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LA SCÈNE EN

Janvier

THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE

Pour vivre heureux comédie de MM. Rivoire & Mirande.

On connaît cette nouvelle terrible de Mérimée, Us Ames du Purgatoire, où don Juan assiste à son propre enterrement. C'est dans l'instant qu'il va ravir à la clôture la nonne dona Teresa ; errant par les rues de Séville, un peu avant l'heure du rapt, don Juan vient à passer auprès d'une église, d'où sortent des chants lugubres. Don Juan s'arrête, et contre lui défile un cortège funèbre, composé de spectres. « Don Juan arrêta par la manche une des figures qui portaient des cierges et lui demanda poliment quelle était la personne qu'on allait enterrer. Le pénitent leva la tête : sa figure était pâle et décharnée, comme celle d'un homme qui sort d'une longue et douleureuse maladie. Il répondit d'une voix sépulcrale : « C'est le comte don Juan de Marana. » L'horreur de la vision fit évanouir don Juan qu'on releva pour mort, le lendemain, dans la me : « Sans doute, la suite de quelque orgie ! » A peine éveillé de ce qu'il ne sut jamais appeler un songe ou une réalité, don Juan appela un confesseur, puis il entra dans les ordres et se cloîtra.

Le peintre Maucler, que MM. Rivoire et Mirande

yO CHRONIQUE DE LA SCENE EN I912

ont mis en scène, encore qu'il ait avec Sganarelle plus de rapports qu'avec don Juan, assiste, tout comme le noble comte espagnol, à ses propres obsèques. C'est qu'après avoir manifesté quelques velléités de suicide, Maucler a soudainement disparu, et un cadavre méconnaissable repêché dans la Seine a été reconnu pour le sien. Mais comme le pessimisme de ce désespéré n'était pas dépourvu de nonchalance, au lieu de s'aller jeter à l'eau il a pris le train pour Dieppe, d'où il revient, avec une petite fortune gagnée au jeu, juste à temps pour assister à ses funérailles. Bon sujet de comédie, en somme.

Le spectacle de son enterrement doit être, j'imagine, un sérieux sujet de réflexions, lorsque, de derrière un rideau, l'intéressé peut observer les gens et surprendre les propos : maudite curiosité et qui ôte le goût de la vie. Aussi Maucler, qui n'a pas les motifs de pénitence de don Juan, se résout-il sans peine à une retraite voluptueuse, en compagnie d'une charmante enfant qui n'attendait que le veuvage de M™^ Maucler pour se laisser enlever par le mari de cette veuve.

Il est probable que la pièce fut écrite pour ce second acte; La situation, en effet, n'a qu'à se développer méthodiquement pour faire jaillir le rire d'une assez bonne veine. Mais les auteurs ont dû craindre l'excès de comique macabre. Car, au bout de deux ou trois scènes semées de plaisanteries attendues,* le rideau tombe. Or, nous escomptions tout autre chose, des effets d'un comique dru, violent et passionné, puisque rien ne passionne l'homme davantage que l'idée delà mort. Pourquoi, par exemple, n'avoir pas montré, au lieu d'un ironiste indécis, narquois et qui semble beaucoup plus spectateur qu'acteur, un Maucler d'abord hérissé à la seule idée de ses imminentes obsèques, puis s'enchantant à la perspective d'une fugue hors d'un monde odieux? Il faut au théâtre des oppositions tranchées.

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