‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 58 sur 115 · ESSAIS DE ( UT1Q! I · texte numérisé non relu

ESSAIS DE ( UT1Q! I

inonder le pays de lanvages Monods et répandre le culte admiratifde leurs frères d'outre-Rhin, jusqu'à nous faire battre par eux sous Metz et démembrer a Francfort. On regrettera que M. Bonet-Maury ait omis le commentaire

anctionsAk. Autre lacune dans sa recherche des causes de l'indépendance des Etats-Unis. Ce n'est pas que le professeur manque d'explications : il en trouverait plutôt deux pour une, mais il oublie la bonne. C'est la loi du Progrès, dit-il, qui sépara de la métropole les colonies anglaises d'Amérique.

Je citerai un exemple, moins remarqué, pris dans l'histoire des colonies anglaises. De tout temps, les colonies, obéissant à la loi du progrès, se développent : après avoir reçu l'impulsion et l'aide de la métropole, elles arrivent à se suffire par leurs propres ressources et alors aspirent à jouir d'une large autonomie.

Si, à ce moment, la métropole veut retenir de force la colonie, si elle lui applique des règlements vexatoires, des tarifs de douanes iniques, elle finit tôt ou tard par provoquer une révolte, qui aboutit à l'émancipation de cette dernière. C'est ce qui arriva en 1783 aux colonies anglaises d'Amérique. Eh bien ! la guerre de l'indépendanoe des Etats-Unis n'a été que la sanction d'une loi certaine de l'évolution, prédite par Turgot. Voici, en effet, ce qu'il avait écrit en décembre 1780: « Les colonies sont comme les fruits, qui ne tiennent à l'arbre que jusqu'à leur maturité; devenues suffisantes à elles-mêmes, elles font ce que fit Carthage, ce que fera un jour l'Amérique ". »

C'est net. Et pourtant, comme si les prescriptions impératives de la loi du progrès ne suffisaient encore pas, voici venir à la rescousse la loi d'évolution :

1. Laquelle se battait déjà depuis cinq ans au moins en vue d'une Indépendance, proclamée le 4 juillet 1776 et soutenue par une France où Turgot avait été ministre d'Etat. — E. M.

Les églises issues de la Réforme ont souvent aussi péché contre la loi d'évolution. L'Eglise anglicane, entre autres, par l'organe de la reine Elisabeth, en qualité de Summiis Episcopus, puis sous Jacques Ier et Charles Ier, secondé par Laud, archevêque de Canterbury, a tenté d'arrêter l'évolution légitime qui portait une grande partie des pasteurs et fidèles d'Angleterre et d'Ecosse à compléter la réforme du protestantisme, en simplifiant la hiérarchie et épurant la liturgie de ses restes de catholicisme. C'est la tendance dite puritaine et presbytérienne. Mais, par ces « actes de conformité » et leur application violente, ces souverains et leurs auxiliaires ecclésiastiques provoquèrent des réactions vigoureuses et amenèrent des schismes considérables qui démembrèrent l'Eglise anglicane en faisant couler des flots de larmes et de sang. Les presbytériens d'Ecosse établirent une église nationale autonome. Tandis que les puritains d'Angleterre, obéissant à leur conscience et à la loi d'évolution, allèrent fonder au delà de l'Atlantique des colonies de type biblique, qui se développèrent sous le régime de la liberté des cultes, et, finalement, s'affranchirent entièrement de leur mère patrie sous le nom d'Etats-Unis d'Amérique.

Et cela fait deux explications également suffisantes pour un seul et même phénomène. Mais M. Bonet-Maury ne dit pas que le roi de France contribua aussi pour quelque chose à la défaite de la puissance rivale. Que deviendrait, en effet, la loi des sanctions morales et protestantes si le secours du roi Très-Chrétien se fût avéré indispensable aux puritains d'Outre-Mer ?

Enfin, pour terminer sur une note gaie, cette abomination d'un des pires forfaits du Saint-Siège : Le Saint- Siège, devenu une puissance politique jalouse de sa domination, éluda les décrets des conciles de Constance et de Baie ; il viola la loi d'évolution progressive. A-t-on idée de cela ? !

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Avant prononcé les paroles consacrées depuis trentetrois ans, et consumé sur l'autel de la Forée de l'Habitude un encens sans parfum, on raconte qu'on vit M. Bonet-Maury rejeter vivement en arrière sa tète blanche qui retomba sur sa poitrine après avoir exhalé un soupir qu'on n'entendit point : le sang se retira des lèvres et des veux, une pâleur d'ombre occupa ses traits, comme enveloppés d'un brouillard surnaturel. Quand le brouillard fut dissipé, on retrouva, à la place de M. Bonet- Maurv, une mince pincée de cendres qu'une aigre bise qui soufflait, dispersa.

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