MADAME DE CHATILLON
Clîâtillon céda aux inspirations de l'ennui : elle voulut fuir le monde et se rendit aux eaux de Forges. M. de Nemours l'y suivit, attiré sans doute par la rumeur d'illustre infortune qui suivait partout M""' de Châtillon. Entre eux, s'établit bientôt un commerce de douceur, d'effusion et de maladive confidence, naturel entre deux âmes pareillement blessées : car on dit que M. de Nemours s'était montré fort amoureux de M"' de Boutteville, dans le temps même de ses fiançailles. Les injurieux traitements que M. de Châtillon prodiguait à sa femme, sur des apparences, il est vrai, peu trompeuses, mais qui ne lui laissaient pas la liberté d'esprit d'apprécier justement les résolutions nouvelles de M™' de Châtillon, avaient en quelque sorte détaché celle-ci de l'existence, ou plutôt ils l'avaient moins détachée de l'existence que du monde, et du monde moins encore que des deux personnes dont elle avait eu, jusqu'alors, l'esprit le plus occupé, son mari et son ancien amant. Elle se trouvait donc dans les dispositions précisément les plus favorables pour prendre des sentiments très tendres à l'égard du premier homme qui lui eût témoigné de la considération pour elle-même et l'indifférence envers ^es erreurs passées, d'autant mieux qu'il les eût ignorées. M. de Nemours était dans ce cas : il ne tarda pas à être ^gréé, du moins comme prétendant.
Mais le bruit des assiduités de M. de Nemours auprès de M™' de Châtillon était parvenu aux oreilles et de M. de Châtillon et de M. de Condé, lequel avait lieu de craindre toute légèreté nouvelle de son ancienne maîtresse, qui eût remis en question sa conduite antérieure, .ur laquelle il n'avait pas intérêt à ce que l'attention du iîiari fût sérieusement retenue. Il arriva, en effet, que M. de Châtillon ayant menacé devant sa femme de provoquer M. de Nemours comme son ancien amant, M™^ de Châtillon, qui tenait plus qu'à la vie même, à
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publier la pureté véritable de sa liaison avec M. de Nemours, se laissa emporter, avec une violence qui ne pouvait être feinte, à des dénégations, touchant M. de Nemours, qui, par contre-coup, découvraient singulièrement M. de Condé. Aussi M. de Châtillon, pris de peur d'avoir à suspecter la loyauté de son compagnon, se fit-il tuer au combat de la porte Saint-Antoine, non sans avoir fait jurer à celui qu'il voulut jusqu'à la fin traiter en ami, de tuer l'homme, quel qu'il fût, qui prétendrait lui succéder dans l'alliance de M"' de Boutteville.
M. de Condé, voyant peut-être la rançon de sa déloyauté première dans une fidélité invincible au serment juré à un mort, joua dès lors de ce jurement ainsi que de ses anciennes relations avec la veuve de M. de Châtillon, pour défendre à celle-ci le mariage avec M. de Nemours. Et M"'^ de Châtillon, ainsi réduite à la discrétion de son ancien amant, dut opposer aux instances de son prétendant des retardements qui ébranlèrent enfin sa foi dans les sentiments de cette dame et l'amenèrent à se faire tuer en duel par le duc de Beaufort.
— Ceci, c'est le sujet que M. Paul Vérola a inventé fort ingénieusement, mais qu'il a à peu près complètement omis de traiter. Il y a dans cette Madame de Châtillon la matière d'une tragédie psychologique. C'est dommage que l'auteur ait trop fréquenté le plus mauvais Dumas ou bien qu'il ait eu trop de méfiance dans son talent, qui est certain.
PORTE SAINT-MARTN
Les Flambeaux pièce de M. Henry Bataille.
C'est un peu un ménage à la Michelet ou à la Berthe-