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LE THEATRE EN I913 29 I

morts : les auteurs ne croient plus devoir produire que dans les genres importants ; cela au moment même où ils trahissent le plus d'embarras à composer. Est- il étonnant alors qu'on se rattrape sur les parties oratoires ? Ainsi M. Sacha Guitry, déjà nommé, voulant, avec une simple gaudriole, occuper le vaste plateau du Vaudeville, discuta froidement l'institution du mariage.

D'ailleurs, il n'est pas très facile d'échapper à l'influence de cette énormité des salles et des publics.

Au théâtre, la consécration du talent doit s'obtenir auprès du grand public, dont le jugement naturel fait subir aux ouvrages l'épreuve de la vie. Mais le grand public ne se trouve aujourd'hui que dans les salles préparées pour des foules : proie facile pour qui ruse, juge exigeant pour tout autre. Alors, comme un succès ne s'estime guère que par comparaison, nul ne sera censé avoir réussi s'il n'a obtenu les mêmes applaudissements qu'enlèvent tous les jours les simples fabricants. D'où obligation de forcer parfois la mesure, d'étonner, de hausser le ton pour étourdir d'emblée un public qui, à moins de paraître très excité, sera jugé excessivement froid. Et, je vous le demande, que peut faire d'autre un auteur, pourtant' honnête, qui tâche à atteindre le public et pour se juger a besoin de le sentir s'animer à son ordre ?

C'est comme les recettes. Parce que Paris, avec son accroissement de population et l'affluence des étrangers, peut envoyer à une pièce, pendant 200 ou 300 représentations, autant de monde qu'il en faut, et parce que les habiies atteignent ces chiffres, l'auteur sincère qui questionne le succès, se croira vaincu et méprisé et se raturera à contre-temps à moins de gagner de grosses sommes : une idée d'échec ou d'incapacité restera attachée à des gains encore très appréciables mais non fabuleux.

L'exemple de. M. Rostand.

Je pense ici ;\ M. Edmond Rostand. Rostand est un gentil poète, qui a de la grâce, le don de l'émotion et qui possède son métier. Il était bien parti quand Cyrano lui vint enlever toute mesure. Alors il a voulu faire Hamlet, et il n'a écrit que V Aiglon, ensuite il a tenté un monstre plus innommable : Chantecler. Et maintenant? On parle d'un Faust, d'un Don Juan, tous les plus grands sujets, et quoi encore ? Erreur la plus complète qu'il soit possible de concevoir ! Savez-vous d'où elle vient ?

De la crainte d'une diminution, de la crainte de paraître une seule fois au-dessous de soi-même. Conséquence étonnante, mais certaine, de la peur de déchoir : on se sauve du péril dans l'étonnant, dans l'excentrique, à seule fin de récuser les règles ordinaires de la critique en excipant de l'étrangeté. Mais cette peur même, à quoi tient-elle sinon à l'énormité de la gloire que le théâtre aujourd'hui dispense et à laquelle on ne renonce plus, une fois conquise? — M. Rostand sait-il le coup de maître que ce serait pourtant, de revenir, un beau matin, à l'école des Romanesques, je veux dire à rechercher la perfection dans les petits sujets?

Théâtre pour tous publics.

L'extension presque démesurée du public des théâtres aura encore produit cette conséquence de brouiller définitivement le théâtre et la littérature, et d'une façon assez curieuse.

Dans les périodes de conscience artistique, quand les règles de l'art sont encore assez connues du public qui compte, pour être exigées, on remarque souvent, à côté du théâtre régulier, une production populaire : la farce

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