LE JEU DE L AMOUR ET DU HASARD
de l'incertitude, des hésitations de l'amour naissant. L'habit emprunté de Dorante déconcerte, s'il ne les ralentit point, les mouvements du cœur de Silvia. Mais aussi la grossièreté bien mise de Pasquin rejette ce cœur du côté de Dorante, pour qui le contraste est tout bénéfice; la vue du faux « Bourguignon », au lieu de refroidir les sentiments de Silvia, ne les rend que plus tumultueux. Et le mérite de Dorante grandit à proportion de la bassesse de Pasquin, Tout cela est très subtil, et non moins logique. L'esprit calculateur de Marivaux, son esprit un peu géométrique, dut vite saisir le parti à tirer de cette donnée dramatique, et le charme complexe, nous ne disons pas ambigu, du Jeu de V Amour et du Hasard, vient de la sensibilité « frissonnante », pour parler comme Silvia, et légère qui s'y déploie dans la rigueur extrême de la construction.
Ce n'est pas qu'il n'y ait quelque invraisemblance, au départ, ni même que cette comédie ne fasse entendre des accents d'un pathétique parfois un peu tendu : pendant un acte la situation est, à la réflexion, plutôt pénible. Seulement on ne s'en avise point qu'elle ne soit déjà dénouée : l'art de Marivaux a ce prestige.
Que penser, par exemple, du procédé tenu par le père de Dorante, qui n'hésite pas à livrer la fille de son « intime et ancien ami », celle-là même qu'il destine à son fils, qui n'hésite pas à la livrer aux manières d'un Pasquin ? La délicatesse de Silvia pourrait s'en offenser et l'amour qu'elle a pris avant la connaissance de la supercherie, succomber, en cette âme un peu fière, à la blessure que doit ouvrir la découverte d'une si méchante imposture.
Ne serait-on pas plus satisfait si l'initiative du travestissement venait de Silvia et que Dorante ne fît alors, à l'instigation de son père et sans être averti, que la jouer du même tour ? Et s'il est admissible qu'un valet ait
l'esprit de Dorante, est-il croyable qu'un marquis ait les façons de Pasquin ?
Marivaux cependant paraît avoir été très content de cette intrigue, dont il reprit l'idée, dans les Fausses Confidences peut-être (mais ici en ménageant toutes les délicatesses, et c'est probablement son chef-d'œuvre), et sûrement dans l'Epreuve. Mais, encore une fois, y a-t-il raison ni honneur d'infliger à une aimable fille les assiduités d'un valet, et ne serait-elle pas bien fondée à se venger sur le maître ? M. Jules Lemaitre n'a pas eu tort de découvrir le signe d'un peu de dureté dans l'étourderie de Lucidor ou de Dorante; Angélique ni Silvia ne sont pas moins à plaindre, en somme, que la pauvre Grisélidis.
Sans doute on dira qu'il faut accepter le « postulat ». Et nous l'acceptons de bonne grâce. Car, sans même parler des idées de Marivaux sur l'égalité et de ses préjugés sociaux anticonventionnels, il est probable que celui-ci, tenté par l'idée des scènes délicates entre Dorante et Silvia, eût sans difficulté consenti à les payer par ailleurs de quelque légère invraisemblance : l'auteur dramatique pense d'abord au dialogue. Silvia rendue sensible par un prétendu valet, ses combats, sa défense, sa détresse ; Silvia, trahissant son trouble et démentant, en quelque sorte, par mille nuances subtiles la lettre de ses propres paroles, voilà ce qui dut séduire Marivaux.
Seulement, c'est une situation intenable et qui demande à être franchie presque en courant. Le vrai sujet de la pièce est traité en un acte (le deuxième) ou plutôt en quatre ou cinq scènes, d'ailleurs d'une admirable cruauté.
L'action, à peine engagée au premier acte, est virtuellement achevée au second. Entre Silvia et Dorante, deux scènes au premier acte. Tune qui ne dépasse pas le badinage, charmante et légère, l'autre, encore souriante et qui ne commence à éveiller quelque inquiétude que parj. d'inconscientes remarques de Silvia.
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— Tu peux te passer de me parler d'amour, je pense ?
— Tu pourrais bien te passer de m'en faire sentir, toi.
— Ah ! je me fâcherai, tu m'impatientes. Encore une fois, laisse-là ton amour.
— Quitte donc ta figure.
— (A part.) A la fin, je crois qu'il m'amuse... {Haut.) Eh ! bien ! Bourguignon, tu ne veux donc pas finir ? Faudra-t-il que je te quitte ? (^A part.) Je devrais déjà l'avoir fait.
— Je voudrais bien savoir comment il se fait que j'aie la bonté de t'écouter, car, assurément, cela est singulier !
— Tu as raison, notre aventure est unique.
— {A part.) Malgré tout ce qu'il m'a dit, je ne suis point partie, je ne pars point, me voilà encore, et je réponds ! En vérité, cela passe la raillerie. {Haut.) Adieu.
Au deuxième acte, la raillerie va être, et de bien loin, dépassée. Encore attend-on plus de la moitié de l'acte avant que Silvia nous porte le spectacle raffiné de son cruel énervement. Le début, d'une franche gaîté, est encore tout rempli du rire de Lisette, et le ton, bien ■éloigné de ce qu'il atteint dès que Silvia paraît, s'ofFrant aux coups qu'on va lui porter à l'envi. Alors plus de répit. Tant et si bien qu'en cinq ou six scènes la pièce est achevée. Marivaux a compris qu'il fallait aller vite, 50US peine de donner dans les larmes. Ecoutez le dur et lamentable monologue de Silvia, aussitôt sortie des mains de Lisette.
Je frissonne encore de ce que je lui ai entendu dire. Avec quelle impudence les domestiques ne nous traitent-ils pas dans leur esprit ! Comme ces gens-là vous dégradent ! Je ne saurais m'en remettre : je n'oserais songer aux termes dont elle s'est servie : ils me font toujours peur.
Pensez qu'elle a dû défendre et révéler une inclination naissante pour un valet devant une servante qui de
Pierre Gilbert. — IL 4
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son côté lui dispute le cœur du faux Dorante. Toutes ses paroles la trahissent, la déchirent, la divisent contre elle-même. Elle ne peut avancer ni reculer un pas qui ne la compromette, ne l'expose ou ne la désespère. Elle va, de scène en scène, essuyant mille sournoises attaques, impuissante et exaspérée. Voici Dorante, par exemple, dont la douceur la touche bien plus sensiblement que les outrages de Lisette :
— (^A part.) J'ai besoin à tout moment d'oublier que je l'écoute.
— Si tu savais, Lisette, l'état où je me trouve...
— Oh ! Il n'est pas si curieux à savoir que le mien, je t'en assure.
— Que peux-tu me reprocher? Je ne me propose pas de te rendre sensible.
— {A part.) Il ne faudrait pas s'y fier.
— Et que pourrais-je espérer en tâchant de me faire aimer ? Hélas ! quand même j'aurais ton cœur...
— Que le Ciel m'en préserve ! Quand tu l'aurais, tu ne le saurais pas, et je ferais si bien que je ne le saurais pas moi-même.
^T Dorante se jette à ses genoux. Craignant une surprise, Sylvia commet la pire imprudence, qui est de se trahir devant Dorante.
Lève-toi donc, Bourguignon, je t'en conjure : il peut venir quelqu'un. Je dirai ce qu'il te plaira... Je dis ce que tu | veux, et tu ne te lèves point.
Le père et le frère les surprennent, et accablent Silvia de leurs sarcasmes. La pauvre fille se blesse à tous ses mouvements. Il est grand temps que Dorante revienne et la délivre.
— Sache que celui qui est avec ta maîtresse n'est pas ce qu'on pense.
— (Vivement.) Qui est-il donc ?
— Un valet.
LE JEU DE l'amour ET DU HASARD 5I
— Après ?
— C'est moi qui suis Dorante.
— {A part.) Ah ! je vois clair dans mon cœur.
— Allons j f avais grand besoin que ce fût là Dorante.
Ces mots soupires avec âme, il faut les avoir entendus.
On peut dire qu'ils terminent la pièce. Qu'est-ce qui
' ensuite soutiendrait l'intérêt à ce haut degré ? Le ton
revient donc à la comédie légère, et c'est une nouvelle
comédie.
A la faveur de ce répit et de la tranquillité où nous sommes sur le sort de l'intéressante Silvia, examineronsnous l'art de Marivaux et son procédé dramatique ? — Dans le court espace de temps qui a suffi pour épuiser la situation, les sentiments de Silvia n'ont à peu près pas progressé. La Silvia qui enjoint (scène vi) à Lisette de congédier le faux Dorante est bien, ou peu s'en faut, la même que l'aveu du faux Bourguignon délivre (scène xii). Toutes les scènes qui remplissent l'intervalle sont faites pour prolonger le spectacle de ses tourments. Ce n'est pas assez dire qu'elle soit passive : elle est inerte, elle doit l'être. Il semble que par leurs attaques répétées, Lisette, Orgon, Mario, Dorante, ne veuillent qu'éprouver la résistance de ses nerfs. Notez que du premier coup le supplice a été porté à son comble et qu'on n')"^ peut plus rien ajouter; mais tous les personnages successivement se chargent de l'entretenir et de le renouveler. C'est d'une cruauté froide, tranquille, calculée et, en même temps, comme doucereuse. Marivaux répète ses effets et ne les ménage point. Il use d'une espèce de rebondissement dans le paroxysme qui paraîtrait appliqué et concerté, si Marivaux ne nous surprenait par l'émotion. Son cerveau fait marcher notre cœur. Mais il connaît le prix du temps et va tout de suite grand train.
Parlerons-nous de sa technique ? — Ce sera pour
reviser le jugement de Sainte-Beuve, servilement reproduit par M. Gustave Lanson, qui n'a pas cru devoir citer son auteur '. Sainte-Beuve (^Causeries du Lundi, vol. IX) explique que le procédé dramatique de Marivaux, à l'image de celui de Racine, est tout intérieur, psychologique, et roule sur le progrès naturel des sen- ^ timents. Or, ce qu'un art exigeant pourrait reprendre dans Marivaux, c'est justement un certain artifice de l'intrigue, la complication de l'argument et un trop grand appareil de ressorts dramatiques extérieurs aux personnages. Nous venons de voir que, dans le Jeu de itn l'Amour et du Hasard, deux actes sur trois sont de 1 pure intrigue, de métier et comme rapportés; nous fJ!:: sommes d'ailleurs tout prêt à confesser, comme Lisette, que ce superflu-là serait assez bien notre nécessaire et ,. que ce luxe d'un esprit éblouissant n'est point une monnaie si courante. Tout de même comment ne pas remarquer la différence avec l'art de Racine ? Racine peut lâcher ses personnages : leurs passions les porteront toujours à se chercher, à se heurter, à se blesser; la tragédie va toute seule. Au contraire, dans Marivaux, l'action a souvent besoin d'être relancée et comme suivie, de bout en bout, par un ingénieux machinateur. C'est ! que ses personnages, natures indécises, timides et molles, se fuient plutôt, s'évitent, se cachent, équivoquent et se masquent. Il faut toujours les ramener en présence. De là, dans ce théâtre, l'importance des valets, bons artisans d'intrigues. L'art de Racine, plus simple, est aussi plus humain et produit de plus beaux éclats. — Que Mari-i vaux ait d'ailleurs choisi son genre, de propos délibéré, j c'est entendu ; mais il est permis de juger et de classer. On ne laisse pas, pour cela, de bien goûter. Ce troi-
I. V. Histoire de la Littérature française, par Lanson (avani propos et article Marivaux).
sième acte, ironique et apaisé, offre des plaisirs encore très délicats. Marivaux, qui s'est bien tiré d'un pas difficile, se repose en badinant et l'on devine qu'il ne lui déplaît point de prolonger le jeu. La double confession de Lisette et de Pasquin, la triomphante coquetterie de Silvia, font d'excellentes scènes de comédie légère. Et il y a cette phrase exquise, d'une si jolie inflexion, l'unique parole d'amour de Silvia pendant cette comédie d'amour (voilà le tour de force !) :
— Il ne changera jamais ! Save:(^votis bien que vous me charme:!^. Dorante. »
Et nous n'avons encore rien dit de ce style si sûr de lui, si brillant, qui entre si aisément dans toutes les complications et porte une clarté, peut-être miroitante, dans les plus troubles sentiments. Nous n'avons point non plus parlé de cette science exacte, dirons-nous de la sensibilité ou de la nervosité ? qui lui permet de ne toucher même légèrement qu'un point, mais névralgique.
Le Triomphe de l'amour.
« Le sort de cette pièce-ci a été bizarre, écrit Marivaux dans sa préface. Je la sentais susceptible d'une chute totale, parce que le sujet en était singulier et, par conséquent, courait risque d'être très mal reçu; d'un grand succès, parce que je voyais que, si le sujet était saisi, il pouvait faire beaucoup de plaisir. » Avec bonne grâce, Marivaux rapporte d'ailleurs qu'aucune des branches de ce dilemme n'accrocha la vérité, parce que, mésaventure
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ordinaire de ce genre de raisonnement, il en existait une troisième dont il ne s'était point avisé et qui se trouva être la bonne. Le Triomphe de l'Aniour obtint tout simplement un succès médiocre. Pourtant, Marivaux n'avait pas tort de pressentir quelque péril de la part de son sujet : des personnes érudites et dignes de foi me confient que la critique du temps reprocha à l'auteur l'immodestie de son principal personnage, Léonide, princesse de Sparte.
Il est vrai que ce n'est point un caractère ordinaire. Cette jeune princessse est le dernier rejeton de la dynastie usurpatrice qui détrôna le roi de Sparte Cléomène, « parce que le Prince, dont il commandait alors les armées, devint, pendant son absence, amoureux de sa maîtresse, et l'enleva ». Car, depuis Hélène, les enlèvements furent toujours de mode à Sparte. Celui-ci coûta le trône à Cléomène. Mais la race cléoménide n'est pas éteinte ; elle reverdit dans la personne du jeune .. Agis, élevé dans le plus grand secret par une espèce de là Joad laïc, le philosophe Hermocrate. Tout le monde, ^ bien entendu, ignore l'existence de cet aimable prince, sauf la princesse de Sparte, pour qui, précisément, l'on fait tout ce mystère. Aussitôt informée de sa retraite, Léonide a cherché à connaître Agis, et elle organise une rencontre dans quelque forêt, qui contente sa curiosité, mais élève aussitôt dans son cœur un trouble nouveau. « Jusque là, j'avais bien entendu parler de l'amour ; mais je n'en connaissais que le nom. Figure-toi, Corine,j un assemblage de tout ce que les grâces ont de noble et 1 d'aimable; à peine t'imagineras-tu les charmes, et de ki figure et de la physionomie d'Agis. » Et, sur-le-champ, i cette personne de décision délibère de répondre au rapt de la maîtresse de son arrière-grand-père par l'enlève- j ment du cœur d'Agis : après quoi, les deux races, deve- i nues quittes, se réconcilieront dans un honnête mariage.
Elle s'introduit donc, sous un habit d'homme et sous le nom de Phocion, dans l'ermitage d'Hermocrate, avec le dessein d'y passer le temps de donner de l'amour à son élève. Hélas ! il lui en faudra aussi donner au philosophe et à sa sœur, la prudente, mais trop peu perspicace Léontine. Car ces deux gardiens couvent si jalousement leur dépôt qu'ils craignent pour lui jusqu'à l'approche de l'homme ; et la princesse se voit un moment partie pour jouer le travesti inutile. Qu'à cela ne tienne, explique-t-elle à sa confidente Corine, elle apprivoisera ces sauvages. Son plan est simple: contracter d'abord amitié avec Agis, sous le nom de Phocion; puis, se découvrant femme sous le nom d'Aspasie, lui apprendre à nommer amour cette amitié surprise; se faire aimer d'Hermocrate comme fille ; se faire aimer de Léontine comme garçon. Assurément, cette princesse ne manquera point de sang-froid dans la conduite de ses États. Mais la timidité virginale, medirez-vous ?... Léonide, qui pense à tout, pourvoit aussi à cela, et à sa suivante qui l'interroge : « Mais, Madame, il faudra que vous les trompiez tous deux; cet artifice ne vous choque-t-il pas? », elle répond ;
Il me répugnerait, sans doute, malgré l'action louable qu'il a pour motif; mais il me vengera d'Hermocrate et de sa sœur qui méritent que je les punisse ; qui depuis qu'Agis est avec eux, n'ont travaillé qu'à lui inspirer de l'aversion pour moi, qu'à me peindre sous les traits les plus odieux, et le tout, sans me connaître, sans savoir le fond de mon âme, ni tout ce que le ciel a pu y verser de vertueux... Eh ! d'où vient tout le mal qu'ils me font ? Est-ce parce que j'occupe un trône usurpé ? Mais ce n'est pas moi qui en suis l'usurpatrice. D'ailleurs, à qui l'aurais-je rendu ? Je n'en connaissais pas l'héritier légitime : il n'a jamais paru, on le croit mort. Quel tort n'ont-ils donc pas? Non, Corine, je n'ai point de scrupule à me faire.
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N'est-elle pas jolie cette paraphrase anticipée de l'article de Fœmina, que Criton citait l'autre jour'? « L'homme, dans un mauvais cas, plaide la passion, l'entraînement, l'exemple ou l'inconscience; la femme tâche d'établir qu'elle avait le droit de se comporter comme elle a fait. Le goût acharné d'avoir raison, qui se retrouve chez les plus averties d'entre nous, qu'est-ce, sinon le besoin de prouver à autrui que, se conformant à la loi, on participe à sa puissance, que l'on est dans son droit ? » Eh !. resteraient-elles aimables si, pour devenir logiciennes, elles cessaient de passionner même leur bon droit ? Léonide aime Agis : il nous déplairait qu'elle ne déraisonnât point. Que nous importe, après cela, qu'un grincheux l'appelle une allumeuse inquiétante ?
Je ne puis assez m'étendre ici pour retracer les trois manèges, si joliment cruels, de la séductrice, mais nous pouvons, si vous le voulez bien, entrer pour quelques, secondes dans les douleurs de Léontine. Le vice de Marivaux, qui est de frôler toujours le pathétique et d'inventer des situations qui, si facilement, tourneraient au tragique sentimental, Ta, dans cette occurrence, assez bien servi. — D'abord l'attaque, brutale et perfide : Conseillez-moi, Madame, demande Phocion-Léonide à la sœur du philosophe : Mon cœur est amoureux, et j'aime une personne qui ignore mon amour ; au fait, il faut que je vous la peigne, vous la reconnaîtrez peut-être. » Léontine n'a aucune peine, en effet, à se reconnaître dans le portrait qu'on lui trace; mais où elle ne se reconnaît bientôt plus, c'est dans ses propres sentiments.
— Seigneur, dispensez-moi d'écouter le reste, je ne sais ce que c'est que l'amour, et je ^vous conseillerais mal sur ce que je n'entends point.