves événements survenus dans la politique espagnole les mirent aux prises l'un avec l'autre.
A la déclaration de guerre au Maroc, M. Pablo Iglesias répondit par une déclaration de grève générale et par l'appel à la désertion. Toutes proportions gardées (et encore faut-il savoir que la campagne marocaine eut pour l'Espagne une. importance que nous calculerions malaisément), l'attitude de M. Pablo Iglesias ressemblait fort cà une trahison devant l'ennemi. Comme c'était son devoir et comme il fallait s'y attendre, M. Maura, alors président du Conseil, fit emprisonner le chef des
l'homme et le destin 287
socialistes, fauteur responsable de désordres antimilitaristes. De ce jour, M. Pablo Iglesias lui voua une haine mortelle, et dans la presse ou à la tribune il ne fut plus que le champion de ce programme : le retour de M. Maura au pouvoir devait être empêché par tous les moyens, y compris l'attentat. Récemment encore, il ne monta guère à la tribune de la Chambre que pour y développer ce point de vue. A quelques jours de là, un jeune homme tentait d'assassiner M. Maura sur le quai de la gare de Barcelone.
Si l'on veut bien comprendre les choses et apercevoir les hautes lois dont elles ne sont que le signe, il ne faut imputer à M. Pablo Iglesias nul bas mobile ni rechercher dans ses actes ni ses paroles la trace d'un ressentiment personnel. Son incarcération, si elle lui fournissait un grave avertissement pour l'avenir, n'était encore pas une peine bien dure et laissait entière sa situation de chef. Elle marquait les rôles et les responsabilités, comme il était juste.
Mais les idées, plus encore que la personne de M. Pablo Iglesias, éprouvèrent un sérieux dommage du fait de M. Maura. Car si l'on ne peut que louer le principe de son œuvre de classe et la formation d'un solide parti ouvrier espagnol, certaines de ses idées, certains de ses dogmes, d'ailleurs parfaitement étrangers à cette œuvre, n'étaient qu'un produit de la chimère la plus inhumaine. M. Pablo Iglesias croyait à l'avènement fatal du collectivisme et a l'expropriation progressive du capitalisme. Ancien ouvrier, il sut apparemment moins bien défendre son esprit que sa classe. L'évangile marxiste, dont il est féru, a dû lui tourner la tête. A cet égard, il serait une victime.
Toujours est-il que M. Pablo Iglesias, possédant bien son catéchisme collectiviste, n'hésita pas un seul instant, lorsqu'éclata la guerre marocaine, à décréter la grève
US Dl CR1TIQ
.raie, prélude de l'expropriation future. Tout cela était parfaitement réglé dans son esprit et il n'y avait
pas de Joute que l'événement n'accourût confirmer les prophéties de Karl Marx. Or il arriva qu'un homme
emprisonna M. Pablo Iglesias, réprima les tentatives de séditions antimilitaristes et fit avorter la grève générale.
Toute la foi naïve du socialiste s'écroula et il faillit en demeure:" StUpide. Les cieux étaient donc devenus d'airain. Le Dieu de Karl Marx manquerait-il à peu}
Ce ne sont point là des conjectures. Je tiens de M. Iglesias en personne cette opinion que, M. Maura étant un obstacle insurmontable à l'évolution économique du monde, il fallait le supprimer pour que tout rentrât dans Tordre et l'Univers dans le sein de Bouddha.
Aux veux du chef socialiste, M. Maura incarnait je ne sais quelle puissance infernale, seule capable d'arrêter du doigt la fatalité. Et comme on ne renonce pas aisément à sa chimère, et qu'un doute pourtant s'insinuait dans son esprit, il décida avec ingénuité d'aider l'évolution à se redresser.
C'est alors, pour vaincre M. Maura, qu'il s'allia avec ses anciens ennemis, les républicains.
Et depuis on peut bien dire que la carrière de M. Iglesias s'abaisse chaque jour. Il semble réservé à de grands déboires, et le déclin de sa vie défera peutêtre l'œuvre qu'il avait édifiée en pleine force.
Seulement, M. Pablo Iglesias ne prend pas garde que ses excitations à. l'assassinat contredisent précisément le dogme millénariste, au nom duquel il les profère. En armant le bras d'un meurtrier il rend hommage au pouvoir de l'homme sur l'histoire. Il reconnaît à M. Maura une puissance humaine, qu'il ne comprend peut-être pas- bien, mais qu'il essaie de combattre par
l'homme et le destin 289
-des actes humains. Qu'est-ce à dire, sinon qu'il constitue l'homme arbitre de son destin? Il peut bien encore garder quelque illusion sur la vertu de l'attentat politique et, tant soit peu sorcier, renfermer dans le seul M. Maura le principe de tout maléfice, comme l'objet de toutes ses haines. Mais il n'y a pas de doute qu'il déserte, sans le savoir, le vieux fatalisme marxiste. Nous lui souhaitons de changer assez tôt de philosophie pour que, considérant le monde avec de nouveaux yeux, il ressente, au spectacle de l'homme, cette volupté de l'esprit, à laquelle son noble passé l'élit malgré tout. On imagine que M. Maura, sous le feu de son assassin, devait, confiant dans le génie de son espèce, garder une belle sérénité. Quelques jours de prison ont troublé au contraire l'égalité d'âme du marxiste. Mais, instruit par l'expérience, on peut espérer que si jamais Pablo Iglesias tombait sous le couteau d'un conservateur, il saluerait en mourant la plasticité du destin et adorerait la main de l'homme, seules divinités au nom desquelles la mémoire de son autorité puisse être dans l'avenir cultivée par les vivants.
Sublimes vérités dont les trois coups de revolver de Barcelone devraient nous restituer la notion et dont il convient aujourd'hui de faire hommage à M. Antoine Maura.
Pierre Gilbert. — I.
Je suppose que ses lecteurs voient en Léon Daudet un journaliste ouvert à toutes les impressions de la vie, prompt à saisir l'occasion et à extraire la leçon ou le tableau du fait qui passe, d'ailleurs d'une impeccable correction de forme, donnant à la fois l'impression d'un homme qui se disperse et toujours prêt à se ressaisir. Cet homme, qui dépouille tous les jours toute la presse française, fait sa partie dans tous les camps et intervient dans tous les événements. Sa nature réclame une lutte multiple. Et l'on admire avec quelle rapidité et quelle sûreté il se transporte d'un sujet à un autre sujet et liquide une affaire pour courir à une autre. Léon Daudet est un homme qui entre le chapeau sur la tête, dit son mot et s'en va. Ces engagements soudains et ces brusques ruptures de combat ont une force brisante qui tue l'adversaire.
Ceux qui ont approché Léon Daudet soupçonnent peut-être le secret de cette prodigieuse activité. Au risque de V « horripiler », lui aussi, en « lui expliquant son caractère », et après nous en être excusé, nous dirons ce qu'il nous en semble.
Daudet ne doit pas seulement avoir besoin de dépenser une nature riche et généreuse. Il doit y. avoir en lui
un fond de tristesse inquiète, constamment domptée. — Oui, la tristesse l'assiège. Cet incomparable fantaisiste doit être un triste, de même que sa violence pourrait bien être fille de finesse et de subtilité. Ces qualités ne s'excluent pas l'une l'autre. Et un contraste si curieux entre la réalité et les apparences, manifesterait simplement sa volonté de cacher au public une partie de lui-même. Nous verrions là une certaine forme de dédain, s'il n'y fallait plutôt découvrir la pudeur de l'homme public qui défend âprement son secret.
Seulement quelle serait la nature de sa tristesse ? Ce n'est pas cette tristesse décrite par Pascal, qui se leurre dans les divertissements : l'homme de Pascal se fuit luimême, et cherche à se perdre dans le monde pour s'oublier. Le caractère de Daudet nous paraît bien différent. Le monde ne doit guère l'amuser, étant toujours d'un ton au-dessous de son désir. Pour le jeu de ses facultés, il lui faut un monde à lui, créé par lui, d'un comique violent et prodigieusement caricaturesque. Et, à ce titre, il est poète.
Mais ce qu'il y a de génial, c'est que ce monde ainsi créé ou recréé par lui, est plus ressemblant que le réel même. Ce visionnaire est d'abord un réaliste. Doué d'une impressionnabilité, d'une nervosité frémissante et qui le met en communication instantanée, et pour ainsi dire médullaire, avec le inonde des apparences, il le transfigure, l'épure et le spiritualise en quelque sorte ; il en extrait la pierre de ses constructions et évite ainsi, d'instinct, la chimère abstraite et cornue. Sans cette intuition du naturel, qui lui dicte la mesure souveraine, serait-il d'ailleurs grand poète ?
Poète non par plaisir, mais par besoin, Léon Daudet, même sachant qu'il peut commander et ordonner les choses, ne serait pas satisfait si l'homme échappait à son pouvoir. Il est bien l'être le plus incapable de s'enfermer