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LE MÉNAGE DE MOLIÈRE II

portant avec lui de sournoises vicissitudes. Dans l'instant que le généreux Corneille explique à Molière les périls où la fiction du théâtre expose la faible cervelle des hommes et la vertu chancelante des femmes, Armande éprouve à son tour cette vérité. Le jeune acteur Baron, à force de jouer près d'elle les rôles d'heureux amant, touche son cœur et lui fait endurer tous les tourments qu'elle infligea à Molière : car Baron est volage et ne cache point ses trahisons. Cette école attendrit la dureté de cœur de la femme de Molière : l'expérience des mêmes douleurs les réconcilie et, près du lit de mort de Madeleine Béjart, faisant retour sur eux-mêmes, ils peuvent échanger des paroles de mansuétude.

Tous les traits de jolie sensibilité qui ornent l'œuvre de M. Maurice Donnay manquent par force à ce compte rendu. Mais j'assure le spectateur qu'il trouvera à la représentation encore bien d'autres plaisirs et notamment tous ceux que donne une langue toujours libre sous la discipline intelligente du grand siècle, trop libre presque, s'il est vrai que M. Donnay ait un penchant excessif pour l'enjambement. Enfin, j'engage tous les amateurs de danse et de musique anciennes, ceux qui ont fait, par exemple, leur régal du Bourgeois gentilhomme de Molière et LuUi, à s'aller divertir au second acte de la comédie de Donnay. Le décor représente un coin du parc de Versailles, la nuit, avec la vue du château en perspective. Le roi donne une fête. Et voici que des personnages casqués, cuirassés d'or et d'argent, chargés de plumes, dansent une « chacone » à faire pleurer de voluptueuse tristesse.

Pierre Gilbert. — IL

THÉÂTRE DE L'APOLLO

Le comte de Luxembourg

opérette adaptée du livret de MM. Vilner et Bodanski

musique de M. Franz Lehar.

La critique littéraire a peu de cliose à voir dans la nouvelle opérette du Théâtre de l'ApoUo, qui s'appelle le Comte de Luxembourg. Ce frère de la Veuve Joyeuse m'a paru tant soit peu dégénéré : cependant ma conscience f de chroniqueur me dit d'en enregistrer le succès, qu'il faut attribuer, plus qu'à tout, au charme languissant, amollissant, engourdissant de la musique.

Cette musique traîne déjà sur tous les violons de brasseries. A la scène, l'effet est très grand et d'ailleurs tout physique.

THÉÂTRE MICHEL

La Cage ouverte comédie de M. Edouard Bourdet.

M. Edouard Bourdet a retrouvé le même succès, peut être plus flatteur encore et de meilleur aloi, qu'il y a deux ans avec le Ruhicon, sa première pièce ; car, cette fois, les ressources d'une situation fertile en surprises sentimentales, jointes à l'agrément d'un joli dialogue de comédie, sont ses seules recommandations auprès du public.

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