‹ La forêt des CippesChapitre 104 sur 181 · LES FLAMBEAUX · texte numérisé non relu

LES FLAMBEAUX

pauvre savant, aussi parce que, dans sa candeur d'homme heureux et d'époux comblé, son égoïsme trouve peut-être son compte à associer et à divorcer les existences humaines avec la même hautaine intrépidité que, dans ses cornues, les éléments et les cellules. Il n'avait pas prévu que sa proposition d'épouser Blondel révolterait Edwige, dont la résistance lui cause le même genre d'agacement qu'une expérience ratée. « Alors, tu quitteras l'Institut et t'éloigneras de nous. » Autre maladresse, car Edwige, souple comme une amoureuse, se ressaisit et brusquement décide son mariage avec Blondel, dans le plus beau de ses ardents transports de passion pour Bouguet. C'est alors le tour de celui-ci de s'opposer à un mariage qui prend les allures d'une trahison envers son meilleur ami. Mais comme Edwige sent sa force dans sa complicité tacite avec le pauvre savant tout ficelé par ses propres ruses, elle fait chanter Bouguet qui ne trouve plus d'autre issue que de se réserver jusqu'après avoir entretenu Blondel.

Mais Blondel lui fera faire une nouvelle école. Bouguet lui demande avec une feinte innocente ses idées sur le mariage, et Blondel lui fait de son idéal un tableau, naïf et modeste, qui rend à Bouguet l'espoir qu'Edwige, même sans amour, saurait répondre à l'idéal de Blondel. Enhardi, il prononce le nom d'Edwige, quand Blondel se récrie : « Mais c'est toi qu'elle aime ! » Coup encore imprévu pour le savant qui, en guise de parade, invente ce nouveau tour : « Pas du tout, Edwige t'aime pour de bon et elle ne demande qu'à t'épouser. » Cette belle déclaration ne réussit qu'à enflammer Blondel qui se découvre tout à coup, à la stupéfaction de Bouguet, un amoureux emporté et brutnl. Nouvel effroi de Bouguet, dont les questions maladroitement insidieuses sur la jalousie physique et la jalousie morale reçoivent les plus menaçantes réponses. Bien inutile-

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ment, il tente alors d'empêcher ce mariage; par ses fausses habiletés, il a mis Edwige et Blondel au point de ne plus pouvoir supporter même le moindre retardement. Le pauvre homme s'est enferré. Et jusqu'à présent, il n'y a pour tous « flambeaux » que les allumettes de la passion avec lesquelles Bouguet joue fort maladroitement.

Tel est le premier acte. Nous souhaiterions d'avoir donné même une faible idée de la précision, de la justesse avec laquelle est présentée cette vivante, cette passionnante mécanique psychologique. Le premier acte des Flambeaux, malgré ce manque de nerf qui caractérise le talent alangui de M. Bataille, peut être regardé comme une des meilleures choses du théâtre contemporain.

Par malheur, la suite de l'ouvrage est bien loin de répondre à ce début triomphal. C'est même la particularité de cette pièce, d'être constituée de trois actes sans unité de ton, presque sans lien de pensée, formant comme trois tableaux figuratifs, de couleurs volontairement heurtées et contrastées. — Au f^iit, « volontairement »? qu'est-ce que j'en sais? — Il est plus probable que les défauts de l'ouvrage viennent de l'embarras extrême que l'auteur éprouve à toujours accorder l'argument dramatique avec le thème philosophique. Et si le premier tronçon du drame est à ce point soigné et fouillé, c'est peut-être aussi que M. Bataille s'est donné un violent mal de tête pour faire rouler l'action sur des bases à peu près vraisemblables. Je m'explique : il y a dans les Flambeaux une idée, à savoir que la valeur relative communément attribuée à certains actes ou à des conventions sociales, par exemple l'importance de l'acte charnel, est erronée et doit faire l'objet d'une révision ; M. Henry Bataille a déjà établi pour son compte la nouvelle échelle de certaines de ces valeurs,

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