EN GARDE
légère imprimée à leur œuvre, pour étonner quelques stupidités.
La victoire de Germaine Brancour sur elle-même, en effet, paraîtra excessivement facile. La jeune téméraire n'eut, par bonheur, affaire qu'à un bellâtre sans esprit dont nous n'avons jamais sérieusement craint le succès. Mais c'est à quoi paraissent l'art et la subtilité des auteurs : leur subtilité parce qu'ils connaissent très bien la définition de ces ravageurs de salon, dont la profession même implique toujours quelque degré d'ineptie ; — leur art, car à aucun moment ils ne veulent nous faire trembler par de problématiques calamités, mais nous intéresser toujours aux changeantes émotions de leurs personnages, toujours nous enfermer, par un sortilège, dans la minute présente comme en un cercle d'or, sans souffrir que nous regardions au-delà : aimable tyrannie où l'on se plie de très bonne grâce lorsque deux hommes d'esprit nous occupent à dénouer l'écheveau des contradictions humaines, en s'amusant par surcroît à berner les sots dont l'approbation les eût grandement chagrinés.
L'excellente troupe du théâtre de la Renaissance a recueilli une part des applaudissements soulevés par cette fine comédie. On a fêté le retour de M""* Marthe Régnier, qui n'en finissait plus^ vraiment, de jouer devant les Espagnols. M"^ Cécile Guyon, qui est tout sourire dans les larmes, n'attend plus qu'un grand rôle pour se classer parmi les premières comédiennes de Paris.