PIERRE GILBERT XIII
comprendre que la tragédie française ait eu recours à la poésie, comme devra faire le théâtre moderne, même pathologique, s'il veut exprimer l'action sur l'homme du mystère terrestre et divin '. Chargée de fournir, par cet unique moyen de la parole dialoguée, une illusion parfaite de la vie humaine, la poétique dramatique intéresse à proportion de sa difficulté, si grande qu'il n'y a « peut-être pas de plus sévère discipline de l'esprit. » Rappelez-vous le travail de composition de Phèdre. « Portée jusqu'à ces cimes, l'intelligence semble un miracle ou quelque émouvant défi ^. »
Il n'y a pas de critique dramatique sans une théorie du dialogue : Gilbert renouvelle le sujet avec une force d'expression, un tour, qui répondent à la force de la pensée. Il y joint une curieuse théorie du temps comme facteur du drame, considéré et accepté non dans sa durée mais dans son pouvoir de modification morale, dans son action psychologique qui le fait paraître jouant un rôle, parfois le premier J. Qu'un acte soit psychologiquement la suite de l'autre. Moins de variations sentimentales dans le Cid que dans Bérénice, mais deux duels, deux batailles distraient. Le sablier n'est point juge de l'unité de temps.
L'exemple de Gilbert prouverait que la tradition des siècles, l'autorité de l'expérience heureuse n'enseignent pas la timidité. Personne ne tire comme lui la langue aux idoles.
Contre l'opinion reçue comme loi par nombre de critiques, à qui trop d'exemples commerciaux donnent apparemment raison, il pense que tout roman contient un sujet de pièce, qu'il y a erreur grave à croire le contraire, mais qu'il faut seulement découvrir ce sujet. Contre un préjugé des meilleurs amateurs contemporains il jugera que les auteurs font bien d'écrire en vue d'un acteur et que cette idée de la personne vivante qui prêtera sa voix et son corps à la personne