LANGEAIS
Louis XI. Le style roman fleurit d'ailleurs avec abondance sur les bords de cette Loire où, de bonne heure, la religion recueillit et sauva l'héritage de Rome. La partie la plus ancienne de l'église de Langeais est du ixe siècle. Elle est donc l'aînée de l'antique donjon qui fut élevé vers 990 par Foulques Nerra, comte d'Anjou, et dont les ruines dominent encore le château. Les pierres de celui-ci méritent aussi notre piété, et à plus d'un titre. D'abord ce sont les ruines du plus ancien donjon que possède la France, tout comme l'église est une des plus vieilles du style roman et tout comme le château de Louis XI est un des premiers monuments de l'architecture civile française du xve siècle, qui prépara et annonça celle de la Renaissance. Ensuite ce Foulques Nerra fut, de son vivant, un grand ennemi du roi de France contre qui il défendit, avec succès, son comté d'Anjou. Et ces ruines semblent le monument qui pouvait le mieux commémorer la réunion de l'Anjou à la couronne de France. Nous allons voir que ce n'est pas le seul événement de ce genre qui ait, en quelque sorte, sanctifié cette terre de Langeais.
En effet son château, élevé en partie sur l'emplacement de l'ancienne forteresse par ordre de Louis XI, a vu célébrer en l'an 1491 le mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne, qui était un peu aussi le mariage d'amitié des deux pays et amena la réunion de la Bretagne au royaume de France.
Comme si ce n'était pas assez de ces souvenirs historiques pour rendre émouvante la terre de Langeais, l'art aussi invite à remarquer la continuité des diverses époques de notre civilisation. Le château de Louis XI devait moins être un ouvrage de fortification militaire qu'une simple résidence. Néanmoins, eu égard à l'insécurité des temps, on le munit de bonnes défenses qui, du dehors, lui donnent encore un air suffisamment
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hérissé. Mais, a l'intérieur, aucun détail de la constate*
lion, composée Je deux corps de bâtiment en retour d'équerre, n'indique une destination militaire. Ainsi
conçu, le château de Langeais est un modèle de L'architecture de transition entre le donjon et le château de la Renaissance, lu il oppose un démenti à ceux qui voudraient distinguer comme des compartiments dans l'architecture de la Renaissance et mettre en contradiction une renaissance purement française avec une renaissance exclusivement inspirée de l'ait italien. Si les toits de Langeais s'ornent de lucarnes aiguës qui n'attendent plus que la décoration luxuriante, et en partie italienne, d'Amboise. d'Azay-le-Rideau ou de Chenonceaux, il faut aussi remarquer la sagesse des lignes droites de la façade intérieui . gesse qui était dans notre génie avant même que l'imitation de Bramante ne nous eût fait admirer les élégantes façades plates de l'architecture italienne.
L'ameublement du château a été entièrement reconstitué par le propriétaire actuel (la préposée à la conduite des visiteurs nous a bien rappelé une dizaine de fois qu'il s'appelle Siegfried). Toutes les pièces de cet ameublement ne sont pas du xvc siècle. Il en est de plus anciennes et il en est de la Renaissance. Mais en admirant la richesse, le style et l'éclat des meubles, des étoffes ou des décorations gothiques, ouvrages de nos pères du Moyen Age, on est obligé de se rappeler la célèbre riposte de Fustel de Coulanges à un pédant d'Allemagne qui s'était permis d'expliquer Sedan par les vertus de la Prusse luthérienne. Le grand historien récapitulait les méfaits de la Réforme, schisme inutile. Et à son tour, il démontrait que le merveilleux essor de la Renaissance n'était explicable que rattaché a cette période d'activité et de prospérité industrielles que fut le Moyen Age. Sans doute les formes changèrent, et en partie l'inspira-