L HABIT VERT
qui amènent chacun leur « numéro d'artiste ». M. Max Dearly est sans doute annoncé sur le programme dans un personnage de musicien ; mais il ne récite véritablement qu'un rôle écrit pour Max Dearly, inventé même le plus souvent par Max Dearly. Et ainsi de tous les autres. Aussi ne trouvé-je point d'autre façon de raconter la pièce que celle-ci : Jeanne Granier trompe Guy avec Brasseur qui aime Lavallière et finit par l'épouser. Et c'est le scénario classique pour la troupe des Variétés. Et, malgré tout, on hésite à louer une ingéniosité, pourtant certaine, chez des auteurs dont le talent vrai ne l'est pas moins. Aussi, à voir la critique devenue si sévère envers ces auteurs, on manque de courage pour les plaindre : que ne le sont-ils, sévères, davantage pour eux-mêmes? La fortune leur est clémente, le public indulgent presque jusqu'à les corrompre. Une juste méfiance de leur facilité devenait d'autant plus nécessaire : c'eût été l'anneau d'or jeté à la mer, comme dans l'histoire que raconte Hérodote; il n'en eût pas fallu davantage pour apaiser l'envie de ces dieux irascibles, que nous sommes, mes confrères de la critique et...
C'est un manque absolu de courage qui fera de plus en plus maltraiter ces deux auteurs, dans le même temps qu'il édifiera leur fortune : manque de courage contre leur complaisance pour eux-mêmes ; manque de courage dans la satire, qui sert les causes qu'ils paraissent attaquer et nuit à celles qu'ils font mine de défendre.
Car ce serait une erreur de croire que rHabit Vert soit, à proprement parler, une pièce contre l'Académie. On a reproché à MM. de Fiers et Caillavet de s'en prendre peu civilement à une dame de très grand âge : c'est une erreur; ils n'attaquent guère que des morts. L'Académie qu'ils caricaturent et satirisent, mais c'est celle d'il y a quelque vingt ans, celle-là même que l'Aca-
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demie d'aujourd'hui a remplacée et ne répète pas, ni surtout ne regrette. Avec quelle tranquillité, dès lors, ils pouvaient se permettre leurs fausses audaces : traits émoussés, injures au passé, MM. de Fiers et Caillavet choisissent pour cible les seules gens de qui ils n'ont rien à attendre ni à craindre.
Je gagerais, par contre, que leur bénigne et adroite censure de la Présidence de la République n'aura fait nulle peine ni à M. Poincaré, ni à M. Deschanel, ni à Joseph Reinach, tous trois galamment conviés à la générale. Mais comme ils se rattrapent aussitôt sur la religion et sur la noblesse ! Faut-il qu'il y ait des scélérats dans les ancêtres de M. de Fiers ! Ce n'est sûrement pas comme dans la noble famille de Caillavet ! Avec quelle bravoure alors ces messieurs s'escriment contre ce qu'ils croient des ombres ! Allez, allez, avec les personnes qu'ils épargnent et les passions qu'ils flattent, MM. de Fiers et Caillavet se font une belle majorité. Car je tiens r Habit Vert pour l'acte le plus authentique de candidature à l'Académie, l'acte aussi le plus habile. De temps en temps, l'Académie aime avoir l'air de se faire prendre de force.
THÉÂTRE DE LODÉON
Madame de Châtillon drame de M. Paul Vérola.
Qu'était M*"' de Châtillon ? — La fille de ce Boutteville que Richelieu fit exécuter parce qu'ayant, je crois, •dépêché son adversaire de duel, il n'était pas très juste •qu'il lui survécût. Elisabeth- Angélique de Montmorency,