LE MIRACLE GREC
Voici Athènes, à présent, en guerre avec Sofia ; une fois de plus se jouent les destinées du petit peuple qui hérita des anciens Grecs au moins leur nom, leur sol et leurs souvenirs, et c'est à lui naturellement que vont et qu'iront toujours sans doute les vœux de l'univers civilisé. Est-ce merveille ? La descente des Bulgares vers l'Acropole n'aurait laissé personne indifférent, elle aurait touché, au contraire, elle aurait froissé en nous je ne sais quel sentiment qui mérite précisément qu'on y pense.
Voyez- vous, quand Barrés, dans son Voyage de Sparte, invective contre la pioche qui, pour dégager l'Acropole, a jeté bas la vieille tourfranque du Moyen Age, souvenir de nos ducs d'Athènes, on gagerait qu'il passe sur le lecteur la mauvaise humeur que lui dut procurer un archéologue sans nuances, aussi il ne faut pas trop l'en croire.
Toujours le sentiment universel protestera, avec Charles Maurras, contre la préférence accordée à cette tour moderne, accident de l'histoire, sur les monuments de l'art grec et leur aspect d'éternelle humanité.
Voici peut-être la dernière en date de ces protestations. Elle vient de M. Albert Thibaudet.
M. Thibaudet, dont les impressions d'Athènes, qui paraissent sous ce titre : les Heures de F Acropole, voudraient tout autre chose que nos citations brèves, est un
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universitaire curieusement épris à la fois de mysticisme et d'alexandrinisme, avec un mélange de sens critique aigu. L'inspiration catholique est assez avouée dans son œuvre et son souci, extrêmement vif, de comprendre et
d'analyser toutes les tonnes, les pins modernes et les inoins pures, a recrute une élite de lecteurs à ses études
de la Nouvelle Revue française. Je crois que M. Albert
Thibaudet peut passer pour l'opposé du rationaliste et
du dogmatique sec, qui serait, en l'occurrence, assez
suspect à Barrés.
Il dit :
Gardons-nous de deux excès apparemment contraires, mais dont chacun n'a pas même le mérite d'exclure l'autre, car ils s'appellent et se rencontrent. L'un confine Athéna dans sa fonction morte, dans sa divinité municipale : dé( locale et d'un temps, qui nous échapperait. L'autre accepte indistinctement tout le passé de l'Acropole, sa tour franque, son minaret turc, il lui incorpore tous les accidents de guerre, le tumulte barbare auquel le hasard l'a mêlée. Le second excès est la conclusion du premier. Mais nous discernerons la vérité de l'Acropole dans un mouvement, que notre esprit actif, que le choix, l'Erganè vigilante débarrassent des forces aveugles qui l'ont traversé : un mouvement, qui est le passage du local au rationnel.
Et plus loin :
|e ne gémis pas sur la disparition de la tour franque... Il v avait de notre part un peu d'indiscrétion à imposer sur L'Acropole la figure de notre Occident par une silhouette désagréable, et que répudiait le génie du lieu. Nous venons ici prendre conscience d'une culture humaine, et quand, parmi les barbares, montent de notre mémoire des vers de Racine, l'Acropole entière porte, sans qu'y pèse, comme une gerbe de fleurs fraîches, une beauté qui vient d'elle. Regretter ici les nettoiements nécessaires, c'est méconnaître cette part du goût : discerner et classer les valeurs... C'est au