La Constitution d'Athènes
PIERRE GILBERT XXIII
aimé les Lettres françaises et souhaité que la civilisation héritée de la Grèce et de Rome continuât de primer. Il sera toujours insignifiant de croire que les idées littéraires de notre école aient été commandées par nos conclusions politiques et, pour dire les choses grossièrement, que l'on se soit porté admirateur de Racine pour taire tressaillir les mânes de Louis XIV. Littéraires ou politiques, les doctrines ont seulement la même source, qui est un évident réalisme psychologique. Mais il est vrai que les nationalistes de la génération de Gilbert ont été immédiatement contraints de dévouer les forces de leur jeunesse à la réforme politique de la France.
Dans le désordre d'une crise inoubliable ils avaient vu l'État, constitué selon les principes de 1789, c'est-à-dire élu et partagé, désarmé pour se garder autant que pour garder le pays. Tenu par une faction, assiégé par d'autres, dévoré dans l'un et l'autre cas et au moins étranger à l'intérêt général x, sa fin naturelle. Ils avaient vu, en dernier lieu, larèvolution dreyfusienne forcer l'état (Georges Sorel) et la quatrième république déposséder la troisième (Charles Maurras).
En réponse à qui ne veut pas recevoir le patriotisme comme une cause initiale et réclame encore un principe antérieur, il serait aisé d'invoquer les services rendus par la France à la civilisation générale, tels qu'aucune nation actuelle n'a les mêmes titres à la reconnaissance du genre humain et, malgré tout, à sa confiance. Mais les hommes de la formation de Gilbert ne rougissent pas d'avouer qu'en ce qui les concerne ils n'ont pas senti l'obligation de fonder leur patriotisme en raison. « Une réalité sainte, la France », est la base, non discutée, de leur raisonnement, principe affectif dont toute leur politique sera déduite. Ils entendent, dira encore Gilbert « les voix de la France ». Il faut savoir comment il parlait « du respect religieux que tout homme porte à l'amour d'une mère » et le suivre lorsqu'il découvre,
1. Cette expression, si simple et vraie, qui même est menacée de devenir l'un des poncifs du vocabulaire politique contemporain, traduit l'une des distinctions essentielles de Maurras.