RENÉ-MARC FERRY
J'ai rencontre René-Marc Ferry pour la dernière fois huit jours avant sa mort, le 20 novembre 1912, sous le péristyle de l'Odéon, pendant un entracte de la répétition générale de Madame Cbatillon. Nous causâmes un peu, avec Georges Malet, de la Gaulle de France ; puis Ferrv nous quitta pour regagner son fauteuil de balcon, à gauche de la scène, qu'il n'affectionnait jamais autant que pendant les entractes ; car si le critique dramatique de la Liberté se fût assez bien plu dans les couloirs pendant la représentation, ils lui devenaient odieux dès l'entr'acte et la salle à moitié déserte retrouvait alors pour lui tout le charme dont la dépouillait bientôt à nouveau le dialogue des acteurs.
Je ne voudrais pourtant pas laisser croire que René- Marc Ferry n'aimât pas le théâtre et se contraignît à un métier pour quoi il n'était point fait. Au contraire, peu d'hommes de notre temps ont possédé autant que lui le goût inné des spectacles avec l'intuition et la connaissance des beautés propres à l'art dramatique. Mais d'autant plus l'abaissement de la production contemporaine écœurait-il cet amateur affiné. Il faut le dire à son honneur : la plus grande partie de la tristesse de René-Marc Ferry, une des plus tranquillement désespérées que j'aie vues, cette tristesse douce, mais profonde et incurable, lui venait du spectacle de la décadence du goût public.