LA VIE A ROME
Au forum : cette jeune femme était, en droite ligne, accourue là, dès la descente du train : en voiture, toute seule, et portant à la main le petit livre rouge, familier au voyageur, ses bagages à ses côtés et sur elle encore la poussière du voyage ; mieux que tout, ce qui disait la ferveur de sa course, c'était sa manière de regarder de tous ses yeux, l'admirable curiosité du visage, cette face dominée qui se donnait en offrande. Elle communiquait autour d'elle son abondance, et je m'en souviens encore.
Chacun peut avoir, pour son compte, un souvenir, semblable à celui-là, de son premier voyage à Rome. Colisée, Panthéon, rencontrés dans la nuit, que vous m'êtes restés chers! Il faudrait pleurer sur soi, si l'enthousiasme de découvrir la Ville, ne nous avait pas, la première fois, inspiré pareillement des démonstrations qui cessaient de craindre le ridicule.
A une deuxième visite, c'est différent : on sent à la fois plus de calme et de caprice. Pour moi, je ne me dirigeai point tout de suite vers les grands lieux : ni le Colisée, ni Saint-Pierre n'attirèrent d'abord mes pas ; mais instinctivement je cédai au désir de revoir les rues de Rome, et après un tour sur la place de Venise, ayant gagné le Corso, je m'enfonçai et me perdis dans le dédale des rues qui avoisinent Monte-Citorio ; je n'eus de cesse qu'après mille tours dans les vieux quartiers de
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Rome, Palais Madame, Saint-Louis-des-Français, Fontaine Trevi, la Minerve, .iu\ rues étroites et sans trottoirs où Ton coudoie le Romain et ses mœurs foraines, tours
et détours qui me menèrent enfin à la charmante, désuète, poétique et POCOCO place N'avone d'où j'eus mille peines à m 'arracher.
est le privilège des villes italiennes d'avoir comme un corps de beauté, de donner à leurs monuments un entourage de choses et d'êtres, non seulement pittoresques ou poétiques (on en trouverait ailleurs), mais doués de style et d'une forme naturelle qui réponde aux oeuvres d'art. Qui fait cela ? Le ciel peut-être, qui arrange tout. Absence de vulgarité, gentillesse des êtres, •été de l'air, trésors artistiques, tout résulte d'une cause commune, taveur des dieux, grâce mystique, par laquelle tout naît, sur ce sol, avec l'accent, la flamme, le don qui captive l'homme du nord.
Rome, en même temps qu'une capitale, est une petite ville, où la vie est seulement plus ancienne qu'ailleurs, où les hommes, plus avertis, ont une gravité de patriciens. La pauvreté y revêt les airs de la simplicité, et l'on envie un peuple si lestement évadé des embarras matériels. L'àme de la Ville par excellence ne se laisse naturellement pénétrer qu'après un long commerce ; rarement l'étranger, le touriste surtout, la conquiert; aussi ces Croquis romains, signés Aventino, qui nous initient à son charme le plus intime, ressemblent-ils très peu aux livres qu'on est habitué de lire sur Rome. L'auteur a passé là-bas de longues années, tout mêlé à la vie, à la société, à la politique ; il connaît assez le monde romain pour en faire revivre les mœurs et les types, princes de l'Eglise ou marchands forains, dans un livre vivant comme une correspondance, le premier peut-être qu'on se soit avisé d'écrire sur ce sujet trop peu connu... Que cet art de l'instantané ne vous fasse point illusion. Pour en connaître