‹ La forêt des CippesChapitre 99 sur 181 · LE DIABLE ERMITE 22 J · texte numérisé non relu

LE DIABLE ERMITE 22 J

trand, se résigne-t-elle au bonheur de l'infidèle? A tout cela, aucune explication plausible, hormis la volonté déclarée de l'auteur de ne pas créer d'incident.

Il fut un moment pourtant où la pièce faillit tourner au vilain : à force de laisser, par excès de discrétion, la bride sur le cou de ses personnages, ceux-ci se mirent à faire des leurs et à tout gâter. Sabine enfin allait céder sans plaisir au jeune Gérard, quand M. Besnard s'aperçut du grabuge : la mauvaise humeur qu'il conçut alors de son intervention forcée communiqua quelque rudesse et brusquerie à ses doigts ; et la manière dont le mari rétablit les choses dans l'ordre se ressentit de cette nervosité. Un peu bien mufle et grossier, en vérité^ ce don Juan à la retraite qui arrache les secrets en se promettant comme une fille. Un peu bien voyant aussi et usé le piège du cabinet particulier où le mari capture les amoureux.

Il y avait pourtant un joli thème à développer avec méthode. Imaginez la comédie qui se jouerait entre le mari, la femme et l'abandonnée devant le chœur des potiniers et des rossards. Au dernier acte, il s'agirait de faire parler le renoncement de l'abandonnée, la déception du chœur des médisants et, rythme plus difficile à saisir, la paix heureuse et simple des époux réconciliés. Point d'éclat de voix, mais un dialogue à voix basse, dont les paroles sourdes se répercutent à la voûte des cieux. Matière à la fois humble et magnifique.

Le grand succès de la soirée est revenu à M"^Gabrielle Dorziat, comédienne émouvante, au jeu simple. Quant à M"= Alice Nory, elle n'avait malheureusement pas un rôle à sa taille. M. Harry Baur a composé une amusante silhouette de médisant.

THEATRE DES VARIÉTÉS

L'Habit Vert comédie de MM. Robert de Flers & G. -A. de Cailla vet.

Le public ira longtemps se divertir à l'Habit Vert, et le public a toujours raison, même de donner le succès aux auteurs qui perdent son admiration. Et voilà qui prouve ensemble l'utilité et l'inutilité de la critique : l'inutilité, puisque la vogue la bafoue, l'utilité parce que l'estime du public n'a)'ant rien de commun avec son empressement, il est juste que l'estime se publie par l'organe de la critique, comme le chiffre des recettes et le nombre des représentations traduisent l'empressement.

Or, l'Habit Verl, comme beaucoup de pièces des mêmes auteurs, possède une qualité incomparable, unique (nous l'écrivons sans malice aucune), la gaîté. Il règne dans cet ouvrage une légèreté de ton, une verve primesautière, enfantine, piquante, qui, par instants, semble imitée de la fantaisie même de Musset. La première rencontre de Jeanne Granier et de Brasseur, par exemple, ou l'entrée de Max Dearly, la déclaration d'amour de Lavallière à Brasseur, tout comme l'emphatique majesté de Guy, sont comme des échappées heureuses dans un monde de fantoches, dans une humanité de rêve qui ressemblerait assez à la nôtre, avec une ingénue allégresse en plus.

Mais aussi, les meilleurs de ces morceaux paraissent un peu bien brefs et vite à court de souffle : des indications, des idées de scènes, et puis une révérence. Une pièce composée à la manière d'une revue, faite de tiroirs

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