LA DÉCLARATION DU 6 JUILLET
Nos informations confirment que le maréchal Prim a offert au prince Léopold de Hohenzollern la couronne d'Espagne et que ce dernier l'a acceptée. Mais le peuple espagnol ne s'est point encore prononcé et nous ne connaissons pas encore les détails vrais de cette négociation qui nous a été cachée. Aussi une discussion ne saurait-elle aboutir aujourd'hui à aucun résultat pratique et nous vous prions, Messieurs, de l'ajourner.
Nous n'avons cessé de témoigner nos sympathies à la nation espagnole et d'éviter tout ce qui aurait pu avoir l'apparence d'une immixtion quelconque dans les affaires intérieures d'une grande et noble nation en plein exercice de sa souveraineté... Nous persistons dans cette conduite, mais nous comptons sur la sagesse du peuple allemand et l'amitié de l'Espagne pour écarter un projet qui ne tend à rien moins qu'à détruire V équilibre européen au détriment de nos intérêts.
Là-dessus on discute. C'est d'abord la syntaxe et le style qui intéressent Emile Ollivier : « Nos informations confirment » lui paraît rude; il y substitue ce tour plus simple : « // est vrai ». Au lieu de : « Nous ne connaissons pas encore les détails vrais de cette négociation », il écrit : « Nous ne connaissons point encore les détails vrais d'une négociation », et il supprime le mot et de la dernière phrase du paragraphe. On arrive aux phrases décisives qui définissent l'attitude du gouvernement : il semble que l'empereur et Ollivier craignent de ne pas donner assez de solennité à la sottise. C'est ainsi que la conclusion effacée et rapide du duc de Gramont : « Un projet qui ne tend d rien moins quà détruire l'équilibre européen au détriment de nos intérêts » passe par les états successifs qu'on va voir.
La première correction émane de l'empereur. On saisit mal ce qu'elle ajoute au sens; mais elle donne du nombre à la phrase et par là accentue la maladresse. Napoléon III trace lui-même ces mots : « Un projet qui
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ait en péril les intérêts et F honneur de la
Ou discute, oïl propose; l'empereur de nouveau intervient. Sans doute trouve-t il insuffisant et
peu digne de s'en remettre à la sagesse dis uns, à l'amitié . il tient a s'engager lui-même et il dicte : i NOUS ne croyons pas que le respect des droits d'un peuple in nous oblige à souffrir ifu une puissance étrangère [ i.
'•, à notre détriment^ V équilibre actuel... » Le reste sans changement.
Oilivier, qui a de l'oreille, trouve qu'il manque là encore une sonorité, et soudainement inspiré, propose d'intercaler après les mots : une puissance étrangère, ceux-ci : e en plaçant un île ses princes sur le trône de irles-Quint », qui flattent l'imagination par une allusion aussi involontaire qu'heureuse à la sage politique de nos rois.
Le texte ainsi discuté, modifié, est enfin arrêté. Mais, comme toujours la démence est bavarde, on crut devoir confirmer sur le même ton et même renchérir encore; la Déclaration poursuivit donc :
Cette éventualité, nous en avons le ferme espoir, ne se réalisera pas.
Pour l'empêcher, nous comptons à la fois sur la sagesse du peuple allemand et sur l'amitié du peuple espagnol (rappel du texte de Gramoni). S'il en était autrement, forts de votre appui, Messieurs, et de celui de la nation, nous saurions remplir notre devoir sans hésitation et sans faiblesse.
Or, Gramont, répétons-le, s'était bien gardé d'une pareille mise en demeure. Elle est, parait-il, de l'écriture d'Emile Oilivier et, nous l'avons vu, probablement de l'inspiration de l'empereur. Quant au ministre des Affaires étrangères, son seul tort fut de rester passif et de se rallier à une rédaction que, pour plus d'une raison, il n'avait pas proposée.