‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 78 sur 115 · UN APÔTRE DIPLOMATE · texte numérisé non relu

UN APÔTRE DIPLOMATE

Les historiens de l'Église auront sans doute profit à connaître cette relation. Je crois que les amateurs d'histoire politique ne s'y plairont pas moins. MM. Fiel et Serrière ayant eu à traduire plusieurs pièces de la correspondance du cardinal Antonelli et de l'abbé Oster, nous ont révélé des modèles de littérature diplomatique. J'aimerais les citer; mais plutôt je veux rapporter quelques traits de cette âme hardie de Lorrain.

Les difficultés que rencontra Oster pendant les cinq années de son apostolat ne sont pas pour surprendre : elles tenaient aux temps, au pays, au but de la mission ; religieuses, politiques, financières, elles auraient abattu un moins ferme courage, mais le vicaire apostolique fit toujours front avec un certain bonheur, parce qu'il usait de cette tactique qui, dans la conduite des affaires humaines, manque rarement son effet, je veux dire qu'il défendait ses positions en avant.

On admire, dans sa correspondance avec Rome ou dans ses notes et mémoires au gouvernement suédois, comme Oster, dès qu'il prévoit un assaut, tout de suite gagne du champ, va de l'avant et pousse sa pointe de manière à n'être jamais ramené en deçà de ses positions de départ.

A plusieurs reprises, le cardinal Antonelli avait rappelé l'entreprenant vicaire apostolique aux principes d'une sage économie. Un jour, les observations devinrent plus énergiques : en trois ans, la mission n'a pas dépensé moins de 36.000 livres pour un résultat spirituel encore peu apparent. On le priait de réduire les frais. Quelle attitude prend Oster ? Avec toute la déférence qu'on attend de lui, il se justifie, mais s'il bataille, encore ne veut-il discuter que des chiffres supérieurs à ses dépenses actuelles. Ainsi, son adjoint dont la pension fut fixée primitivement à 1.000 livres, ne touche encore que 1.440 livres. C'est trop

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peu. i Votre Eminencc jugera que le P. d'Ossery ne

peut se soutenir avec sa pension de i.||° livres. |e la

supplie de porter ses appointements au moins a 1.800

livres. • Quatre mois plus tard, c'est un troisième

prêtre qu'il demande. On l'invite à abandonner certain

projet de chapelle à la résidence d'été de la Cour, c'est

•glissements nouveaux qu'il propose. Le plus tort,

I qu'il n'y avait en cela rien que de raisonnable, de

d'indispensable.

La situation de L'Eglise catholique de Suède restait, politiquement, très exposée. Elle ne se soutenait que par le bon vouloir du roi, que la cabale protestante attaquait presque chaque jour. Les actes de prosélytisme, les conversions étaient interdits à Oster ; il devait paître ses ouailles, mais ne pas chercher à en accroître le nombre. Une pauvre femme, allemande et protestante, vint se convertir d'elle-même; Oster crut pouvoir, sans enfreindre Ledit, recevoir une abjuration qu'il n'avait pas sollicitée : il se trompait, car il y eut une véritable émeute de protestants. «La mission y eût probablement succombé sans l'autorité personnelle de son chef. » Le roi ne put mieux faire que de laisser passer l'orage, même il eût su gré à Oster d'éviter de tels embarras d'où il n'était pas en position de pouvoir le retirer.

C'est que le roi avait ses propres difficultés ; à son retour d'un voyage magnifique et pompeux à Rome, il iut accueilli par une explosion de mécontentement populaire : ses prodigalités mettaient le trésor à sec et foulaient le paysan ; avec cela, une disette que, pour un peu, on lui eût imputée. Il fallait de l'argent et les factieux avaient beau- jeu, car Gustave III se trouvait dans la nécessité de convoquer la Diète.

Dans une lettre au cardinal de Bernis, alors notre ambassadeur à Rome, le roi peint ainsi sa situation : « Si vous saviez ce que c'est qu'une Diète de Suède, et

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