JEUNE-ITALIE
L'impression la plus neuve de mon dernier passage à Rome, je l'ai rapportée de mes conversations avec les chefs ou les membres de ce jeune parti nationaliste italien, visiblement influencé par les idées de Charles Maurras et les méthodes de l'Action française, qui venait de tenir un congrès assez retentissant. Il y a là une vigueur d'intelligence réaliste, une flamme de passion, enfin un faisceau d'amitiés qui promettent sans doute pour l'Italie de demain une poussée de forces pleine de surprises.
Quand des hommes comme MM. de Frenzi, Coppola, Bellonci, De Prosperi et tant d'autres, sans parler de M. Corradini qui serait l'âme du groupe, jouiront dans leur pays de l'influence et de l'autorité qu'ils sont nés pour exercer, alors l'Europe connaîtra un modèle d'audace politique et d'ambition impérialiste assez inconnu depuis que les nations germaniques, saxonnes ou slaves en se plaçant à la tête des puissances ont fait connaître et craindre des méthodes plus rudes et plus lentes. La « manière » de la Jeune-Italie jettera certainement l'Europe dans des situations hardies, le jour où le peuple rassemblé par la monarchie de Savoie, sans rien abandonner de sa finesse d'esprit ni de cet art étonnant de faire rendre à des moyens modestes un résultat disproportionné, aura réalisé la plénitude de ses forces et
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ne mesurera plus ses desseins qu'à son ambition, impatient alors de manœuvrer librement, cavalier insaisissable sur la carte de la planète.
Pour la première lois dans l'histoire du monde, une Italie une et puissante, passionnée d'hégémonie, tendue presque excessivement, inquiète et toujours nerveuse parce que son ambition devant dépasser toujours ses
moyens, même énormément accrus, ne devra compter
en dernier ressort, que sur la subtilité chanceuse de son jeu diplomatique ou bien sur la constance de son étoile : pour la première fois une Italie pareille se prépare, et il va la matière à de fortes explosions.
Tout bien considéré, cette Italie nouvelle n'a d'avenir que par les armes et l'impérialisme; l'obligation où elle se trouvera, dès les premiers pas et toujours, de jouer la difficulté, sera sans doute plus propre à l'animer qu'à l'assagir, et son destin paraît déjà écrit, il se dictait peut- être à ce récent Congrès nationaliste, d'attendre tout de la violence et de l'audace. Rêveurs qui aimez l'Italie parce qu'elle est belle, malheureux énervés, ne percevez-vous donc pas sa beauté rajeunie comme celle d'une amazone, guerrière et peut-être bien un peu barbare l ?
C'est un fait d'observation constante que l'Italie moderne, pour si cultivée qu'elle soit toujours, est devenue d'une étonnante stérilité dans presque toutes les branches des arts. Ses emprunts à la peinture, à l'architecture, à la musique et à la philosophie des Scythes les plus arriérés ne se comptent plus ; ils encombreront d'ici vingt ans les rues de la Ville même.
i. Pour exprimer la même idée, Gilbert hésiterait aujourd'hui à ;racer ce dernier mot. J'admire, en relisant la page, qu'elle ait été écrite en février 191 3, deux ans et demi avant que Rome fit sonner la cloche du Capitole. — E. M.