‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 66 sur 115 · JEUNE-ITALIE · texte numérisé non relu

JEUNE-ITALIE

Les plus lucides de ses fils savent cela et en prennent leur parti. Se bornant à « être » tout simplement, ils rêvent tout aussitôt d'étendre et d'étirer cet être le plus loin possible dans l'espace, sur la surface du globe. Ainsi la mère des Arts s'accommode.

A chaque pas, maintenant, en Italie, des symboles, des exemples, de saisissantes leçons de choses représentent sous mille aspects vivants cette loi dure de l'Italie nouvelle.

Un jour, nous fûmes sur les pentes du Monte Mario, près de Rome, à cette délicieuse villa Madame, dont Stendhal raffolait à très juste titre et qui, à elle seule, mériterait de rendre immortels les noms de Jean d'Udine et de Jules Romain, et nous contemplions, en proie à cette ivresse particulière qu'on éprouve au delà des Alpes, ces fresques admirables où des enfants dansent et font la chaîne parmi des fruits et des fleurs et sous un ciel dont le bleu ne s'oublie pas, et nous nous réjouissions que les stucs délicats et fragiles n'eussent, après tout, pas trop souffert, quand nous fûmes, à plusieurs reprises, surpris et un peu effrayés par des détonations toutes proches, qui se succédèrent bientôt en un crépitement monotone et sinistre. Après enquête nous sûmes qu'au pied de la villa est situé le champ de tir de la garnison de Rome. Le bruit venait de là et c'était une fusillade qui troublait les échos de la villa Madame '...

Au retour de la promenade, nous croisâmes une compagnie qui s'en revenait doucement l'arme à la bretelle, comme le chasseur au crépuscule. Et assurément nous ne regrettâmes point notre visite à la villa ; mais enfin comment ne pas songer que si l'Italien d'aujourd'hui monte peu souvent là-haut et laissera peut-être demain

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