LES PETITS
ce n'est pas une pièce : ce sont des paroles sur des toilettes. Et, puisque les toilettes étaient écrites avant les paroles, je me demande pourquoi la confection des unes et la rédaction des autres n'ont pas été confiées au même industriel, je veux dire au costumier. Car il n'y avait qu'à composer, sur le monde de la couture et sur les deux écoles qui se disputent la mode, une série de dialogues documentaires et brillantes. Au lieu de cela, on nous propose un imbroglio de quatre ou cinq intrigues, toutes connues depuis le premier écrit de M. Hermant, comme remarquablement dénuées d'intérêt'.
Les Petits de M. NÉPOTY.
Le sujet des Petits, luttes des enfants de plusieurs lits entre eux, et des beaux-fils contre leurs beaux-pères, porte, je ne sais pourquoi, généralement bonheur. C'est ce sujet qui fit connaître, après les Demi-Sœurs, le nom de M. Gaston Dévore, et qui, avec le Divorce y marqua les brillants débuts de M. Paul Bourget au théâtre. Je doute qu'il favorise pareillement M. Lucien Népoty, et, pour l'amour de l'art, je ne le souhaite pas.
Jusqu'à la fin du second acte, ce mélodrame de famille, où la voix du sang fait, comme juste, sa partie, semblait un honorable échantillon du genre :
I . Particulièrement décidé ù maltraiter à l'occasion les ouvrages de M. Abel Hermant, Gilbert en était, comme nous tous, horripilé et charmé. L'étrange auteur, qui peut emporter l'admiration, mais non jamais la sympathie. — E. M.
action claire, artifices plus clairs encore, parallélisme des scènes à effet, larmoiements et conflits brutaux, langue courante et intelligible, du mouvement, encore qu'un peu factice, tout annonçait un mélodrame. Pourquoi faut-il qu'au troisième et dernier acte de cette histoire très spéciale d'une famille composée des enfants de trois lits, l'auteur se soit entiché d'idées générales, s'avisant peut-être qu'une grande comédie devait renfermer une « pensée » ? Cette prétention l'a obligé à reprendre les choses de très haut et à farcir d'explications rétrospectives l'acte du dénouement. Ainsi quand nous attendons la péripétie finale, on nous ramène bien en deçà de l'exposition. Quelle faute !
Comment encore l'auteur excuse-t-il tant d'explications, d'analyses psycho ou physiologiques, de cœurs scrutés, de reins sondés ? Par la seule nécessité d'expliquer à un grand niais de fils la nature des tourments qui poussent une veuve à un second mariage, et sur lesquels je crois vous prouver la facilité de s'entendre à demi-mot. Mais le fils, qui contracta les fièvres aux colonies, passera par trois épreuves avant de pénétrer cela. D'abord une longue explication avec sa mère, qu'il torture : scène pénible, le martyre de cette mère se trouvant dénué de toute grandeur tragique et même d'humanité, par l'invraisemblable stupidité de son fils. Il faut encore à celui-ci la preuve par le fait, que lui administre une jeune veuve, laquelle, fort à propos, ranime les cendres de son défunt amour pour lui faire saisir les motifs précis du second mariage de sa mère. Ce n'est pas assez encore. Les aînés des deux ménages en viennent aux mains et vont s'ouvrir la gorge. Un bruit les arrête et, dans l'obscurité, ils se cachent pour épier. Avec quelle stupeur ils voient alors leur père et beau-père se glisser furtivement dans la nuit et frapper à la porte de sa femme 1 Car ces époux