‹ La forêt des CippesChapitre 11 sur 181 · LE CARACTERE DE BÉRÉNICE · texte numérisé non relu

LE CARACTERE DE BÉRÉNICE

Toujours la mort d'un père occupe votre esprit.

Tant d'inconscience décourage Titus, qui la quitte. Alors elle accuse Antiochus. C'est l'injustice même, mais qu'importe ?

Si Titus est jaloux, Titus est amoureux.

Et c'est tout ce qui compte. Dans la vie, cette femme donnerait des crispations. Mais Titus a de la vertu, il lui expédie en ambassadeur Antiochus^ qui s'entend accueillir par ces mots :

Hé quoi ! Seigneur, vous n'êtes point parti ?

La délicatesse fait hésiter Antiochus, qui, pour ce nouveau scrupule, encourt de nouvelles rigueurs.

Et vos refus cruels, loin d'épargner ma peine Excitent ma douleur, ma colère, ma haine.

Il parle- Bérénice l'accuse de perfidie.

Ce piège n'est tendu que pour nous désunir.

Cependant, ses nerfs prennent plus d'empire.

Phénice ne vient point ! Ah ! que cette longueur D'un présage funeste épouvante mon cœur !

Mais Titus va venir. — Remettez -vous. Madame, demande Phénice,

et rentrez en vous-même.

Laissez-moi relever ces voiles détachés Et ces cheveux épars dont vos yeux sont cachés. Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage — Laisse, laisse, Phénice : il verra son ouvrage.

Serait-elle coquette ? Titus paraît. Il allègue la raison d'État :

Car enfin, ma princesse, il faut nous séparer. — Ah ! cruel ! Est-il temps de me le déclarer ? Qu'avez-vous fait ? Hélas ! je me suis crue aimée.

L'éternel procès de tendance ! Elle et elle seule ; lesraisons de Titus, à aucun moment elle n'y répond. C'est le génie de Racine, qui n'a jamais voulu peindre qu'une femme ne se possédant plus. Bérénice n'est pas touchante ; elle est pitoyable et exaspérante. Quand enfin elle pense à Titus, c'est pour le tourmenter et entreprendre la plus cruelle épreuve ; elle veut que sa blessure saigne et s'assurer surtout qu'il souffre autant, qu'elle-même.

Que le jour recommence et que le jour finisse, Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

Elle touche trop au vif; car Titus fléchit. Aussitôt,, ce retour offensif :

Ah! Seigneur! S'il est vrai, pourquoi nous séparer? Puis le grand argument :

Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice.

Et cette dernière flèche :

Si devant que mourir la triste Bérénice

Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur.

Je ne le cherche, ingrat, qu'au fond de votre cœur.

Enfin, l'explication suprême ; résumons-la d'un mot :: Bérénice n'est que ruse inconsciente. Elle n'oublie rieni

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