LANGEAIS
Il y a des pays, s'ils valent surtout par la couleur ou par les violents contrastes de la lumière et de l'ombre, qu'on ne doit voir qu'en de certaines saisons et même à de certaines heures du jour. La partie de la Touraine et de l'Anjou, aux pentes modérées et aux larges plis, qui s'ordonne sur les deux rives de la Loire, est digne du visiteur en toute saison et à toute heure du jour, pourvu que l'éclairé une lumière égale.
Ce pays garde, dans la grandeur et jusque dans l'immensité, un air de simplicité, de naturel et je ne sais quelle aisance, qui lui prête une grâce souveraine. Ses couleurs peuvent être belles et même riches; mais elles ne peuvent distraire de Ja seule chose qui importe ici : la ligne du pays, le lien idéal qui unit le large fleuve, la terre et le ciel. Presque tout le caractère de la région est dans cette jonction, dans cette ligne qui répartit, suivant des proportions toujours justes, les éléments. Un mérite si pur et si immatériel, rayonnant en quelque sorte au-dessus d'une matière dont la beauté particulière serait, en d'autres lieux, digne de tous les égards, cette harmonie du sol, de l'air et de l'eau, comme cette subordination de la couleur à la forme, est toujours visible à l'œil qui l'a une fois aperçue. Encore doit-elle, pour donner un plaisir un peu vif, n'être pas traversée de disparates comme ceux qu'apportent ces nuées lourdes et tumultueuses qui accentuent les ombres de la terre
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et ne lui laissent parvenir qu'une lumière incertaine et trouble.
Ici, il ne faut rien de heurté, de violent ni de romantique. ( teauz, doux, polis cl d'un dessin si ferme, qui sont comme le jeune sein gonflé de cette terre, ne veulent qu'une clarté égale pour paraître dans toute leur grâce robuste, au milieu de cette nature où ils s'harmonisent. Ici, en effet, le ciel, la terre et l'eau se marient équilibrent, mais c'est le ciel, c'est-à-dire l'air et la lumière, qui impose le plus souvent son ordre. La lumière doit être reine, pour faire briller les proportions.
L'autre jour, sous un ciel pur et encore pale, Langeais donnait tout le plaisir qu'on doit en attendre.
A ces rares harmonies de la nature, Langeais ajoute d'ailleurs celles, plus humaines, de l'histoire. C'est Rome qui, probablement, fonda ici le premier établissement. Il est naturel que les Romains aient, tout de suite, reconnu l'importance de cette voie qu'ouvrait la Loire au cœur même de la Gaule, et qu'ils aient semé cette vallée de postes, de camps, de bourgades et de villes. Mais il est remarquable que toutes leurs fondations leur aient ensuite survécu et qu'on doive assigner une origine romaine à toutes les places de cette région qui ont joué un rôle dans notre histoire. Sans parler des grandes villes et des capitales, citons au hasard Langeais, Amboise et Cinq-Mars qui dresse encore dans la campagne sa pile célèbre, monument devenu incompréhensible aujourd'hui, comme pour signifier uniquement la domination éternelle de Rome sur ce pays.
Faute du moindre vestige de l'époque romaine, Langeais possède quelques-unes des plus vieilles pierres de notre pays. On aperçoit de loin la flèche de pierre de son église romane, qui garde un bel élan, dans sa petite taille, auprès de la masse écrasante du château de