LA CAGE OUVERTE II
Ce n'est pas que le sujet en soit très simple ni dépourvu d'artifice : un mari qui veut divorcer, en évitant de faire souffrir sa femme, manœuvre pour lui faire i désirer à elle-même le divorce, en servant les intérêts (d'un timide soupirant. Tout succède si bien de ce côté- |là à ses désirs que la jeune fille qu'il recherche et qui ll'aimait pour son prestige se déprend soudain de ce mari jtrahi, pleine de dédain à son tour pour les reliefs d'une infidèle. Cette déconvenue resserrera d'ailleurs entre les époux imprudents des liens qui n'étaient que relâchés ; et la morale sera satisfaite après avoir quelque peu tremblé.
Ce sujet a sans doute le grand tort d'être un sujet de comédie à tiroirs, c'est-à-dire de prêter à des quiproquos mécaniques, ou en quelque sorte automatiques. Mais je m'empresse dédire que M. Edouard Bourdet a très élégamment évité cet écueil et que l'invention de tous les détails révèle la préoccupation de surprendre par l'imprévu du tour, en même temps que par l'éternelle vérité morale. Et cela est d'un heureux etfet, comme si, sous nos yeux, la vieille psychologie rajeunissait parce qu'on nous la montre vivante. Certes, dès le début, on aperçoit l'aboutissement probable de l'intrigue ; mais les détours du chemin cachent de piquantes surprises; le spectateur s'intéresse constamment à deviner la suite (ce qui est la meilleure louange d'un ouvrage dramatique), et si cette suite dément toujours toute prévision, M. Bourdet n'a pas de peine, par la clarté des revirements et la vérité des sentiments, même les moins sincères, à faire reconnaître l'excellence, sinon la supériorité de ses solutions. Enfin, il y a tant de netteté dans le dialogue; et les scènes, les situations, les répliques ont une coupe si franche et décidée que les plus fuyantes subtilités empruntent en définitive les clartés de l'évidence et que le spectateur se trouve charmé de son propre esprit.
lié CHRONiaUE DE LA SCENE EN I912
Assurément, on voit bien ce qui manque à ce petit ouvrage. II manque surtout l'importance du sujet et, çà et là, quelque degré de vraisemblance ; mais encore fautil y regarder de près. On ne s'explique pas, par exemple, pourquoi le mari tient tellement à ce que sa femme prenne l'initiative du divorce : dès l'instant qu'il a découvert chez elle un penchant pour l'aimable Paul, il lui appartenait de dénouer lui-même et la situation et les liens du mariage. Mais qu'arrivait-il alors? Le contraire précisément de ce que souhaitait l'auteur. Il y a donc comme un trou dans son architecture. Qu'importe, au demeurant, si de jolies scènes rachètent cet arbitraire ! Or, il en est de charmantes, parmi lesquelles, s'il faut choisir, je citerai celles entre la femme et son soupirant, doucement ironiques et nuancées.
Ces deux rôles, il est vrai, sont tenus par M"^ Thomassin et M. Deschamps, dont la jeunesse et la discrétion ont pris une bonne part du succès.
THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE
En garde !
comédie de MM. Capus & Weber.
En garde! est, pour cette saison, le troisième exemplaire d'un genre qui pourrait bien annoncer une réaction contre la littérature dramatique de ces temps derniers. Je lui compare, en effet. En camarades, de M™^ Colette Willy, et la Cage ouverte, de M. Bourdet. Ce genre, que l'on pourrait définir une paraphrase dialoguée des plus subtiles nuances des plus ombrageux sentiments, marque évidemment un retour à la comédie