‹ La forêt des CippesChapitre 150 sur 181 · CRITERIUM DU JUGEMENT POLITIQUE · texte numérisé non relu

CRITERIUM DU JUGEMENT POLITIQUE

sang en qui l'on peut saluer des pairs et devanciers des Italiens de la Renaissance, dont ils évitèrent la dureté. Homme d'Église très appliqué aux devoirs de son état, bourgeois attaché à ses traditions, il eut, avec une avance de cent ans, toute la force et la subtilitéd'esprit et tout le réalisme des grands Florentins.

S'il ne put encore, quoique nourri d'Aristote et des Latins, entrevoir de l'antiquité que des fragments disjoints, il reçut, à la grande école capétienne, des impressions assez directes de haute politique pour regagner par là ses avantages. Il lui souvenait d'avoir été en rapports avec sept chanceliers de France, dont le premier, Arnaud de Corbie, avait connu Charles V et vécu sous Jean IL A leur commerce, il apprit la politique du Louvre.

Ce prélat qui sacra plusieurs rois, révérait en eux le principe du bien public. Nul mysticisme dans sa pensée politique. L'expérience est son guide.

Souvent advient, écrit-il, qu'un homme aura en son opinion ou imagination une chose qui sera bien fondée et toutefois par expérience il trouvera qu'elle sera inutile... Sciences qui sont de présent écrites, ont été sues par expérience de fait et est (l'expérience) la maîtresse des choses.

A l'une ;des heures les plus troubles de notre histoire, Juvénal des Ursins montra une lucidité d'esprit politique, qui doit lui conquérir la reconnaissance des patriotes.

Deux prétendants se disputaient le trône de France : le futur Charles VII et l'Anglais Henri de Lancastre, Aux partisans de Charles, qui tenaient la campagne, les premiers ralliés de notre histoire opposaient déjà la légalité et la sainteté des formes constitutionnelles. Celles-ci favorisaient, paraît-il, le prétendant anglais. Il y avait le fameux traité de Troyes, dont M. Germain Lefèvre-Pontalis a pu écrire :

Loi d'occasion, loi illicite, mais qui n'en était pas moins une loi, promulguée dans toutes les formes requises... Le mouvement de Jeanne d'Arc tendait à culbuter l'ordre de choses établi... était violent et révolutionnaire au premier chef.

Dans cet embarras, les légistes, greffiers mués en docteurs politiques, consultaient leurs papiers comme ils eussent interrogé les astres ou les entrailles des victimes. Un cas de politique nationale était traité par eux suivant les règles de la chicane. Ils entendaient départager Charles et Henri quand la France était seule en cause.

Il se peut bien, en effet, comme le pense M. de Croy, que « 'la thèse juridique sur laquelle s'appuyait la Maison de France, fût fragile ». La loi salique, « loi d'un petit peuple barbare disparu depuis cinq siècles », avait d'autres titres à se faire obéir : elle était de salut public.

Notre Juvénal le comprit à merveille. Non plus, pensa-t-il, que l'astronome ne règle le cours des astres, le légiste ne régente le monde politique. C'est donc l'expérience, c'est l'observation, c'est l'histoire qui déterminèrent son parti.

Il ne s'arrêta pas un seul instant à cette folie, que la forme du gouvernement pourrait ne pas importer à la marche des affaires publiques. Il discerna plutôt que si la monarchie est le gouvernement convenable à la France, il y a cependant différentes espèces de monarchies, qui n'ont de commun que le nom et entre lesquelles il faut choisir. Son choix se décida pour le régime que lui recommandait sa doctrine, purement naturelle, de la société et de la « chose publique ».

Il doit, dit-il admirablement, y avoir grande différence entre un qui vient au royaume par succession, et un tyran qui vient conquêter un royaume ou déjà l'a acquis et ne lui chaut de la destruction de son peuple, et qu'il fasse ses volontés, et lequel (tyran), en ce faisant, se présente hii-méme de la puissance, principauté et dignité qu'il a. (C'est-à-dire sans titres contre ceux qui en ont.)

Tout l'essentiel de notre critique du régime bonapartiste se trouve là. Valeur propre de l'hérédité; le problème politique réduit à celui des institutions ; malfaisance d'un système qui fait reposer tout l'État sur la personne du Prince, sur sa popularité et non sur ses services ; tout y est, et voilà bien le premier texte de nationalisme intégral.

A ce régime d'anarchie césarienne, Juvénal opposait l'ancienne monarchie française qui entourait le roi de corps et

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