ITALIE
quelques-uns de ces souvenirs mettent en route tous les enfants d'un hameau de Savoie, sous la conduite d'un des leurs, Philibert, marqué de l'étoile des chefs : ils passent la montagne comme autrefois le berger Etienne dont M. l'instituteur leur a conté l'histoire, pour aller délivrer le Pape qui aime les petits enfants et qu'ils ont su captif dans Rome.
Oui, ces grandes idées les agitent et ils sont remplis d'une pensée vraiment divine. Mais presque toute l'histoire de leur nouvelle croisade sera occupée par le récit de ce qu'ils n'avaient pas escompté, par leurs expériences, leurs découvertes, enfin leurs déconvenues diverses ; car les enfants ne prévoient presque rien, si l'homme même ne prévoit pas grand'chose. Ces péripéties, je laisse à M. Bordeaux de vous en développer le fil romanesque : l'aventure d'Annette et de Philibert ne saurait se conter autrement qu'il n'a fait ; elle est charmante d'ingéniosité, pleine de surprises et de candeur, comme il sied à un récit de voyage qui est en même temps un conte religieux ; tout y révèle un sens caché et tous les symboles seraient entendus d'un enfant : tous, sauf bien entendu celui qui tient à la composition du livre. Il est juste et bon que dans cette histoire de la conquête de Rome par deux petits Français, ce qui tient la place de beaucoup la plus grande, ce soient la route et les difficultés du voyage ; le séjour dans la Ville par lui-même est bref et déjà plein de mélancolie, car le retour inévitable est proche pour nos pèlerins. N'en est-il pas ainsi de beaucoup de désirs et de beaux voyages qui tentent à cause des plaisirs du trajet ? Le but est le point qui termine la ligne, mais c'est la ligne qui plaît à imaginer. Quand nous caressons l'idée d'un bonheur, n'est-ce pas être heureux déjà que de courir en esprit sur les routes qui y mènent ?
Pierre Gilbert. — II. 26
APPENDICE XII Critérium du jugement politique