LE CARACTERE DE BÉRÉNICE
Toujours la mort d'un père occupe votre esprit.
Tant d'inconscience décourage Titus, qui la quitte. Alors elle accuse Antiochus. C'est l'injustice même, mais qu'importe ?
Si Titus est jaloux, Titus est amoureux.
Et c'est tout ce qui compte. Dans la vie, cette femme donnerait des crispations. Mais Titus a de la vertu, il lui expédie en ambassadeur Antiochus^ qui s'entend accueillir par ces mots :
Hé quoi ! Seigneur, vous n'êtes point parti ?
La délicatesse fait hésiter Antiochus, qui, pour ce nouveau scrupule, encourt de nouvelles rigueurs.
Et vos refus cruels, loin d'épargner ma peine Excitent ma douleur, ma colère, ma haine.
Il parle- Bérénice l'accuse de perfidie.
Ce piège n'est tendu que pour nous désunir.
Cependant, ses nerfs prennent plus d'empire.
Phénice ne vient point ! Ah ! que cette longueur D'un présage funeste épouvante mon cœur !
Mais Titus va venir. — Remettez -vous. Madame, demande Phénice,
et rentrez en vous-même.
Laissez-moi relever ces voiles détachés Et ces cheveux épars dont vos yeux sont cachés. Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage — Laisse, laisse, Phénice : il verra son ouvrage.
Serait-elle coquette ? Titus paraît. Il allègue la raison d'État :
Car enfin, ma princesse, il faut nous séparer. — Ah ! cruel ! Est-il temps de me le déclarer ? Qu'avez-vous fait ? Hélas ! je me suis crue aimée.
L'éternel procès de tendance ! Elle et elle seule ; lesraisons de Titus, à aucun moment elle n'y répond. C'est le génie de Racine, qui n'a jamais voulu peindre qu'une femme ne se possédant plus. Bérénice n'est pas touchante ; elle est pitoyable et exaspérante. Quand enfin elle pense à Titus, c'est pour le tourmenter et entreprendre la plus cruelle épreuve ; elle veut que sa blessure saigne et s'assurer surtout qu'il souffre autant, qu'elle-même.
Que le jour recommence et que le jour finisse, Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?
Elle touche trop au vif; car Titus fléchit. Aussitôt,, ce retour offensif :
Ah! Seigneur! S'il est vrai, pourquoi nous séparer? Puis le grand argument :
Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice.
Et cette dernière flèche :
Si devant que mourir la triste Bérénice
Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur.
Je ne le cherche, ingrat, qu'au fond de votre cœur.
Enfin, l'explication suprême ; résumons-la d'un mot :: Bérénice n'est que ruse inconsciente. Elle n'oublie rieni