‹ La forêt des CippesChapitre 151 sur 181 · CRITERIUM DU JUGEMENT POLITIQUE · texte numérisé non relu

CRITERIUM DU JUGEMENT POLITIQUE

de conseils indépendants, et dont Machiavel, au siècle suivant, louera encore les institutions.

Tel lui paraît le bien, telle la vérité. Exempt, autant que nous, de l'illusion de pouvoir changer la nature des choses, il ne demande à cette vérité nul rabais. On va entendre le langage d'un royaliste de combat sous le règne de l'étranger :

Ceux qui ont tenu le parti du roi toujours sans fléchir et abandonné leurs terres et seigneuries, les peut-on nommer bons et loyaux Français.

Et il rappelle que son père faisait serment « qu'il irait iivant quérir son pain en un bissac, qu'être et demeurer avec les ennemis de son souverain seigneur ».

Reprochera-t-on à cet évéque d'avoir pratiqué la politique ■du pire et prêché la désertion du foyer ? Nous ne trouvons, pour nous, qu'à admirer et à imiter dans cette leçon de politique nationaliste.

APPENDICE XIII Le lecteur

On a vu par ce que fui dit de la Méditation de Parthenizza, du prince de Ligne, que Pierre Gilbert était grand inventeur de textes. Il en trouvait d'anciens, il en trouvait de nouveaux. L'odeur de Vencre d'imprimerie dans une revue fraîchement coupée ne l'étourdissait pas : il a cité et qualifié sans crainte, dans sa Revue des Revues, parce qu'il y discernait les caractères de la durée des morceaux de contemporains non célèbres, par exemple ce Souvenir d'un instant d'émotion :

O grande, grande amie, dont les yeux sont plus prenants et profonds que ta voix elle-même, rappelle-toi, rappelle-toi ce jour charmant où sous le ciel sans bornes nous regardions le soir tomber sur les flots assoupis.

La brise marine venait de se lever, elle caressait notre front ; au loin, par delà le canal, les maisons, les arbres d'un vert sombre, le rivage aminci, tout dormait dans une joie qui ressemblait à celle dont nos cœurs apaisés savouraient mollement le léger délice.

Je n'avais plus voulu te voir, seulement te sentir près de moi, et la tête dans le creux de ta robe, je regardais, au fond de la coupe infinie, des nuages disparaître et pâlir.

Tendrement et très bas, comme sentant la vanité de toute passion dans un tel paysage, de ta voix diminuée et devenue plus douce que celle d'un enfant, tu commenças un chant dont je ne veux ici redire les paroles.

O vieil, ancien, si simple et délicat, ô refrain de nourrice et de mère, qu'étais-tu donc pour moi, battu par tant d'orages?

Et je sentis que mon coeur allait s'amollir et se fondre... O plaisir.

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