LE PAYSAN AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI
C'est le temps des vacances : le rat de ville rend à son hôte le rat des champs sa visite de la fable. Le rat des champs ne goûta guère, comme on sait, les plaisirs troublés de la ville. Par contre, le rat de ville aime de plus en plus, de nos jours, sa maison des champs; mais on ne peut pas dire qu'il connaisse de mieux en mieux les mœurs de la terre.
Voici précisément la saison où se débite un nombre élevé de sottises sur le compte des paysans. Je trouve dans le numéro du 30 juin 19 13 de l'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, sous la signature de « Britannicus », des anecdotes pleines de sel.
Certain ministre traversant un dimanche tel bourg de Bretagne, admirait le bon air des gens et la richesse de leurs habits de fête avec leurs paillettes et leurs broderies aux vives couleurs et il s'étonnait là-dessus que des électeurs si bien mis votassent régulièrement pour le candidat d'extrêmegauche. On lui représenta que la Préfecture avait l'habitude de se mêler un peu d'élections, et il n'y avait pas autre chose à répondre. Mais sans doute cet honorable n'aurait-il pas éprouvé la même surprise et il serait encore béat dans la crasse de ses préjugés si au lieu de passer un dimanche dans ce bourg, il avait parcouru la campagne en semaine. Le Pierre Gilbert. — I. 28
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m dépouille de ses habits de fête, en vêtements de travail et sur son champ, lui eût fait une impression très différente, il aurait été frappé alors 4e SOn apparence de pauvreté et il n'eût pas manqi. lervei : i les gens d'ici ont l'air bien
misérables », exactement comme fit, à quelque temps de là, un chauffeur parisien qui visitait, lui, le même pays un jour
emaine. « Dites à votre parisien, répondait un propriétaire de l'endroit, qu'il serait trop heureux d'épouser pour sa dot la fille d'un de ces ruraux auxquels, sur leur mine, il offrirait l'aumône. »
Je ne puis m'empécher de penser que c'est une méprise toute semblable qui a fait la fortune étrange de la fameuse phrase de La Bruyère sur les paysans, vous savez : « L'on voit certains animaux farouches... »
Le piquant (c'est Y Intermédiaire qui me l'a appris), c'est que la sombre vignette de La Bruyère a un pendant : le portrait du paysan allemand par Voltaire. Mais de ce portrait-là, jamais personne ne parle.
Dans de grandes huttes qu'on appelle maisons, on voit des animaux qu'on appelle hommes, qui vivent le plus cordialement du monde pêle-mêle avec d'autres animaux domestiques. Une certaine pierre dure, noire et gluante, composée, à ce qu'on dit, d'une espèce de seigle, est la nourriture des maîtres de la maison. Qu'on plaigne après cela nos paysans, ou plutôt qu'on ne plaigne personne; car, sous les cabanes enfumées, et avec cette nourriture détestable, les hommes sont sains, vigoureux et gais. Ils ont tout juste la mesure d'idées que comporte leur état.
Il paraît aussi, d'après l'économiste anglais Maine, que la condition du paysan anglais qui fut exceptionnellement dure au xvme siècle et jusque vers 1830, était soumise à un régime très voisin de celui du paysan français. « J'incline, d'après mes recherches personnelles, à douter qu'il y eût une seule prestation féodale imposée