‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 56 sur 115 · BARRÉS ET L'HELLÉNISME · texte numérisé non relu

BARRÉS ET L'HELLÉNISME

Barres, à Athènes, n'a pas trouvé que sa sensibilité s'intéressât très profondément aux marbres antiques. « Ces éclairs, dit-il, m'éblouissent, ils ne me guident pas. »

Ce qui lui a manqué, écrit-il, en Grèce, c'est un ébranlement de son être, l'excitation de son imagination, un trouble du cœur. Mais aussi qu'y était-il venu chercher ? « J'attends, dit-il, des marbres athéniens qu'ils me renseignent sur la vie puissante qui, jadis, anima cette société. » Mais il remarque : « Phidias avait l'amour de l'ordre, des proportions justes, des moyens simples ; et ces qualités, peut-être n'étaient-elles pas sans mélange chez ses concitoyens, mais il a su les choisir et les isoler. » C'est donc un insoluble problème qui a fait passer la mer à Maurice Barrés. Et le miracle grec l'irrite.

Réduit aux seules œuvres des antiques, Barrés, qui veut au moins reconstituer d'importants fragments de l'unité du génie grec, retrouve sous les marbres la pensée d'Anaxagore. « Ce grand art de l'Acropole soulève les plus graves problèmes intellectuels. Cependant, le Parthénon n'éveille pas en moi une musique indéfinie comme fait, par exemple, un Pascal. »

Et il paraît bien que c'est la pensée de Barrés qui s'insurge contre la raison grecque. Au dénouement des Eumèniâes, Eschyle et la Grèce nient la fatalité. Làdessus, Barrés :

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Nul plus large plan où faire rentrer les faits que ce déterminisme auquel Ylphigcnie essaye de contredire... Nous sommes asservis aux transmissions du passé ; nos morts nous donnent leurs ordres auxquels il nous faut obéir; nous ne sommes pas libres de choisir. Ils ne sont pas nos morts, ils sont notre activité vivante.

Nous voilà, probablement, au centre du dissentiment.

Maurice Barrés emportait avec lui des préjugés qui tendent à nier l'art humain. Quelle chaleur dès lors recevoir d'un beau marbre ? S'il eût ouvert là-bas des yeux moins prévenus, que n'eût-il pas ressenti ? Maurras s'était soumis : « L'art d'Homère veut qu'on l'étudié en lui-même. » De ce point de vue, quelles lumières ! « Le propre de la sagesse, dit le plus grec des Français, est de mettre d'accord l'homme avec la nature, sans tarir la nature et sans accabler l'homme. » Et encore : « II ri est rien que ne soulève la volonté tendue d'un esprit préparé et fort. »

Ah ! s'il avait été pénétré de cette philosophie, quels héroïques accents Maurice Barrés aurait tirés de son propre cœur!

Athènes, écrit-il, « ne tient que ma raison. Et qu'est-ce que ma raison, qui me semble à certains jours une étrangère, une personne instruite, préposée de l'extérieur à mon gouvernement ? » Et il ajoute : « Epictète disait malheureux l'homme qui meurt sans avoir gravi l'Acropole. Ah ! s'il existait un pèlerinage que Pascal nous eût ainsi recommandé comme la fleur du monde ! » Le beau ne le fait pas sortir de lui-même.

S'il ne s'agit que de vénération et d'autels à élever dans notre cœur, à quoi bon une Acropole catholique? Une église est encore un hommage que l'homme fait à Dieu de sa puissance.

Les sens de Barrés n'ont donc pu triompher de ses idées morales. Voilà son péché. Un être très ouvert à la

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sensation eût été averti de la variété du monde, et, par

suite, de sa plasticité. Gif Minerve est d'abord femme et

puis déesse.

La richesse des phénomènes, condition de l'art et de la Raison, sollicite la main de l'homme. Mais Barrés n'écoute pas assez les voix de l'univers. Cest sa marque de négliger de la nature tout ce qu'il ne peut modeler à la forme du cœur humain. On imagine qu'un Barres moins « intérieur » n'eût pas tout à l'heure demandé à un impossible monisme l'explication de l'aventure athénienne et que le miracle grec ne l'eût pas autant irrité. Intime rançon d'un admirable génie!

Les fées de Lorraine furent bonnes marraines en. lui accordant, politique ou écrivain, d'être Athénien sans le vouloir.

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