LA BATAILLE NAVALE
Meiji, 23 ans », puis je versai sur ma chemise tout un flacon de violette que j'avais reçu par le même envoi, je la passai et j'endossai mon nouvel uniforme tout flambant neuf; je plaçai ma dague à la ceinture, puis chaussai des tabi à semelles de caoutchouc, je mis des guêtres, et enfouissant tout au fond de ma poche mon sac de mamori, j'attachai en écharpe une bande de crépon gris qui venait encore de ma sœur et que je portais en ceinture à chaque combat ; de l'autre côté je mis mes jumelles ; enfin je suspendis à mon cou les photographies de mes deux camarades.
Mes préparatifs étaient terminés.
Bientôt le branle-bas de combat remplit l'air de sa sonnerie et se répandit sur la mer. L'équipage bondit de tous côtés, chacun se rendant à son poste, et en moitié moins de temps qu'il n'était prévu, tout était près convenablement.
Enfin la bataille s'engage :
Un signal venait de monter au mât du Mikasa. Sitôt interprété par l'officier de quart, le commandant le faisait porter à l'officier en second ; le visage de celui-ci s'éclairait à vue d'œil en lisant et il l'annonça en souriant :
« Le commandant en chef à tous : le sort de l'Empire est dans ce combat, que chacun déploie encore davantage son courage », puis commandant :
— « Aux postes de combat. »
En même temps la sonnerie du combat retentit dans tout le bateau, et tous les hommes de l'équipage, en même temps, comme se dispersent les petits d'une araignée, regagnèrent précipitamment leurs postes.
C'est de cet instant que commença ce sanglant combat où Japon et Russie luttèrent jusqu'à la mort sur la scène de thuya que le monde entourait.
Stimulé par ce chant de guerre approprié au lieu et au moment, l'esprit enflammé des hommes bouillonnait encore plus, et puis il y avait encore ce signal qui se transmettra lumineux jusqu'aux dernières générations, quand bien même on aurait voulu ne pas déployer encore plus de courage, l'aurait-on pu ?...
Le son aigu des transmissions d'ordre annonçait d'instant en instant : « Bateau n° 1 de la ligne ennemie la plus rapprochée I 10 milles... 9 milles... 8 milles... 6 milles... »
A mesure que la distance diminuait, le bruit du canon ennemi se faisait de plus en plus violent.
— « Obus de rupture. — Chargez ! Sur la tête de l'escadre ennemie, bateau amiral, 7 milles, feu ! »
APPENDICE XIX L'intérêt des prolétaires