‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 81 sur 115 · LA VIE A ROME · texte numérisé non relu

LA VIE A ROME

les mœurs, c'est bien de brûler chaque jour le pavé de Rome, et Dieu sait qu'Aventino n'épargne guère ses pas; pourtant ce n'est pas tout, et il manquerait à son livre l'essentiel, cette parole enflammée qui rend l'âme même des choses, si notre ami n'était poète et amant de Rome à sa manière. Sachez qu'après de laborieuses journées remplies de courses, de démarches et de rédactions fiévreuses, quand le soir est venu, Aventino, ayant donné son lot au lecteur, se fait sa propre part et repasse pour lui-même aux mêmes endroits qu'il a courus le jour. Rome est alors déserte et silencieuse, et sous les voiles de la nuit elle appartient à qui sait la prendre. Aventino depuis de longues années ne visite plus Rome qu'après la nuit tombée. C'est de là que lui est venue cette pénétration intime des aspects de la ville, de là aussi cet accent de son livre, qui le fera reprendre encore, quand la curiosité et l'attrait du nouveau l'auront une fois exploré.

UN ROMAN Dli STENDHAL ABANDONNÉ

l£n classant les papiers de Stendhal, M. Henry Débraye, le savant archiviste grenoblois, a retrouvé l'ébauche, soixante-quatorze pages de notes et de fragments, d'un roman inédit de Stendhal, Une position sociale, dont la conception (1832) est postérieure de deux ans au Rouge et Noir, antérieure de sept à la Chartreuse. C'est un document pour l'histoire de Stendhal.

L'action, au moins dans la première partie, devait se dérouler a Rome, et presque tous les personnages eussent été français : c'étaient entre autres la duchesse de Vaussay, femme de l'ambassadeur de France, et Roisard, secrétaire à l'ambassade. En ce dernier, vous reconnaîtrez Stendhal à ce portrait : « C'était un homme assez grand, de plus de quarante ans ; ses traits étaient grands, point beaux, mais extrêmement mobiles. Ses yeux exprimaient les moindres nuances de ses émotions, et c'est ce qui mettait son orgueil au désespoir. Lorsqu'il craignait ce malheur, il était brillant, amusant, rempli des saillies les plus imprévues ; il électrisait ses auditeurs. Lorsqu'il n'avait pas d'émotion, il était sans esprit, il n'avait pas de mémoire, ou dédaignait de l'appeler à son secours. Sa parole alors était aussi discrète que l'expression de sa physionomie Tétait peu. Son orgueil aurait été au désespoir de laisser deviner ses sentiments. Un

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