‹ La forêt des CippesChapitre 167 sur 181 · tome I, pages 158 & suiv · texte numérisé non relu

tome I, pages 158 & suiv

Il était enseigné aux peuples d'Occident que les prolétaires n'étaient pas intéressés à la défense de leur pays, par la raison que n'y possédant rien, sa fortune, bonne ou mauvaise, leur devenait indifférente.

Certains propagateurs de cette idée, dont on a peine aujourd'hui à se figurer le crédit, et les gens quelle désarmait, conseillaient encore le patriotisme, la Patrie n'étant pas toute dans les intérêts matériels et son être moral valant d'être librement aimé, préféré et servi. Mais qui donc songeait à rappeler, grand lieu commun de l'histoire, que les plus pauvres souffrent davantage de l'invasion ennemie ? Il arrivait même que celui-là n'osât pas développer toute sa pensée, retenu soit par l'obligation d'exprimer en premier lieu une hypothèse trop cruelle, soit par le prestige des conventions, préjugés et chimères qui prétendaient limiter dans le monde moderne les rigueurs d'une guerre éventuelle.

Quelles ont été, pour les plus pauvres précisément, les rigueurs de celle qui éclata au mois d'août 1^14, pourra-t-on l'oublier jamais? Il faudrait n'avoir pas vu passer le lamentable cortège des fugitifs. Véhicules de hasard traînés par des bêtes harassées, où gisaient sur la paille les restes d'une famille sans chef et sans pain : quelle pitié ! Les plus misérables allaient à pied, séparés des êtres de leur sang, désespérés, les mains vides, n ayant plus rien à eux que les vêtements de leur corps et, il est vrai, leur courage et la liberté. — Dans l'appel qu'ils ont adressé, en décembre 1^16, aux ouvriers des pays alliés on neutres, les ouvriers belges ont appris au monde comment, déportés et condamnés au travail forcé au profit de l'ennemi, ils avaient perdu même ce dernier bien. — E. M.

APPENDICE XX René-Marc Ferry

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